
DJIBRIL CISSÉ MARCHE À NOUVEAU!
Sylvain Zorzin -
dimanche 18 juin 2006
Grâce à ses contrats publicitaires, l’attaquant français n’a jamais quitté le terrain. Certains en ont même profité pour donner à sa cheville en morceaux un léger goût de paprika.
Que le titre de cet article n’abuse pas le lecteur, qui attendrait un miracle à la Wayne Rooney ou à la Ali Daei (qui réussit effectivement à marcher durant 90 minutes). Victime d’une double fracture tibia-péroné, Djibril Cissé devra supporter plusieurs mois de rééducation avant de fouler à nouveau une pelouse ou juste un muscle.
Pourtant, l’attaquant de l’équipe de France n’a jamais cessé de marcher, et même de courir. Passée en boucle à la télévision ou sur le site Internet de L’Equipe, la publicité pour Adidas sème nécessairement le trouble pour qui a vu les cris de douleur de Cissé, voire les images impressionnantes de sa cheville morcelée.
Ne pas casser un contrat
Il ne s’agit pas, pour autant, de remettre en cause des contrats publicitaires, signés en général des mois avant le début de la compétition. Le malaise est certain, mais pouvait-on imaginer (et souhaiter?) d’une entreprise qu’elle efface un joueur d’une publicité collective (une dizaine de stars filmées quasi simultanément), comme elle a pu, à l’aide de la technologie informatique, en ajouter certaines (Platini et Beckenbauer)? Cissé s’est blessé, certes, mais il s’agit juste d’une impression étrange à surmonter.
Là où le malaise s’accroit fortement, c’est à la vue d’un jeu Internet offert par une marque de biscuits apéritif. Le principe est simple : il suffit de choisir un joueur célèbre –dont les mouvements ont été numérisés– parmi les quelques-uns proposés et, à coups de clics de souris, le faire jongler avec une boîte de biscuits. C’est très con, mais ça peut occuper au bureau, quand le chef est en réunion ou absent jusqu’à 16 heures pour cause de repas.
Aperçue sur le site yahoo, la publicité pour ce jeu n’a toutefois pas hésité à mettre en avant le seul Djibril Cissé, en utilisant ce slogan absurde: "Fais jongler Djibril". Evidemment, une fois encore, Cissé et ses compères avaient accepté de se déguiser en hommes-sandwichs, avec un gros chèque à la clef. Quand Zidane vend des assurances ou Ronaldinho du café Leader Price, on ne va pas commencer à discuter les choix de carrière.

Jongler avec le respect
Mais on ne peut absolument pas croire que le choix de Cissé –pardon, du choix de « Djibril », faut être cool avec les djeuns–, souriant comme s’il avait gagné la Coupe du monde, soit le fruit du hasard. Du coup, il est assez effrayant de voir qu’une blessure aussi sévère –et aux conséquences aussi dramatiques pour un individu qui a fait du foot le sens de sa vie– devienne un prétexte à vente. Car faire « jongler Djibril » est soudain un jeu pervers, où le respect prôné par la FIFA (et par d’autres, semble-t-il) devient aussi friable que leurs biscuits apéro chimiques.
Et on imagine tous les joueurs qui choisiront Cissé rien que pour se payer une bonne tranche de rire. "Ouais, je fais sauter mes Pringles avec une double fracture, finalement j’ai le niveau pour aller à l’OM", etc. Et si Djibril était mort, victime comme Marc Vivien Foé, d’une crise cardiaque ? Ou "simplement" paralysé, parce que sa colonne vertébrale aurait été brisée ? Qu’auraient fait ces fabricants de Pringles ? Ils auraient inventé des gâteaux en poudre ?
Certains répliqueront qu’il ne s’agit que d’un jeu –bien que le côté virtuel ne soit pas le même que dans des jeux comme GTA, puisque Djibril Cissé est une vraie personne de la vraie vie. Quoi qu’il en soit, c’est peut-être la première fois qu’une marque se sert, non pas de la réputation ou du talent d’un joueur (cf. Ronaldinho avec son café), mais de sa grave blessure pour vendre son produit. Le destructeur défenseur anglais Vinnie Jones avait bien fait de sa violence un objet marketing. Finalement, la violence subie commence à mieux vendre que la violence pratiquée. Investissez dans le fragile.
Pourtant, l’attaquant de l’équipe de France n’a jamais cessé de marcher, et même de courir. Passée en boucle à la télévision ou sur le site Internet de L’Equipe, la publicité pour Adidas sème nécessairement le trouble pour qui a vu les cris de douleur de Cissé, voire les images impressionnantes de sa cheville morcelée.
Ne pas casser un contrat
Il ne s’agit pas, pour autant, de remettre en cause des contrats publicitaires, signés en général des mois avant le début de la compétition. Le malaise est certain, mais pouvait-on imaginer (et souhaiter?) d’une entreprise qu’elle efface un joueur d’une publicité collective (une dizaine de stars filmées quasi simultanément), comme elle a pu, à l’aide de la technologie informatique, en ajouter certaines (Platini et Beckenbauer)? Cissé s’est blessé, certes, mais il s’agit juste d’une impression étrange à surmonter.
Là où le malaise s’accroit fortement, c’est à la vue d’un jeu Internet offert par une marque de biscuits apéritif. Le principe est simple : il suffit de choisir un joueur célèbre –dont les mouvements ont été numérisés– parmi les quelques-uns proposés et, à coups de clics de souris, le faire jongler avec une boîte de biscuits. C’est très con, mais ça peut occuper au bureau, quand le chef est en réunion ou absent jusqu’à 16 heures pour cause de repas.
Aperçue sur le site yahoo, la publicité pour ce jeu n’a toutefois pas hésité à mettre en avant le seul Djibril Cissé, en utilisant ce slogan absurde: "Fais jongler Djibril". Evidemment, une fois encore, Cissé et ses compères avaient accepté de se déguiser en hommes-sandwichs, avec un gros chèque à la clef. Quand Zidane vend des assurances ou Ronaldinho du café Leader Price, on ne va pas commencer à discuter les choix de carrière.

Jongler avec le respect
Mais on ne peut absolument pas croire que le choix de Cissé –pardon, du choix de « Djibril », faut être cool avec les djeuns–, souriant comme s’il avait gagné la Coupe du monde, soit le fruit du hasard. Du coup, il est assez effrayant de voir qu’une blessure aussi sévère –et aux conséquences aussi dramatiques pour un individu qui a fait du foot le sens de sa vie– devienne un prétexte à vente. Car faire « jongler Djibril » est soudain un jeu pervers, où le respect prôné par la FIFA (et par d’autres, semble-t-il) devient aussi friable que leurs biscuits apéro chimiques.
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