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Michaël Grossman

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Le footballeur n'est plus étanche

1987, la renaissance du football?

"Dernier-né" de l'incroyable génération Benzema-Ben Arfa, Kevin Gameiro nous donne envie de croire que le foot français a décidément de l’avenir.
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L'autopsie de la dépouille du football dans le numéro 41 des Cahiers (lire: "1986, l'assassinat du football") datait la mort à l’instant précis où le tir au but de Fernandez éliminait le Brésil, à Guadalajara. Car c’est une autre idée du football, celle de l’esthétisant Telê Santana, qui disparut alors définitivement de la Coupe du monde.
Le baby boom footballistique qui suivit, en 1987, incite pourtant à croire en une rapide résurrection. En espérant que le revival nous épargne "Eve, lève-toi" et "Les démons de Minuit" (trop tard, vous avez ces mélodies dans la tête) pour jouer "Sign 'O' the Times". Car on ne peut plus parler de coïncidence. C'est un véritable signe des temps: ces dernières années, un talent nous apparaît chaque trimestre, et l'on apprend immanquablement qu’il est né en 1987.


gameiro1.jpgLe théorème de Mamadou Pagis
Le talent de Kevin Gameiro, millésime 87 lui aussi, éclate enfin au grand jour depuis le début de la saison, à la faveur de statistiques flatteuses: ses cinq passes (dites) décisives et ses quatre buts, ne viennent pourtant que confirmer des qualités déjà évidentes sous les couleurs strasbourgeoises. Chacun son destin: Ben Arfa était le petit Mozart de Clairefontaine, Gameiro en fut recalé au troisième jour des tests d’entrée. Benzema faisait roucouler Jean-Michel Aulas, tandis que Gameiro était repéré par Jacky Duguépéroux, qui ne s’offusque pas de sa petite taille, lui, en allant le recruter chez les moins de quinze ans de Chantilly. En Alsace, le jeune virtuose est immanquablement touché en pleine croissance par le théorème de Mamadou Pagis ("Ce qui est beau l'est toujours un peu moins avec un maillot du Racing sur les épaules – sauf quand on se prénomme Danjiel et qu’on se coiffe comme un putois").


Le destin sonne toujours deux fois
Après quatre ans et vingt-sept buts dans les équipes de jeunes, Gameiro débute en Ligue 1 au Parc des Princes, en septembre 2005. Il dompte le destin d’un étonnant doublé de la tête en Coupe de l’UEFA, qui élimine l’Etoile Rouge dans les arrêts de jeu, trois mois plus tard, et enchaîne par un deuxième doublé en deux titularisations pro, face à Nancy en Coupe de France. Mais le destin, c’est comme le facteur: ça sonne toujours deux fois. Et quand il se présente sous les traits, ou plutôt les semelles, de Blaise Kouassi, ça laisse rarement insensible. Les ligaments croisés sous le bras, Kevin perd un peu de sa superbe lors des longs mois d’indisponibilité généreusement offerts par les établissements Kouassi... Privé de son plus prometteur atout offensif durant toute la deuxième partie du championnat, le Racing ne conserve pas sa place en Ligue 1.


Comme une chanson populaire
Nouvel entraîneur du Racing, Jean-Pierre Papin annonce dès son arrivée qu’il a déjà un joker pour l’automne: Kevin Gameiro. Le championnat se dispute sans lui jusqu’à la mi-octobre. Il retrouve le chemin des filets quinze jours plus tard, mais peine à retrouver une place d’indiscutable dans le groupe. Bergeroo le convoque tout de même in extremis avec l’équipe de France des moins de vingt ans pour disputer le tournoi de Toulon. Il y marque deux buts, dont celui qui élimine le Portugal en demi-finale, avant d’offrir la victoire finale aux Bleus dans un tournoi dont il finit meilleur buteur et est élu meilleur joueur.

Son premier but en finale (le deuxième et le troisième sont ici et ):





Non merci, Pape
Quand il reprend l’équipe, Jean-Marc Furlan replace Gameiro dans le couloir droit pour servir  la cause Renteria. Mauvaise pioche: c’était une cause perdue. La baisse de régime du Colombien redonnera l’occasion à Gameiro de rejouer dans l’axe, mais pas suffisamment à son goût. Tandis que son parcours international se poursuit avec les Espoirs, il prévient: "Je ne repartirai pas pour une deuxième saison comme celle-là, à être baladé à tous les postes".
Le jeune attaquant profite d'un moment d'inattention, durant la traditionnelle transhumance de Strasbourg en L2, pour fuir vers Lorient. Un peu à la surprise générale, car on s'attendait à davantage de convoitises. L’OM tente le coup, mais son envie de jouer lui dicte un choix de carrière plus sobre: "En signant dans un club aussi prestigieux que Marseille, il y avait plus de risques d'y faire banquette. Je ne voulais pas griller les étapes, dans deux ou trois ans peut-être..." (2) Il a cependant du mal à dissimuler ses ambitions: "Je pense que ça peut être un bon tremplin pour moi. J'espère ne pas passer quatre ans ici quand même..."


À l’attaque de Luis
Le joueur est perfectible, mais doté d'un sens du but largement sous-estimé – conséquence d'une maladresse que les plus compréhensifs attribueront volontiers à sa débauche d'énergie sur le terrain. En outre, il met en valeur un atout rare, plus difficilement assimilable que la gestion athlétique d'une rencontre de haut niveau: une indéniable intelligence de jeu, qui évoque un Savidan en devenir, en plus vif et plus rapide.

La "Génération 87" des Nasri, Benzema, Ben Arfa, Ménez ou Rémy (que les champions d'Europe 2004 (3) n'ayant pas encore percé nous pardonnent leur anonymat), compte deux nouveaux membres depuis le début de la saison: Anthony Mounier et Kevin Gameiro. À croire que tous les hommes valides que comptait la France en 1986 ont eu la même envie irrépressible de s'accoupler dans la foulée de ce France-Brésil mortuaire. Rien ne nous dit d’ailleurs que Michel Drucker était encore dans sa cabine de commentateur quand il éructait ses "Oh oui mon petit Luis!"

(1) FCLweb.fr
(2) eurosport.fr
(3) Les 18 champions d’Europe 2004 (-17 ans): Akakpo, Apo, Ben Arfa, Benzema, Cesto, Constant, Costil, Ducasse, El Mourabet, Josse, Mangani, Marseille, Menez, Nasri, Riou, Songo'o, Thicot et Yahiaoui.
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