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Pierre Martini

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PSG : y a-t-il une vie après la crise?

Se survivre à lui-même : c'est l'enjeu pour un Paris Saint-Germain qui subit les dépressions comme un état de nature, mais qui doit faire, dans la douleur, la conquête de la stabilité.
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Le Paris Saint-Germain 2004/2005 a d'abord laissé croire qu'il était parti pour rééditer le scénario de sa précédente saison, avec une "crise de l'été" comme substitut désormais traditionnel à son ancienne "crise de l'automne". Les plus optimistes de ses supporters purent ainsi espérer, malgré une entame plus catastrophique que celle de l'édition 2003/2004 du championnat, un redressement rapide: avec trois (courtes) victoires en quatre journées de L1 (Strasbourg, Bastia et Ajaccio), et surtout avec deux coups d'éclat consécutifs face à Marseille, le club semblait effectivement en mesure de repartir sur une nouvelle lancée à l'orée du mois de novembre — d'autant qu'en glanant quatre points en deux confrontations contre Porto, il avait rétabli ses chances de qualification en Ligue des champions. D'une crise à l'autre Las, c'était sans compter sur une rechute : une lourde défaire à Bordeaux (3-0) et trois nuls consécutifs en championnat (dont deux à domicile contre Lyon et Lille) ponctuaient une nouvelle période de doutes, conclue sur la défaite face au CSKA Moscou et l'éviction de la scène européenne. Cette fois, la comparaison qui s'imposait était celle avec l'OM de la "saison II" du tandem Bouchet-Perrin : un recrutement considéré comme raté, des épaules pas assez larges pour la C1, un leadership loin d'être assumé en championnat... À une saison réussie (une Coupe de France et une deuxième place flatteuse au classement final) succédait donc une incapacité à poursuivre la "reconstruction" et des remises en cause pleuvant de partout, plaçant l'entraîneur et le président sur la sellette. Ce à quoi s'ajoutaient les inévitables épisodes tragiques ou comiques, avec deux chasses à la taupe, la fronde des Ultras, des "humiliations" sportives, les sarcasmes de Luis Fernandez sur les ondes, les habituels torchonnages du Parisien, jusqu'à cette incroyable manœuvre de Daniel Hechter pour s'attirer les grâces des supporters et se poser en candidat à la reprise... Deux victoires d'affilée, à Sochaux et contre Metz, ont pour le moment écarté le scénario d'une pseudo révolution de palais dont les conséquences seraient catastrophiques. La trêve doit cependant être le moment d'un diagnostic autocritique pour les dirigeants du club, s'ils veulent sauver l'essentiel... Car c'est bien l'essentiel qui reste à sauver. Halilhodzic au point de rupture ? C'est évidemment l'entraîneur qui a cristallisé les doutes et les critiques sur sa capacité à diriger le PSG. Responsable du recrutement, il a dû assumer les ratés de la gestion de l'effectif, avec l'intégration problématique de Yepes et Armand, la mise à l'écart de Ljuboja ou encore la méforme de Pauleta. Dans ces situations difficiles, on sait que le responsable technique a tous les torts, et qu'on peut lui faire tous les procès de la terre. Les circonstances atténuantes n'ont guère de poids en de telles circonstances, à commencer par la blessure de Rothen ou les déceptions individuelles. Sur le terrain, le Bosniaque a en outre prêté le flanc à des reproches prévisibles mais légitimes, portant sur la faible qualité du jeu et de l'animation offensive. L'austère maîtrise de l'an passé, qui pouvait encore ravir les amateurs de tactique (voir Vahid soit loué par Danijel Auteuil) a en effet cédé le pas à un flou persistant et à des performances complètement aléatoires. Plus fâcheux, les fréquents changements de schéma, mais aussi les psychodrames récents avec la presse et les arbitres, ont rappelé les errements de son prédécesseur Luis Fernandez. Déjà discrédité par ses vomissements consécutifs au départ de Fiorèse, Coach Vahid a eu la mauvaise idée de rompre tout contact avec les journalistes, tandis qu'au même moment se mettait en place au Camp des loges une politique de filtrage des indésirables pour le moins maladroite. Déjà enclins à mettre en application les préceptes de l'école de la malveillance, de nombreux médias spécialisés ont pu s'en donner à cœur joie. Il reste que le manager devrait être capable d'affronter ces inévitables charges avec un peu plus de distance et de philosophie, au lieu de verser dans ce victimisme qui n'anoblit pas son personnage et fait franchement douter de son intelligence (voir aussi Passeport Vahid). Dans le même ordre d'idée, son refus d'exprimer tout regret après l'altercation avec Alain Sars (qui lui a valu sa suspension de banc) apporte de l'eau au moulin de ceux qui estiment que la mission excède ses capacités. Aussi bien dans l'esprit qu'en termes de diplomatie, cette attitude apparaît hautement infantile, préjudiciable à son club et à lui-même. Le président et les supporters Francis Graille a jusqu'à présent maintenu son soutien à son ami, restant fidèle à ce qu'il nous avait déclaré dans le n°8 des Cahiers du football (1). En revanche, il doit affronter une crise de légitimité tangible dans bien d'autres clubs, comme l'Olympique de Marseille, les Girondins de Bordeaux ou le FC Nantes: l'objectif légitime du redressement financier se heurte aux aspirations à la fois sportives et symboliques des supporters. À Paris, ces derniers ont très tôt dans la saison profité du terreau de la crise sportive pour exprimer leurs revendications et leurs frustrations quant au traitement qu'ils subissent. Dans ce mouvement virulent se mélangent des récriminations sur leur instrumentalisation mercantile, sur le manque de considération dont ils sont l'objet de la part des responsables du club, et surtout sur la répression qu'ils subissent. Concernant ce dernier point, il est difficile de démêler ce qui relève de revendications légitimes et ce qui relève de formes d'irresponsabilité, eux-mêmes s'en avérant incapables. Mais il faut reconnaître que leurs dirigeants, ceux de la Ligue et les médias eux-mêmes ne font pas mieux.

