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Sylvain Zorzin

 

Incapable d’admettre qu’il a donné vie à Pierre Minus, il fuit l’opprobre en publiant de vraies histoires pour les vrais enfants dans les magazines Pomme d’api, Les Belles Histoires, Tralalire et Mes Premiers J’aime Lire.


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Tirer les leçons

Le foot expliqué par Franck Leboeuf

Véritable révélation de ce début de Coupe du monde, le nouveau consultant de M6, qui forme avec Thierry Roland une paire redoutable, a accepté – pour les Cahiers du football – de vulgariser la science footballistique.
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Les Cahiers du football s’enorgueillissent de posséder une rubrique intitulée « Les mots du foot », destinée à décrypter le jargon de notre sport préféré. Nous avons trouvé un allié inattendu, pour mener ce projet pédagogique, en la personne de Franck Lebœuf, véritable dictionnaire vivant. En un seul match (Pologne-Equateur), il a en effet passé en revue un nombre impressionnant de termes usuels et autres expressions incontournables.

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6e minute : « Un coup ça fait mal », suivi de « Ce n’est pas très agréable ».
>> Franck Lebœuf rappelle ici une loi très générale. Il ne faut toutefois pas oublier que certains découvrent le football grâce à une compétition aussi médiatique qu’est la Coupe du monde, et que d’autres auraient volontiers donné un carton jaune à Djibril Cissé pour simulation.


7e minute : « Tout le monde se jette dans la bataille ».
>> Premier échantillon de jargon, cette métaphore guerrière se retrouve dans d’autres sports, parfois même entre gens équipés de machettes ou de fusils à baïonnette. Dans ce dernier cas, il faut savoir profiter des trous dans la défense.


7e minute (bis) : « Les espaces se créent avec la fatigue ».
>> On peut ici regretter le caractère précoce de cette remarque, au demeurant très juste. Il aurait été plus logique de la formuler vers la 70e minute – c'est-à-dire lorsque, la fatigue venant, se créent les espaces.


12e minute : « Il est le métronome de l’équipe ».
>> Métaphore musicale cette fois. Sachant que le métronome est un petit instrument à pendule, de forme pyramidale, servant à marquer la mesure pour l'exécution d'un morceau de musique, on peut craindre que certains téléspectateurs ne saisissent pas la référence. « Maître à jouer » aurait sans doute été plus adéquat. Mais je sais par un ami que Franck Lebœuf aime bien les Tic-Tac, d’où, peut-être, cette réflexion élitaire.


17e minute : « C’est une faute vraiment bête ».
>> Expression employée lorsqu’on estime que le joueur aurait pu s’abstenir de commettre cette infraction. C’est une expression plus complexe qu’il n’y paraît, car certains affirment qu’il existe des fautes intelligentes même si, rappellent-ils aussitôt, toute faute est bête. Personnellement, je trouve pas ça top clair.


24e minute : « A ce niveau de la compétition, il n’y a pas de petites équipes ».
>> Ici, Franck Lebœuf ne veut pas dire que Trinidad et Tobago ou que le Togo possèdent le même niveau de jeu que le Brésil ou l’Argentine. Ou alors si, parce qu’il a pas l’air de tout comprendre. Quoi qu’il en soit, il prend le risque d’employer un « mot du foot » au mépris de toute logique. Rien que pour cela, il mérite notre respect.


30e minute : « Ils jouent au milieu de terrain et c’est là que se fait la différence en football ».
>> En effet, à la différence du golf ou du handball, le centre du terrain est assez important. D’ailleurs, on a donné à certains joueurs le nom de « milieu » – offensif ou défensif – alors que jamais personne ne s’est appelé bunker, même en Allemagne. Il y a eu un « Green » une fois, mais c’était dans la série Urgences.


36e minute : « Il est toujours difficile de faire la différence entre engagement et agressivité ».
>> En général, ceux qui croient que c’est la même chose, confondent aussi vitesse et précipitation. N’empêche, c’est vraiment pas facile de faire la différence entre engagement et précipitation. Malheureusement, Franck Lebœuf n’explique pas ladite différence. A mon avis, il ne sait pas non plus.


