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Guillaume Toulouse

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La Baie déchante

Passeports pour la finale

Faut-il collectionner les footballeurs étrangers pour gagner une coupe d'Europe? La composition des équipes victorieuses depuis dix ans indique que ce n'est pas une obligation... et montre la légitimité de la règle du "6+5" pour protéger l'identité et la formation des clubs.
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La victoire du Zenit Saint-Peterbourg, face aux Glasgow Rangers, en finale de la Coupe de l’UEFA est apparue comme rafraîchissante à plus d’un titre. Qu’une équipe russe s’adjuge une coupe d’Europe, en ces temps de concentration du pouvoir sportif par les clubs italiens, espagnols et  – désormais – surtout anglais (lire "Ligue des champions: on ferme!"), apporte une touche d’exotisme et de nouveauté aux compétitions continentales. Or, rien n’est pire qu’une répétition constante des mêmes affiches, quel que soit le niveau de jeu pratiqué en particulier en C1, pour lasser le public et les diffuseurs.

L'invasion de l'Angleterre
Surtout, l’étude des compositions des équipes finalistes indique une autre singularité apparente: la présence en leur sein d'une majorité de joueurs "nationaux", particulièrement frappante chez les vainqueurs (lire "Zenit-Rangers: la Coupe de l’UEFA, un plaisir à l’ancienne"). Or, les arrêts Bosman et Malaja, puis les accords de Cotonou, ont mis fin – pour simplifier – aux quotas de nationalités qui imposaient aux clubs de se présenter sur la pelouse avec un nombre limité et minoritaire de joueurs étrangers. Les équipes, spécialement celles des grands marchés économiques, sont alors devenues des agrégats de footballeurs venus d’horizons divers, parfois sans aucune attache "identitaire" avec le club local (1). Les cinq grandes ligues européennes (Allemagne, Angleterre, Espagne, France, Italie) comptabilisaient ainsi en moyenne 48,2% de joueurs étrangers dans leur division élite pour la saison 2006-2007 – l’Angleterre décrochant là aussi la première place avec l’extravagant total de 68,6% (2).


Cosmopolite bureau
Toutefois, quand il s’agit de gagner une coupe d’Europe, il semblerait qu’un réflexe identitaire pousse à préférer des joueurs "nationaux" à des joueurs "étrangers". Mieux même, à la vue des finales de Ligue des champions et de Coupe de l’UEFA disputées depuis l’arrêt Bosman, la spécificité du Zénit n’en est pas une. Les deux tiers des clubs vainqueurs des C1 et C3 depuis 1997 ont aligné au coup d'envoi une majorité de footballeurs locaux.

Bien que cette étude des compositions se borne à l’ultime étape d’une compétition, ne concerne que les équipes couronnées et mériterait probablement un traitement sur l’ensemble de la compétition pour affiner les conclusions, les statistiques globales montrent une prédominance "nationale" quant aux joueurs utilisés en finale.

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S’il ne s’agit que d’une moyenne, au demeurant dans les standards européens cités plus haut, de fortes disparités existent entre les époques. Pour un FC Porto (C3 2003) ou un Galatasaray (C3 2000) alignant, titulaires et remplaçants confondus, respectivement onze Portugais et dix Turcs en finale, un Inter Milan (C3 1998) porte bien son nom en ne misant que sur cinq Italiens pour les quatorze joueurs disputant le match au Parc des Princes. Particularisme des marchés de seconde zone? Les exemples de Valence (C3 2004), à la fibre ibérique très marquée avec neuf Espagnols dans l’effectif, ou du... Milan AC (C1 2007) avec neuf Italiens dans la composition (!) laissent à penser le contraire.


Régionaux de l'étape
On est loin du Liverpool de Benitez (C1 2005) ou du Barça de Rijkaard (C1 2006) ne totalisant que trois nationaux dans leur effectif finaliste. Et sur ces trois nationaux, nous comptabilisons dans les deux cas des "joueurs-cautions", non pas nationaux mais régionaux: les Catalans Oleguer et Puyol, et les Mersey Boys Gerrard et Carragher, pèsent peut-être un peu plus lourd que d’autres dans l’esprit des supporters.

