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Pierre Martini

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Les Cahiers, numéro 31

La magie de Paris

Le PSG est-il une machine à tocardiser les bons joueurs qu'il embauche, vouant les supporters à fantasmer en permanence sur de futures recrues sans comprendre que le mal est dans la place?
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Samedi à Geoffroy-Guichard, Christophe Landrin a inscrit un but sur un superbe ciseau qui a parachevé la nette victoire des locaux, face à des Valenciennois qui ressemblent de nouveau à des promus. En dépit de la beauté du geste, l'événement serait presque anecdotique, n'étaient ses chances de figurer dans le Top But de fin de saison. Ledit geste aura une grande valeur pour les esthètes, qui apprécieront l'équilibre de la frappe et la pureté de la trajectoire – laquelle répondait d'ailleurs à celle du celle du centre de Feindouno. Les historiens, eux, n'en feront pas une grande affaire: quiconque a réussi une reprise de volée parfaite sur un terrain en stabilisé devant deux spectateurs sait que la valeur d'un geste est indexée aux circonstances dans lesquelles il est effectué. Tout le monde n'a pas la chance d'être Zinédine Zidane en finale de la Ligue des champions 2002. David Gigliotti, spécialiste du ciseau, qui a lui aussi frappé au cours de cette 18e journée, peut aussi en témoigner.


La métamorphose des cloportes

Mais revenons à notre mouton. Car Landrin, cette saison, ne s'est pas contenté de ce but, aussi joli soit-il. En concluant son transfert vers l'AS Saint-Étienne après une année pénible à Paris, iI est également revenu à la vie de footballeur. Seize fois titulaire dans un entrejeu défensif qui compte pourtant Julien Sablé, Johan Hautcœur ou Fredy Guarin, l'ancien Lillois a retrouvé l'estime de ses partenaires, et probablement l'estime de soi. On ne va évidemment pas en faire un cador, mais simplement le considérer comme un élément important d'une équipe qui marche bien depuis l'été. Capable, même, d'offrir de temps à autre ces gestes qui élèvent le niveau du spectacle. On peut aussi se souvenir qu'il avait, lors du Monaco-Saint-Étienne de la 2e journée, offert une passe décisive à Piquionne sur une bien jolie inspiration.
Si l'on reconnaît bien le Lillois qui a fait le bonheur de ses entraîneurs successifs dans le Nord, on se demande où est passé le Parisien – voué aux gémonies par le public du Parc – dont la carrière a failli sombrer la saison passée... La question se pose donc une nouvelle fois: le PSG est-il une redoutable machine à nullifier les joueurs? Ayant suivi le chemin inverse, David Hellebuyck renforce cette thèse: pilier indiscutable de la formation stéphanoise, il semble en passe de connaître une noyade dont il ne serait que le dernier exemple en date.

C'est là que réside une certaine magie parisienne : un joueur estimé y a toutes les chances d'y devenir médiocre ou d'y être finalement considéré comme... surestimé. À croire que le club ne recrute que des joueurs surcotés. Car à de rares exceptions près (Pauleta sur la durée, Armand cette saison, par exemple), un passage dans la capitale s'accompagne d'une dévaluation quasiment systématique. Dans l'effectif de début de saison, on compte ainsi des Yepes, Dhorasoo, Rothen, Landreau ou Kalou qui ont tous, à des degrés et des moments divers, "déçu" les attentes et fait les frais du ressentiment des supporters. Tous avaient pourtant brillé au sein de leurs précédentes équipes et suscité de nombreuses convoitises.
Par le passé, le PSG a bâti une partie de sa réputation sur sa capacité à casser l'élan de certaines carrières prometteuses: Lachuer, Maurice, Gava, Revault, Cobos, Loko, Pouget, Letizi, Ljuboja, entre autres, en ont fait les frais. Mais le constat est bien pire pour ceux qui émargent dans une catégorie moins prestigieuse, à l'instar de Landrin et consorts... Piochons encore dans la série des (mauvais) exemples verts: Aloisio, adulé à Saint-Étienne après deux saisons brillantes, est ainsi devenu le pire des tocards à la pointe de l'attaque bleue et rouge. Édouard Cissé, jadis participant majeur à l'épopée européenne de l'ASM, serait aujourd'hui devenu le symbole de la nullité du groupe, au point que certains réclamaient sa plombisation.



Se casser les dents

On peut comprendre que les supporters parisiens n'ont, bien souvent et très vite au cours d'une saison, plus que l'autodénigrement comme seul objet passionnel. Aussi occupent-ils une grande partie de leur temps à condamner l'effectif, tout en imaginant quels joueurs pourraient venir le métamorphoser. Sans avoir l'air de comprendre que ces recrues éventuelles viendraient dans la capitale pour s'y casser les dents comme les autres, selon toute probabilité.
Certes, on connaît l'argument : il faudrait être plus qu'un joueur moyen pour réussir à Paris, disposer de qualités mentales et techniques supérieures au tout-venant de la L1. Voilà qui accrédite, par l'absurde, l'idée qu'au Paris-SG, on ne joue pas le même football que les autres équipes... Et témoigne qu'en dépit de leurs déboires, nombre de Parisiens n'ont pas renoncé à être un peu présomptueux. Ce n'est en effet pas demain la veille que le PSG pourra compter dans toutes ses lignes sur des stars à la fois brillantes techniquement et blindées mentalement.

Il est complètement vain de chercher dans la qualité des joueurs l'explication universelle de tous ces échecs successifs, individuels comme collectifs. D'autant qu'on est fondé à penser qu'au cours des saisons récentes, le club avait "sur le papier" de quoi faire infiniment mieux – sauf à accorder rétrospectivement une valeur absolue aux résultats finalement obtenus... Il serait bien plus judicieux de s'interroger sur ce qui contribue, en permanence, à ne jamais offrir les conditions idéales pour que des footballeurs puissent exprimer le meilleur d'eux-mêmes, quelles que soient leurs limites. Puissent même, soyons fous, progresser sous le maillot parisien. N'est-ce pas, pourtant, le but que devraient privilégier tous les responsables d'un club, du président à l'entraîneur? N'est-ce pas ce que réussissent les formations à succès (même sur une courte période), sachant que la valeur d'une équipe n'est jamais l'addition de ses talents individuels, mais le produit alchimique de leur fusion à chaud? N'est-ce pas ce que devraient  chercher à préserver les supporters eux-mêmes, en évitant de condamner les joueurs avant qu'ils n'aient eu le temps d'exprimer leurs qualités?

Patience, cohérence, continuité, confiance, progression... Autant de notions qui restent étrangères au Paris Saint-Germain, ce n'est pas nouveau, et ce n'est presque plus désespérant tant on y est accoutumé. À force de croire que l'urgence est le seul mode de gestion possible localement, le club en vient à ne plus miser du tout sur elles. L'œuvre collective des dirigeants, des entraîneurs, des supporters et des joueurs eux-mêmes (il n'y a pas de raison de les exclure de cette liste) fait du Camp des Loges le lieu d'une malédiction bien prévisible. Même le miracle d'une saison réussie – comme l'An I de Halilhodzic – semble préparer le terrain à des désillusions d'autant plus cruelles.
Il reste qu'en définitive, le tour de magie le plus impressionnant réussi par le PSG... est de parvenir à faire encore venir des joueurs.
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