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José-Karl Bové-Marx

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Les Cahiers, numéro 33

Chirac et le PSG : nous les avons tant détestés

Entre l'ancien maire de Paris et le club de la capitale, il y a plus que le souvenir de fameuses visites dans les vestiaires, mais aussi de troublantes analogies dans leurs parcours respectifs…

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Dimanche dernier, la petite histoire (celle de la République française) et la grande (celle du Paris Saint-Germain) se sont données la main en une double séquence émotion trop synchrone pour qu’on ne la remarque pas. À vingt heures moins quelques poussières, le club de Susic, Weah, Rai et Coridon s’avouait vaincu face à Auxerre, en son antre du Parc des Princes, et plongeait à une désespérante 19e place du classement comme on plonge dans un coma sans issue. 

 

À vingt heures pile poil, à quelques encablures de là, en son repaire élyséen, Jacques Chirac annonçait à la France entière une nouvelle presque aussi importante: la fin de sa prodigieuse carrière politique.

 

La concomitance des deux événements a offert à la population française le même sentiment deux fois en l’espace de quelques minutes. Le PSG qui plonge au moment où Chirac s’efface : malgré les années de pitreries sans nom (entrecoupées de réelles ignominies) que nous ont values ces deux absurdités historiques, on éprouva, partout dans l’Hexagone, comme un subit accès de tristesse, d’autant plus violent qu’il était parfaitement inattendu. Car qu’on le veuille ou non, Chirac au premier rang de nos politiciens et le PSG en première division, c’est toute notre vie.


Affreux, sales et méchantsIrritants, arrogants, scandaleux, abjects, ridicules… et, en de rares occasions, magnifiques. Les deux grands partants de ce dimanche auront jusqu’au bout, tout au long de carrières étrangement parallèles, suscité des sentiments tout à fait comparables. Le club de la capitale et l’homme qui en fut le maire pendant dix-huit ans ne nous ont jamais laissés indifférents.


Le jeune Chirac et le jeune PSG avaient les dents qui rayaient le parquet (et le gazon). Les années 1970, qui les virent émerger au niveau national, ne leur furent pourtant pas réellement favorables. Certes, en 1974, le club accède définitivement à l’élite et le politicien s’incruste à Matignon. Mais ils ne sont pas encore assez mûrs pour les tout premiers rôles. Tandis que le club assure péniblement ses maintiens, Chirac démissionne avec fracas, frustré comme un gamin de se voir en permanence roulé dans la farine par le matois Giscard.

 

En revanche, ce que les deux savent déjà faire, c’est taper dans la caisse. Les caisses de l’Hôtel de Ville deviennent des annexes directes de celles du RPR. Dans le même temps, le très distingué Daniel Hechter doit précipitamment quitter la tête du PSG suite à une sombre affaire de double billetterie (non non, rien à voir avec des vacances à l’Île Maurice payées par le contribuable).

 

À l’époque, la France considère encore avec amusement ce grand dadais et ce petit club. Quant à Paris, la ville, elle n’en mène pas large d’être représentée par de si piètres symboles… Tout va changer avec les eighties, années fric et glamour cheap.



Vers les cimes

La victoire de Mitterrand en 1981 ne dessert pas foncièrement les intérêts de Chirac, tout heureux de voir Giscard disparaître du paysage. En même temps que l’Auvergnat, Saint-Étienne, le mastodonte de la décennie précédente, passe aussi à la trappe. La voix est plus ou moins libre pour nos deux anti-héros. Le PSG apprend à gagner (deux coupes de France consécutives en 1982 et 1983, et avec classe qui plus est). Pendant ce temps-là, Chirac est triomphalement réélu maire en remportant les vingt arrondissements. L’homme et le club sont des TGV lancés sur les rails du succès et en 1986, kawabonga: premier titre de champion pour l’un, retour magistral à Matignon pour l’autre. On va voir ce qu’on va voir!

 

Mais comme dans une maxime bouddhiste, comme sur les flancs d’un zèbre, comme dans une séquence de quatre-vingt dix minutes de Bonaventure Kalou, les histoires de Chirac et du cloube sont des enchaînements permanents d’envolées grandioses et de chutes tragiques, de lignes blanches et de lignes noires, d’instants de grâce et de périodes d’hébétude.

 

La cohabitation, cette fois avec un président encore plus retors que Giscard, sera une nouvelle fois un cauchemar pour notre Reagan en herbe. Les lendemains de fête au Parc sentiront fort la gueule de bois. Les années 1986-1993 seront les années Mitterrand-Tapie: le vieux briscard socialiste vainc aisément Chirac à la présidentielle (les yeux dans les yeux) tandis que son brigand de protégé humilie à répétition le PSG avec son Ohème peu regardant sur la manière.



