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Matthew Dymor

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Un barbare qui sait pleurer

Old Scholes

Paul Scholes, trente-quatre ans cette année, a fêté mercredi au Camp Nou son centième match de Coupe d’Europe. Hommage à une légende discrète.
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S’il était une voiture, Paul Scholes serait une Smart : petit, plutôt moche, assez peu remarquable, mais extrêmement pratique, surtout pour s’immiscer dans les intervalles. Circulant sereinement entre un roadster Lamborghini qui attire toutes les convoitises, non sans un brin de frime, et un Jeep Cherokee dont le moteur n’arrête pas de ronfler, la timide a fait son trou et passe aujourd’hui pour une pièce de collection. Même si elle n’est pas totalement rouillée, on ne la sort que pour les grandes occasions ; elle peut alors dévoiler l’étendue de son jeu et surprendre ses concitoyennes. Voire son conducteur, pourtant fin connaisseur.

"Ginger Paul" n’a joué qu’à United, le club cultivant ce genre de spécimens. Bobby Charlton pense d’ailleurs qu’il "est le seul à incarner l’esprit Manchester United". Néanmoins, il n’y finira peut-être pas: "Je ne jouerai que pour deux équipes dans ma carrière: Manchester United et Oldham Athletic", disait-il à ses débuts. Scholes aime Oldham depuis qu’il est gamin, et le Boundary Park de 13 273 places le lui rend bien. Il profite ainsi des trêves internationales, qu’il a connues très tôt, pour supporter le club de son cœur, aujourd’hui en League One.


scholes_port.jpg"Le cerveau et la classe"
Ferguson dit de lui qu’il "a toujours eu ces deux qualités rarement compatibles: le cerveau et la classe". Fer de lance de la génération Beckham, Giggs, Neville & Co., le rouquin débute en septembre 1994. Les tauliers Cantona (Kung Fu kick) et Hugues (blessé) sont absents. Il prend alors le jeu à son compte et devient un titulaire récurrent. À vingt ans.

En 1999, l’année du sacré triplé, Scholes est décisif dans tous les gros matches (Bayern, Barcelone, Inter Milan, finale de FA Cup contre Newcastle) joués par les Red Devils. Suspendu, il rate la dernière marche européenne, à cause d’un carton couleur peau de banane sur l’avant-dernière. La victoire aidant, il encaisse.
Au début du nouveau siècle, son rôle va grandissant. Toujours aux côtés de rejetons talentueux, il affine son palmarès et se mue en neuf et demi, poste qu’il accepte sans broncher. Il enfile les buts comme Liverpool accumule les échecs en championnat. Loin du glamour d’un David thésauriseur ou de la vantardise d’un Gary parfois idiot, Paul s’affiche tout en modestie, retenue et sobriété.

En plein Boxing Day 2006, une blessure à l'œil le contraint à sortir. Puis à s’interrompre de longs mois. Certains pronostiquent une triste fin de carrière. Il réapparaît finalement lors de l’ultime journée de championnat, l’air de rien. Et reprend ses habitudes. Passeur bien souvent décisif, les trois quarts de ses buts sont des chefs-d'œuvre.





Le rendez-vous de Moscou
Anything else? En 2008, Paul Scholes n’a pas d’agent. Il n’en a d’ailleurs jamais eu. Il refuse les contrats publicitaires et déteste susciter l’attention des médias. Est marié, trois enfants. En clair, s’il pouvait tracer les lignes d’Old Trafford le samedi matin, il le ferait.
Scholes incarne parfaitement le joueur génial, capable de se fondre dans une équipe tout en étalant sa classe technique et tactique, mais que personne pourtant ne songerait à citer dans son Top 10. Le football préfère récompenser le talent individuel plutôt que le travail collectif, n’en témoignent que les multiples controverses à propos d’un Ballon d’Or uniquement destiné à stimuler quelques ego, déjà bien démesurés pour la plupart.

Dépositaire du jeu mancunien depuis son plus bel âge, son organisme demande désormais davantage de temps. Ainsi, doucement mais sûrement, le souriant rouquin revient en pleine forme pour une fin de saison à double enjeu, celui d’un huitième titre de champion et d’une accession en finale de Coupe d’Europe. Dès lors, fouler la pelouse de Moscou le 21 mai prochain serait déjà une victoire.
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