44e minute : « Ils jouent comme des morts de faim ».
>> Ce « mot du foot » a déjà été expliqué dans les Cahiers n°23. On écrivait même qu’on « imagine mal des mourants aux intestins gonflés par la dysenterie courir comme des dératés derrière un ballon pour échapper au ventre mou du championnat, et autres métaphores ». Une expression à prendre avec des pincettes, donc (pas à sucre, ce serait illogique).


49e minute : « Le premier match est crucial, surtout si vous le perdez ».
>> Certaines mauvaises langues affirment que cette phrase pourrait être en bonne place pour la compétition du Micro de plomb. Employer un mot aussi complexe que « crucial » devrait néanmoins être source d’indulgence.


49e minute (bis) : « On a la tête dans le sac. Entre autres ».
>> Remarque quelque peu mystérieuse, qui devrait entretenir la légende autour de l’ancien joueur de l’OM et d’Al-Saad. Car a-t-il voulu signaler que l’on avait autre chose dans le sac (et quel sac ?), ou bien la tête dans d’autres choses ? Doit-on y lire une allusion triviale ?


52e minute : « Y’a même pas hors-jeu, à deux mètres. A ce niveau de la compétition, c’est tellement important ».
>> Franck Lebœuf rejoint ici les polémiques récentes sur l’arbitrage, mais souligne surtout qu’un bon arbitrage, c’est important. A noter qu’il a déjà fait référence au niveau de la compétition (« il n’y a pas de petites équipes », voir plus haut). Il aurait donc été judicieux de condenser ces deux phrases. « A ce niveau de la compétition, il n’y a pas de petites équipes mais des fautes d’arbitrage » aurait été un raccourci séduisant. Il aurait cependant fallu maîtriser la figure de rhétorique nommée zeugma, voire le double zeugma que Pierre Desproges illustrait avec cet exemple: « Après avoir sauté sa belle sœur et le repas du midi, le Petit Prince reprit enfin ses esprits et une banane ». C’est tout pour aujourd'hui.



Bonus
La profession du commentaire sportif s'est également enrichie d'un spécimen qui pousse la critique arbitrale à un degré d'obsession rarement atteint. Franck est resté joueur…

Pays-Bas-Serbie-Montenegro, 71e minute. Van Persie déborde sur l'aile droite et parvient à éviter le tacle (manqué mais assassin) d'un défenseur serbe avant de s'écrouler, ce dernier écopant d'un carton jaune.

Franck Lebœuf : Y a carton, par contre je ne suis pas sûr qu'il l'ait touché. On va voir ça... [ralenti] Il ne le touche pas! C'est bien ce que je pensais! Donc Van Persie cherchait le carton. Alors moi, je veux bien, je veux bien qu'on donne des cartons, tout ça... mais je me demande quand est-ce qu'on va enlever le carton d'un joueur qui n'a rien fait!
Thierry Roland : Ah ben ça se voit maintenant!
Franck Lebœuf : Ouais mais après le match! Mais on peut pas utiliser la vidéo parce que de grandes personnalités comme Michel Platini sont contre la vidéo. Alors moi je veux bien, mais quand même, là c'est quand même une sanction qui n'est pas méritée, un joueur qui joue le ballon, il ne l'a pas mais il n'a fait aucune faute, et un joueur qui triche, je me demande quand on lui mettra un carton post-match. On parle de fair-play, faut qu'on parle aussi d'être équitable!
Les Pays-Bas tirent le coup franc à côté.
Franck Lebœuf : Ils ne méritaient pas de marquer.
Thierry Roland, dubitatif : Euh... Vous n'êtes pas commode. Vos enfants ils ont dû souffrir quand ils étaient jeunes.
Franck Lebœuf : Pas que mes enfants, ha, ha, ha !
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