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L1 :: la Gazette :: J18

La taille compte

La L1 n’a jamais dégagé un groupe d’équipes à la fois rivales pour le titre et performantes en Coupe d’Europe. La tendance est peut-être en train de changer.
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Journée après journée, une tendance s'esquisse dans le football français: les clubs des grandes agglomérations sont en train de prendre le pouvoir sportif (1), rejoignant un phénomène déjà observé dans les autres grands championnats européens. En Europe plus qu’ailleurs, comme le montre les qualifiés en huitième de finale de C1, la compétitivité sportive d’un club semble en effet dépendre de la taille de sa ville hôte (2).


Profondeur de banc

Tout se passe comme si l’intensité du lien entre la hiérarchie urbaine et la hiérarchie sportive se renforçait. Cela n’a pas toujours été le cas dans le championnat de L1 qui a accueilli des petites villes (Guingamp, Sedan, Istres, Bastia, Ajaccio, Châteauroux, Troyes) et même sacré Lens, Auxerre ou l’atypique Monaco. À l'échelle du football européen, l’exploit est aussi méritoire que le classement actuel d’Hoffenheim en Bundesliga.

Mais, dans un système qui nécessite de plus en plus de revenus pour être compétitif, la taille du marché local s’avère aussi de plus en plus déterminante. Une grande ville dispose en quantité et en qualité de quatre grands types de clientèles. Un réservoir de spectateurs pour remplir le stade et acheter des produits dérivés. Des entreprises pour le partenariat et la vente d’hospitalités dans les loges. Des collectivités qui peuvent contourner l’encadrement par les lois des subventions en finançant des installation sportives, des conditions particulières d’accès au stade ou encore l’exonération de la taxe sur le spectacle.
Enfin, et même si le budget des clubs – surtout des "petits" – dépend en majorité du reversement des droits télévisés, 20% du pactole est versé en fonction du nombre de diffusions sur les chaînes. Or, même si la "marque club" prime désormais le lien géographique qui unit un supporter à son équipe locale, il est, en raison de leur nombre de fans potentiels, plus facile de générer de l’audience – donc des diffusions télés – en impliquant les clubs de villes comme Paris, Lyon ou Marseille. Une grande ville, c’est en quelque sorte la profondeur de banc du club local.



Big 3 français ?

Dès lors, il convient d’envisager une équipe professionnelle comme un "équipement urbain", au même titre qu’une université, un hôpital, un opéra, un centre commercial ou un tramway. On admet que la présence de cet équipement est liée au poids démographique de la ville dans laquelle il se situe. Plus le niveau urbain s’élève, plus nombreux et meilleurs sont les clubs. La moitié des clubs de L1 évolue dans l’une des 13 villes françaises de plus de 500.000 habitants tandis que 12 clubs de L2 sont localisés dans des villes de moins de 300.000 habitants (3).

Mais il ne s’agit pas seulement d’apparaître au haut niveau, encore faut-il y être performant. Lorsqu’on envisage la performance sportive des clubs depuis la saison 1997-98, il se dessine un lien évident entre la taille et le classement. Toutefois la corrélation n’est (heureusement) pas obligatoire: certaines villes sortent du modèle en sur-performant (Auxerre, Monaco) et d’autres brillent par leur absence au plus haut niveau (Toulon, Rouen, tandis que Grenoble semble corriger le tir en accédant à la L1).


taille1_small.jpgClassement moyen des clubs
L1 et L2 de 1997-98 à 07-08

En envisageant le classement sportif actuel, une certaine cohérence semble pourtant se dessiner. L’hexagone trouve son Top 3 composé de Lyon, Bordeaux et Marseille. Paris représente pour sa part l’exception qui justifie la règle. Mis à part Berlin, toutes les villes européennes de plus de trois millions d’habitants comptent au moins deux clubs le plus souvent hégémonique dans leur championnat domestique et performants en coupe d’Europe.



Une échelle pour les grands

Ce nouveau rapport "poids-puissance" laisse-t-il espérer un renouveau sur la scène européenne? Malheureusement pas, sous cet angle, puisque les clubs français disposent de zones de chalandise moins larges que leurs concurrents du vieux continent: 1,1M contre 2,4M en Angleterre par exemple. Et sans Paris, la moyenne chuterait à 565.000.

Moyenne d’habitants pour les clubs du "Top 5"
(saison 2007-2008)

taille2.jpg
Source: CdF


Or, à l’échelle européenne, il existe là aussi un lien entre la taille d’une ville et la réussite sportive de son club de football. La France est victime de la macrocéphalie parisienne. En dehors de la capitale, point de salut, puisque aucune ville n’atteint la masse critique de deux millions d’habitants, seuil statistique pour être régulièrement performant en coupe d’Europe. Pour preuve, Lyon et Marseille, seconde et troisième villes françaises, sont respectivement aux 23e et 27e rang européen.

La loi d’airain du plus gros s’est une nouvelle fois illustrée aux dépends de Bordeaux, éliminé par Rome. Comme d’habitude, seul Lyon défendra les chances françaises en huitièmes de finales de Ligue des champions. Mais, face aux mastards que sont Londres, Madrid, Barcelone, Milan ou Turin, le Goliath de la L1 n’est encore qu’un David européen.


(1) Lors des 17e et 18e journées, à l’exception de Nantes, les sept clubs des sept plus grandes agglomérations françaises sont en tête de la Ligue 1.
(2) Il est d’ailleurs étrange que le rapport Besson "La compétitivité du football français" n’insiste pas plus sur ce phénomène régulièrement observé par les universitaires. Lire La métropolisation du sport professionnel en Europe et en Amérique du Nord.
(3) Le marché de ces clubs est défini par l’aire urbaine, soit un ensemble de communes d’un seul tenant et sans enclave, constitué par un pôle urbain, et par des communes rurales ou unités urbaines (couronne périurbaine), dont au moins 40 % de la population résidente ayant un emploi travaillent dans le pôle ou dans des communes attirées par celui-ci. L’aire urbaine comptabilise ainsi les habitants de l’unité urbaine (ou agglomération) ainsi que ceux des zones périurbaines dont les modes de vie se rapprochent sensiblement. En comptabilisant la population disponible dans le rayon d’influence directe de la ville, l’aire urbaine s’apparente à la clientèle susceptible de répondre à l’offre de spectacle sportif.
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