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La Gazette > 8e journée

L'argent du book n'a pas d'odeur

Les paris en ligne colonisent les maillots des clubs français, mais l'État trouve ce loto pas très sportif. Extrait du numéro 29 des Cahiers du football, octobre 2006.
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Le 15 septembre, l’interpellation des deux dirigeants autrichiens de bwin.com – qui s’étaient imprudemment aventurés en terre gauloise pour présenter à La Turbie son partenariat avec l’ASM – a fortement secoué le Landerneau. Suite à une plainte de la Française des jeux, le duo a en effet été mis en examen par un juge d’instruction de Nanterre, pour "atteinte au monopole en matière de pronostic de course hippique, autres événements sportifs et loterie". Devant les difficultés des clubs français à barioler leurs maillots de sponsors, l’arrivée massive de cette nouvelle catégorie d’annonceurs était pourtant pain bénit. Le problème étant que les entreprises de paris sportifs entre en conflit avec la loi française qui, tardant à se mettre en conformité avec les injonctions européennes, accorde encore à la FDJ et au PMU l’exclusivité de ces activités.


Le révolté des Bounty
Les menaces, émanant aussi des ministères des Sports et du Budget, ont eu leur effet, puisque la Ligue a donné aux clubs concernés la consigne de jouer avec des maillots expurgés de ces sponsors. Tout le monde s’est exécuté sans trop barguigner (Nantes ou l’ASM nous faisant le plaisir de jouer avec des tuniques allégées et enjolivées), sauf le TFC d’Olivier Sadran, qui a essayé de forcer le passage et d’imposer le port de ses maillots habituels lors du Marseille-Toulouse de la 8e journée. En vain, puisque le délégué a menacé d’annuler la rencontre en faisant appel aux autorités pour constater l’infraction. Au Stade Vélodrome, les visiteurs se sont finalement présentés sur le terrain avec un maillot comportant la mention "???.com CENSURÉ". La véritable provocation, c’était plutôt la ridicule couleur rose du maillot "extérieur" des Haut-Garonnais. Car à moins de considérer le logo d’une marque comme un message relevant de la liberté d’expression, le terme de censure est complètement déplacé, surtout si la liberté en question implique aussi une dérégulation des jeux de hasard – exactement ce qui manquait au football actuel pour parachever le tableau et renforcer sa participation aux réseaux de blanchiment d’argent.

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"Dictature"
Le président toulousain avait préalablement rué dans les brancards sur l’antenne de RMC, accusant la Ligue de faire du zèle alors que Bruxelles s’est saisi du dossier. Il avait aussi montré du doigt son homologue de l’OL, accusé d’être à l’initiative d’une décision qui l’arrange: son club n’est pas sous contrat avec les entreprises concernées, au contraire des huit autres en question qui, en outre, n’ont pas tous des clauses leur permettant de continuer à toucher les subsides de leurs sponsors. "Jean-Michel [Aulas] a une notion du partage qui est assez exceptionnelle (...). C’est une façon simplifiée de maintenir une domination mais entre domination et dictature, il y a une limite à ne pas franchir", a tonné Sadran, dénonçant les conditions autocratiques dans lesquelles a été prise la décision.
Souvent qualifié de mini-Aulas, Olivier Sadran s’attaque donc à son modèle, mais sans renoncer à l’imiter: ce soir-là, il avait ainsi mandaté un huissier et un avocat pour faire constater "l’entrave d’État".


Le cirque des jeux
Le développement des paris en ligne, avec la dématérialisation des frontières qu’ils impliquent dans la zone euro, est allé de pair, les saisons passées, avec l’éclatement de scandales des matches truqués en Allemagne puis en Belgique, qui avaient mis à jour des réseaux mafieux agissant sur les résultats des rencontres. Et le football français, effleuré par certaines ramifications de l’affaire, découvrit sa vulnérabilité devant ce vieux fléau remis au goût du jour.
Le monopole d’État sur cette activité relativement peu morale est très discutable, mais la libéralisation de ce marché terriblement juteux présente des risques qu’on ferait bien de ne pas sous-estimer. Ce n’est pas la préoccupation majeure de la Commission européenne, qui entend guerroyer contre toutes les "entraves à la libre concurrence" et devrait engager une procédure d’infraction contre la France – déjà en cours au Danemark, en Finlande, en Suède, en Allemagne (où Bwin vient d’être interdit), en Hongrie, en Italie et aux Pays-Bas.

En toile de fond du contentieux, on trouve d’autres enjeux politico-économiques: les bookmakers se rangent du côté des clubs ("pris en otage", bien sûr), qui dénoncent déjà le fait que la Française des jeux ne leur redistribue rien, alors qu’elle utilise leur nom. Les dirigeants français envisagent de s’associer à la plainte déposée par Bwin. Ils ont bon espoir: depuis l’arrêt Bosman, les plus grandes défaites du football sont à porter au passif de la Commission.
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