En affinant le raisonnement aux seuls titulaires, une variation importante apparaît. Si les équipes de C1 restent dans la norme de la légère majorité nationale, un écart plus grand se creuse en coupe de l’UEFA. Conclusion, au coup d’envoi du match le plus important de la saison, les clubs, probablement sous l'effet de la concentration des meilleurs footballeurs du pays dans les formations dominantes, retrouvent un instinct "traditionaliste", misant essentiellement sur des joueurs du cru. Des joueurs qui présentent aussi l'avantage d'offrir de substantiels retours sur les investissements consentis dans la formation...

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Sur les vingt-trois équipes victorieuses en C1 ou en C3 depuis l’arrêt Bosman, quinze ont aligné au moins six joueurs nationaux lors du coup d’envoi. Il n’est donc possible de s’imposer en coupe d’Europe sans concentrer des talents internationaux. La conclusion vaut autant pour la Ligue des champions (sept fois sur onze), que pour la coupe de l’UEFA (huit fois sur douze), même si dans la seconde compétition continentale, le taux moyen de joueurs nationaux titulaires est légèrement supérieur (7,3 contre 7).

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Note: pour les deux tableaux, les ressortissants des pays du Royaume-Uni (Angleterre, Écosse, Irlande, Pays de galles) sont considérés comme des nationaux pour les équipes anglaises.

Renationalisations
Le débat est actuellement intense concernant l’éventuelle adoption de la règle du 6+5. Sepp Blatter et Michel Platini, présidents respectifs de la FIFA et de l’UEFA, font du lobbying auprès des instances européennes afin de faire reconnaître la spécificité du football. Si la Commission de Bruxelles semble résolue à interdire toute restriction sur des critères de nationalité – qui contreviendrait au principe de libre circulation des travailleurs – l'idée d'imposer au coup d'envoi six joueurs formés localement fait son chemin.
À constater qu'elle est en quelque sorte déjà mise en œuvre par les équipes européennes, y compris celles de l'élite continentale, cette mesure de régulation n'aurait rien de si révolutionnaire: le jeu du libre marché semble déjà la valider empiriquement.


United ou Chelsea ?
Les coupes d’Europe ne s’offrent toutefois pas forcément aux équipes alignant majoritairement des joueurs "nationaux". Ainsi, le potentiel vainqueur de la Ligue des champions 2008, Chelsea, joue régulièrement avec moins de six Anglais dans sa composition de départ, voire dans sa composition tout court (3). Ce n’est pas forcément le cas de Manchester United. Si Alex Fergusson ne réserve pas de surprise(s) dans sa composition pour la finale (mais il en a provoqué à chaque fois cette saison en C1), il se pourrait qu’une majorité de nationaux (Carrick, Hargreaves, Ferdinand, Brown, Scholes, Giggs, Rooney, sans compter O’Shea ou Fletcher) foulent la pelouse du stade Luzhniki dès le coup d’envoi. Alors avantage aux Red Devils ou baisse de la moyenne à cause des Blues?



(1) il est toujours cocasse de constater, en Ligue des champions notamment, que certains clubs alignent plus de joueurs issus du pays du club rencontré que ce dernier (citons pour mémoire les colonies espagnole de Liverpool ou française d’Arsenal).   
(2) Source: Observatoire des footballeurs.
(3) Sur l’édition 2007-2008, Chelsea n’aura jamais aligné plus de cinq nationaux au coup d’envoi, mais jamais moins de trois. La moyenne se situe à quatre, ce qui nous permet de constater qu’As. Cole, Lampard, J.Cole et Terry sont rarement absents…
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Les coupes européennes


Richard N
2019-05-30

Francis 1979, un million le but

Un jour un but – Le 30 mai 1979, Trevor Francis marque le seul but de la plus improbable des finales de la Coupe des clubs champions qui voit la victoire de Nottingham Forest sur Malmö FF.


Christophe Zemmour et Richard N
2019-05-06

Iniesta 2009, fucking grace

Un jour, un but – Le 6 mai 2009, au bout du bout de Chelsea-Barcelone, demi-finale retour de la C1, Andrés Iniesta trouve la lucarne de Petr Cech. Un but colossal et fondamental pour le club, pour lui et pour l’histoire récente du football.


Richard N
2019-04-16

United-Barca 1991, la marque Hughes

Barcelone et Manchester United se sont souvent croisés en coupe d’Europe. Notamment le 15 mai 1991 à Rotterdam, pour une finale de Coupe des vainqueurs de coupes dont un joueur, Mark Hughes, avait fait une affaire personnelle.


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