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Pierre Martini

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Les Cahiers, numéro 22

Bon Anelka 2006 ?

Auteur en 2005 d'un inattendu come-back en équipe de France, l'année qui commence pourrait être celle d'un retour en grâce pour Nicolas Anelka...
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Faute d'outils de mesure de la vraie valeur d'un joueur de football, cette appréciation reste hautement subjective. Évidemment, la réussite globale d'une carrière et la régularité au cours de celle-ci établissent des certitudes pour le gotha des footballeurs. Mais pour cette minorité d'élus, combien de joueurs qui n'ont pas fait les choix les plus heureux ou qui n'ont pas été servis par la chance? Pour ceux que la providence n'a pas aidés – et ceux qui n'ont pas aidé la providence – les évaluations du public et des observateurs dépendent finalement de facteurs assez extérieurs à leurs prestations sur le terrain.
Prenez Nicolas Anelka. Enfin, si vous êtes président, réfléchissez bien avant de le prendre. Peu de joueurs auront en effet, autant que lui, suscité la controverse. Tous ses faits et gestes, et surtout ses paroles, ont contribué à en faire soit un repoussoir, soit une référence. Joueur surcoté et insupportable tête à claque pour les uns, footballeur mésestimé et profondément incompris pour les autres. Choisissez votre camp. Ou changez-en : rien n'étant définitif dans le football, les tendances évoluent...


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Carrière en pente douce
Le gros problème avec Anelka (et son gros problème à lui aussi), ce sont ses choix de carrière. Si l'idée de se laisser enlever du PSG par Arsène Wenger (le roi de la faille réglementaire, l'orfèvre des pilleurs de centres de formation qui n'était là qu'au début d'une série poursuivie jusqu'à Flamini) n'a pas été la pire de son parcours, la suite restera comme une suite de mauvais placements qui accompagnèrent sa décote sur le marché de l'attaquant haut de gamme. Du Real à Fenerbahce en passant par le PSG, Liverpool et Manchester City, d'embrouilles de vestiaires en déclarations consternantes, le petit Nicolas acheva de se construire une image d'asocial incapable d'assumer les contraintes du football professionnel (on connaît son envie un peu puérile, dans un tel milieu, de vouloir "juste jouer au football").

À cette glissade en pente douce s'est ajouté un autre exil : déjà non sélectionné pour les Coupes du monde 98 et 2002, Nicolas Anelka n'a plus été appelé en équipe de France depuis le 17 avril 2002 et un match amical contre la Russie – la présumée "liste noire" de Domenech succédant au conflit ouvert avec Santini.


Loin des yeux
Il y a exactement deux ans, le joueur avait surmonté sa célèbre répugnance pour les journalistes en souscrivant à un impressionnant plan média (voir Citizen Anelka), multipliant les entretiens télévisés, avant de présenter deux mois plus tard ses excuses à Jacques Santini (pour avoir décliné une sélection suite à la blessure de Sidney Govou, en novembre 2002, et pour avoir affirmé que le sélectionneur devrait d'abord "s'agenouiller" pour obtenir son retour). À l'époque, la lourde suspension de Djibril Cissé – expulsé lors de France-Portugal Espoirs – libérait une place d'attaquant en équipe de France, et Anelka occupa la "une" des journaux spécialisés... Mais en mai, lorsque le sélectionneur ne le coucha pas sur la liste des 23 pour l'Euro portugais, il n'y eut même pas de polémique.

Le départ du joueur en Turquie, au mercato 2005 (puis son maintien dans l'effectif de Fenerbahce, à l'été dernier, en dépit de velléités de départ) ne sembla pas jouer en sa faveur – pas plus qu'un début de saison perturbé par les blessures et peu valorisé par les faibles performances de son club en Ligue des champions. D'autant que d'ultimes déclarations peu amènes à l'encontre de Djibril Cissé alourdissaient un peu plus sa valise pas très diplomatique... C'est donc contre toute attente que le sélectionneur national le rappela en novembre dernier pour disputer les deux matches contre le Costa Rica (titularisation) et l'Allemagne (entrée après la pause).


Un consensus soudain
Auteur de deux bonnes prestations – probablement mises en valeur par l'apathie de l'attaque bleue, surtout en première période à Fort-de-France –, Anelka a pour une fois bénéficié d'appréciations unanimement positives. Presque à l'excès, comme si après l'avoir radicalement dénigré, bon nombre d'observateurs lui trouvaient d'un seul coup toutes les vertus, comme si le joueur était redevenu tendance. Ce retour du balancier dans le bon sens ira-t-il cependant au-delà d'un effet de mode? Si Anelka réalisait des performances exactement du même niveau dans des circonstances plus délicates (enjeux sportifs plus pressants que deux matches amicaux, équipe de France en crise), nul doute qu'elles seraient jugées avec moins de bienveillance...

Le joueur peine encore à concevoir qu'il a eu des responsabilités dans sa quarantaine prolongée, mais au moins fait-il preuve aujourd'hui d'une certaine lucidité – et d'une certaine mesure – dans l'appréciation de sa situation. "Je n'ai jamais été jugé sur mes qualités sportives", déclarait-il ainsi à L'Équipe le 3 janvier dernier, estimant aussi que contre les Costaricains, il n'avait pas "disputé le meilleur match de [sa] vie", mais fourni "le minimum qu'on attendait de [lui]".
La métamorphose s'est accompagnée d'un autre glissement : longtemps considéré comme l'archétype de l'attaquant axial rapide mais peu doué pour les considérations tactiques et la participation eu jeu (profil qui en ferait le concurrent direct de Djibril Cissé), Anelka affirme que ses vraies qualités le portent à jouer en soutien derrière une pointe. Reste à savoir s'il a véritablement étoffé son registre depuis le temps où Luis Fernandez l'avait testé en… numéro 10 au Paris Saint-Germain.


Ce retour en grâce du personnage et la "normalisation" de ses rapports avec les médias, le public et l'équipe de France pourraient encore être confortés par un éventuel transfert avant la fin du mercato, voire par une sélection en mars contre la Slovaquie. Mais il en faudrait plus pour que 2006 soit vraiment l'année de la réhabilitation de Nicolas Anelka. Il est encore loin d'être assuré de figurer sur la liste des appelés pour le Mondial allemand, dans un secteur offensif où la concurrence est rude... Mais quel que soit le choix du sélectionneur, on verra au moins à cette occasion si le joueur, au bout de tant de péripéties, a conservé tout son potentiel polémique.

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