Francis Graille est tellement isolé qu'il n'y a plus que José Touré qui accepte encore de manger avec lui à la cantine.
Il est tout à fait regrettable que Francis Graille surfe sur la vague répressive consécutive à la "flambée de violence" hâtivement diagnostiquée par les médias et une nouvelle fois récupérée par les pouvoirs publics, en amalgamant les réels problèmes (concernant les franges de supporters indépendants qui se rendent coupables d'exactions intolérables) et les questions "réglementaires" ayant trait aux règlements de la Ligue (à propos des fumigènes et des différentes mesures de surveillance et de contrôle). Ce faisant, il entame un bras de fer qui était évitable, et il augmente le ressentiment à son égard, alors que sa propre situation est fragilisée: vingt mois après son accession à la tête du PSG (voir La foire de Paris, avril 2003), Francis Graille n'est toujours pas entré au capital du club, une opération sans cesse reportée (2). La révolution, c'est la continuité À l'arrivée, on assiste à cette absurdité : des supporters réclament la démission du président, avec le soutien de certains journalistes et des habituels malandrins attirés par l'odeur de la déroute, alors que le club aurait très peu de chances de survivre à de nouveaux bouleversements internes. Comme par le passé, ce concours de bêtise mène inéluctablement le club à sa propre perte, selon des schémas éculés — mais que tout le monde appelle de ses vœux, avec de bonnes ou de mauvaises intentions... C'est en survivant à ses crises et à ses déceptions que le club de la capitale peut en effet espérer construire quelque chose dans la durée. En définitive, sachant que les dirigeants du PSG ne peuvent compter ni sur la bienveillance des médias, ni sur la compréhension des supporters et encore moins sur la glorieuse incertitude du sport, c'est à eux qu'il appartient de réussir une révolution qui consisterait à maintenir le cap en dépit d'une "saison II" peu ou prou ratée. Pour cela, ils doivent tirer les leçons de leurs premiers échecs pour ne pas y succomber prématurément. C'est le moment de le faire car il sera ensuite trop tard. On a de bonnes raisons de penser que Vahid Halilhodzic et Francis Graille ont les moyens d'y parvenir, mieux que tous leurs prédécesseurs depuis 1998. Rendez-vous en mai, pour voir ce qu'il en est advenu... (1) "Je ne crois pas qu'un mec qu'on a encensé une année puisse devenir con du jour au lendemain (...) Je n'envisage pas du tout de continuer sans Vahid. À Paris, il faut savoir vivre avec la pression, composer avec des réseaux plus ou moins influents, ne pas être trop sensible à l'extérieur. Si les nerfs tiennent, on peut appréhender tout type de crise (...) Je crois honnêtement que nous sommes un peu plus armés que le duo Bouchet-Perrin". (2) Les fameux 34% du capital que Canal+ doit céder au duo Graille-Cayzac (un tandem qui serait paru très improbable en avril 2003, lorsque ce dernier, évincé, dénonçait Michel Denisot comme "la main armée et secrète qui agit dans l'ombre") restent virtuels à cette heure.
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