1993-1997, le vertige du succès

Après avoir songé un instant à tout lâcher et à se laisser glisser dans le grand portnawak ultra-droitier ("le bruit et l’odeur" dont le président du RPR se plaint en 1991 irritent aussi certains fins esprits de la tribune Boulogne), Paris et Chirac se reprennent. À force d’en prendre plein la gueule, ils ont acquis une once de sagesse, si ce n’est d’humilité. Ils prennent leur mal en patience et fourbissent leurs armes.

 

La revanche viendra en cette heureuse année 1993, celle de VA-OM – qui verra un ministre de Mitterrand tenter de sauver Tapie avec un parjure gros comme une enveloppe remplie de billets – et de la victoire indiscutable de la droite aux législatives.

 

Passé entre-temps dans les mains inventives de Canal+, le PSG, qui a terminé deuxième derrière l’OM pour la saison 1992-1993, a la malice de ne réclamer ni le titre ni la qualification en Ligue des champions: il sait qu’à présent que son rival est en D2, les portes de la gloire lui sont ouvertes. Pas la peine, donc, d’en faire trop tout de suite: l’avenir, croit savoir le club de la Porte de Saint-Cloud, est de toute façon assuré. Chirac agit avec la même finesse tactique en refusant de revenir lui-même à Matignon, où il envoie Balladur, un homme qu’il estime fidèle et qu’il charge de préparer le terrain pour son métier de dans deux ans.

 

Au début, tout ressemble à un rêve : le PSG remporte comme prévu le titre de 1994, tandis que Balladur, très populaire, paraît dérouler le tapis rouge à son ami de trente ans. Évidemment, rien ne se passe comme prévu: le gentil pélican compassé se met à rêver de grandeur personnelle pendant que de mignons canaris à peine pubères font tourner en bourrique un PSG trop adulte et trop confiant. On en vient à prendre en pitié ce politicien dépassé et cette équipe larguée…

 

Du coup, les deux se fendent d’un salutaire coup de reins pour ce qui sera leur apogée: la victoire de 1995 pour l’un, la victoire en Coupe des coupes en 96 pour l’autre. Benoît Duquesne suit le couple présidentiel à moto, Yannick Noah chante Saga Africa, Juppé sourit, Youri Djorkaeff aussi, tout le monde se retrouve au Niel’s, c’est la gloire, c’est l’éternité.



La lumière au bout du tunnel, c’est le train

Chirac et Paris sont au sommet… et la France n’en peut déjà plus. Tout le pays se met à grogner contre la capitale – laquelle, compréhensive, a le bon goût de s’effondrer toute seule. Une dissolution par-ci, un Charles Biétry par-là, et le tour est joué: l’un comme l’autre font à nouveau marrer le pays. On a eu chaud. Dès lors, Chirac sera voué à l’inauguration des chrysanthèmes par un Jospin entreprenant; le PSG s’engluera lui aussi dans le marasme, et même le luisfernandezisme.

 

Ouf, personne ne les prendra plus jamais au sérieux, même si parfois, des concours de circonstances (le résultat miraculeux du 21 avril 2002, la signature tout aussi miraculeuse de Ronaldinho) les feront rapidement revenir en haut de l’affiche. Il y aura encore quelques éclairs – Chirac en héroïque ultime rempart de l’humanité pacifique face à Bush, le PSG remportant discrètement deux Coupes de France –, mais leur grande époque, c’est clair pour tout le monde, est derrière eux.

 

Les dernières années sont sinistres, entre mises en examen de proches et bastonnades entre supporters. Le président ne "comprend pas" les jeunes qui lui causent à la télé, pas plus que le club ne comprend le fonctionnement de l’Olympique lyonnais. On évoque de temps en temps la démission de l’un et la dissolution de l’autre, sans trop y croire, sans trop insister, non plus.

 

En fait, ils nous indifférent de plus en plus, à force. Les vrais combats sont désormais ailleurs. Le PSG et Chirac sont des vestiges un peu pitoyables, sur lesquels on ne s’attarde guère quand on tombe dessus à la télé, sauf pour se foutre encore une fois de leur gueule le lendemain avec les collègues, mais même de ça, on se lasse…
Puis vint dimanche dernier.

 

Chirac comme le PSG ont clairement fait quelques années de trop. Clairement, on en avait honte quand il s’agissait de discuter avec des étrangers. Clairement, on en avait marre. Clairement, on n’en voulait plus. Mais, dimanche dernier, à vingt heures, entre un coup d’œil sur le classement (merci Infosport) et un autre sur le grand type en plastique en train de lire son prompteur le front plissé (merci toutes les autres chaînes), on a eu un peu de mal à déglutir. Et on y a repensé en se couchant, avec un vague malaise. Avouons-le: on les regrettait. Oui, on regrettait Jacques Chirac et le Paris Saint-Germain. Ah, si on nous avait dit ça il y a un an!

 

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