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Roger Caviardi

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Qui franchit la ligne ?

RLD aux trousses de Kachkar

Invité : Bakchich. Qui l’eut cru? Robert Louis-Dreyfus en a parfois marre d’être pris pour un jambon. Il veut même essorer l'ex-candidat à la reprise de l'OM...
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Depuis bientôt un an, bakchich.info existe, irradie la Toile de bonheur et d’informations, et ravit chaque jour des lecteurs de plus en plus nombreux. Auréolés de gloire et accablés par un travail ingrat, les jeunes gratte-papier (assisté de fort moins jeunes conseillers occultes) à l’origine de cette magie sans cesse renouvelée s’attellent à rendre hégémonique le jeune site et son hebdomadaire papier téléchargeable. Les bakchich boys s’en donnent à cœur joie. Bienvenue dans un monde où tout n’est qu’enquête, infos et mauvais esprits.

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Difficile d’imaginer l’homme d’affaires RLD vexé. Un garçon capable de danser en tong devant 60.000 personnes ou de déclarer que "Salomon Olembé est l’avenir de l’OM" ne peut avoir la susceptibilité à fleur de peau. Mais la pantalonnade du rachat avorté du club phocéen l’a plus qu’agacé et le Suisse a décidé de "lâcher les chiens". Mi-mai, une plainte contre X pour faux et usage de faux et escroquerie dans le cadre du projet avorté de rachat de l’OM par Jack Kachkar a été déposée sur le bureau des juges d’instructions de Paris. À la manœuvre pour RLD, le redoutable avocat Pierre Haïk a bien bossé. Dès mi-juillet, le juge Van Ruymbeke a été chargé de l’instruction. L’entourage de RLD ne cache ni sa satisfaction devant cette évolution rapide, ni ses cibles. Derrière le X bien commode se cachent le facétieux Jack Kachkar, et le non moins amusant avocat d’affaires Francis Bridgeman. Bref, les artisans du deal foireux qu’ils veulent faire cracher au bassinet. Et leur faire passer l’envie de rejouer la galéjade débutée à l’été 2006.

« Tout est propre »

gg_rld_bak.jpgÀ cette époque, le petit Jack se pique de racheter un club de foot. Mais plutôt qu’Aston Villa, le club de Birmingham dont la mise à prix s’élève à 100 millions de livres sterling, son avocat d’affaires l’oriente vers l’OM. Jeune et brillant juriste du cabinet londonien Allen and Overy (implanté dans dix-neuf pays, employant 5.000 personnes et dont "l’ambition est de satisfaire les besoins des clients partout dans le monde"), Francis Bridgeman apprend en effet que l’OM est en vente. Une chance il connaît bien RLD, avec qui il a travaillé lorsque Bob possédait l’agence de pubeux britanniques Saatchi et Saatchi entre 1989 et 1993. Ni une, ni deux, Bridgeman organise une rencontre RLD-Kachkar autour du 10 septembre 2006. Et l’inimitable Jack de dégainer un contrat en bonne et due forme: 85 millions d’euros pour l’OM (nom de code Sherpa 1), 30 millions pour le Standard (Sherpa 2), dont Louis-Dreyfus est aussi propriétaire. Le tout assorti d’un communiqué de presse, déjà rédigé, annonçant la vente.

Un brin méfiant quand même, Bob demande des garanties, notamment sur l’origine des fonds. Autant de soupçons balayés d’un revers de main par Bridgeman. "Allen Overy est garant, on connaît tous les circuits de financement, tout est propre, assure l’avocat, tout peut se faire la semaine prochaine".
Au cours du deuxième rendez-vous, courant octobre, l’ami Jack se veut toujours aussi enthousiaste. Mais nuance sa proposition. Le Canadien d’origine arménienne né en Syrie préfère obtenir l’accord d’un établissement financier plutôt que payer cash. Soupçonneux mais bonne pâte, RLD lui accorde un délai, fixé au 30 décembre 2006, tout en fixant une condition: une garantie bancaire payable immédiatement, le fameux dédit de huit millions d’euros si le deal capote.

Aucun souci. Mi-décembre, Jack le magicien produit une garantie d’une institution inconnue, en fait une de ses sociétés. Une fois la petit blague découverte par les juristes de RLD, une autre garantie est présentée, émanant de la très sérieuse Country Wide Bank (leader américain du crédit immobilier). Rassurant, Bridgeman fait passer la pilule et annonce qu’il conserve le document sous séquestre dans le coffre de son cabinet, arguant qu’il faut deux mois pour débloquer les fonds. Conséquence, un nouveau délai est fixé au 26 février 2007.


Département fraude

Le temps pour Kachkar de faire mumuse dans les travées du Vélodrome, rencontrer les politiques marseillais (le maire Jean-Claude Gaudin et son adjoint Renaud Muselier), tailler une bavette avec Bernard Tapie etc. Avec un tel agenda, Jack n’a pas le temps de partir à la recherche du grisbi et demande un nouveau délai. La requête chatouille quelque peu Louis-Dreyfus qui, en six mois de négociation, n’a pas encore vu la couleur de son argent. Gentleman, il accepte finalement de patienter encore, sous réserve d’une nouvelle garantie bancaire...

Cette fois, Francis Bridgeman sort une copie d’un virement de huit millions d’euros émanant de la Mellon Bank, à l’attention de Bob. Etrangement l’établissement n’a aucune trace du virement... Mais RLD, sympa, ne rompt toujours pas les négociations. Cette rupture n’intervient que le 13 mars, après une énième demande de temps émanant du clan Kachkar. Franchement las, Bob arrête les frais et se tourne vers le Country Wide Bank pour réclamer son dédit de huit millions d’euros. Ô surprise, quand ses hommes présentent les pièces apportées par Kachkar et Bridgeman, l’établissement financier saisit… son département fraude. Le responsable du département censé avoir rédigé l’acte de garantie de Kachkar, Ramon Duran, se fend même d’une jolie missive officielle. "Je, soussigné Ramon Duran, responsable du département Floride de la CW Bank, déclare n’avoir jamais signé, ni vu ce document. Je n’ai pas le pouvoir de signer ce type de document".

Depuis, Bob est tout fumasse… Se sentant un poil arnaqué, il compte récupérer bien plus que ces huit millions d’euros de dédit. "Louis-Dreyfus veut essorer Kachkar et ceux qui ont monté le deal avec lui", confie un proche de l’affaire. À savoir récupérer les 115 millions d’euros un temps miroités. Au final, la vente avortée pourrait se révéler une bonne affaire pour Bob.

[Dessin © Masioni]
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