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Jamel Attal

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Barthez, antithèse

Selon Christophe Bouchet, l'opération "Il faut sauver le soldat Barthez" relève de l'intérêt supérieur du football français. Mais, menée à la hussarde, sert-elle vraiment les intérêts de l'OM?

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Un plan de communication bancal

 

S'il correspond au moins pour partie à une opération de communication, ce transfert virtuel a été bien mal géré. Il a fait la une des journaux à la veille d'un délicat déplacement à Strasbourg, il a provoqué le malaise du gardien titulaire et l'embarras de ses coéquipiers, et pour terminer, la mise en ligne prématurée d'une interview de Barthez lui-même, sur le site officiel du club, a suscité la colère du (présumé) futur gardien… Plus embêtant encore, si l'un des objectifs poursuivis était d'obtenir l'adhésion des supporters, flattés de ce retour prestigieux, c'est raté. Du moins dans un premier temps, car si les Ultras manifestent une logique solidarité envers Vedran Runje, ils pourraient ensuite changer d'avis et se réconcilier avec un joueur symbole de l'histoire du club.

 

 

Un intérêt sportif incertain

 

Sur le plan purement sportif, les contradictions ne sont pas moindres. Après la blessure de Cédric Carasso, l'OM a affirmé chercher un deuxième gardien. A moins de considérer ironiquement qu'il s'agit d'une promotion pour le troisième gardien de Manchester, Fabien Barthez n'a pas franchement le profil. Ce recrutement apparaît alors d'autant moins justifié que Runje réalise en très bon début de saison et qu'il est clairement au niveau des ambitions de son club. Il faut alors se rappeler d'une intersaison qui avait été le moment d'un imbroglio autour de l'échange espéré avec Coupet, que le Croate avait déjà moyennement apprécié et qui avait échoué faute de mouvements dans les cages des principaux clubs français (Ramé et Landreau auraient pu être concernés par ce jeu de chaises musicales).

 

Plus récemment, la "sortie" de Runje dans France Football, mettant en cause les choix tactiques de l'entraîneur au même titre que les performances des joueurs pour expliquer la lourde défaite à Madrid a suscité la colère d'Alain Perrin. Celui-ci cherche-t-il alors à se débarrasser d'un frondeur dont les qualités sportives le laissent en outre dubitatif? Mais quel est l'intérêt de prendre le risque de déstabiliser l'actuel titulaire et de compromettre gravement son attachement au club, sachant le caractère encore hypothétique du débarquement de son successeur? Et ce bénéfice sportif improbable compense-t-il un investissement financier qui, de l'aveu même du président, implique de renoncer à des recrutements au mercato (L'Équipe 18/10)?

 

Quoi qu'il en soit, les propos des dirigeants olympiens, désireux de gommer le caractère polémique de cette arrivée, peuvent difficilement se départir d'une certaine hypocrisie avec l'évocation de la "concurrence" entre les gardiens. Faire venir un joueur de l'envergure Barthez pour le mettre en concurrence ne semble pas très cohérent, sauf si Perrin tient à prouver par l'absurde qu'il peut être aussi intransigeant que Ferguson… Il reste que Barthez ne pourra pas participer à la Ligue des champions avant les huitièmes de finale, trois gardiens ayant déjà été inscrits dans cette compétition. Une répartition des charges entre Barthez (en championnat) et Runje (en LdC) peut éventuellement constituer un arrangement acceptable, mais sa logique n'est pas imparable.

 

 

Réconciliation pour un champion

 

Restent les implications "politiques" de ce transfert à sensation. Nul doute que dans un football français qui continue d'entretenir ses complexes, le retour d'un "champion du monde" a des résonances particulières et peut constituer un joli coup d'image pour l'OM, surtout qu'il s'agit cette fois d'un joueur plus important que Bernard Diomède et plus populaire que Franck Lebœuf. Surtout, cette opération bénéficierait à l'équipe de France en mettant fin à l'embarrassante situation de son gardien titulaire, et elle enlèverait une épine du pied du sélectionneur.

 

La question se pose des attentes d'un Christophe Bouchet en froid avec quasiment tout ce que le milieu compte de dirigeants dans les clubs et les instances, qui a souvent pris le parti d'accentuer l'isolement institutionnel de son club, tout en faisant mine de regretter cet isolement (stipendiant récemment le fonctionnement opaque de la Ligue, il a refusé d'être candidat à son Conseil d'administration)… Le prêt du portier des Bleus peut en effet être l'occasion d'une "union sacrée" autour de cette grande cause nationale, et il ne peut être validé sans le soutien des instances et l'assentiment tacite des autres clubs. En tout cas, Bouchet, dans un courrier adressé à la FFF, n'hésite pas à invoquer "l'intérêt supérieur du football français" et à faire allusion au fait que Carasso s'est blessé lors de la rencontre caritative organisée par France 98, ce qui appellerait réparation (AFP 19/10). S'il n'est pas exclu qu'il procède à une forme de chantage, peut-être attend-il avant tout de l'affaire l'occasion d'une réconciliation nationale.

 

 

Une issue administrative douteuse

Le problème est que ce prêt hors des périodes d'ouverture du marché, légal dans le cadre du règlement de la Ligue — qui autorise le remplacement d'un gardien en cas de blessure entraînant une indisponibilité de plus de trois mois — n'entre en revanche pas dans le cadre de la dérogation française sur les "jokers", celle-ci ne concernant que les mouvement intra-nationaux (1). Le prêt de Barthez contrevient surtout au règlement international des transferts (voir Transferts, une réforme inachevée), et implique d'obtenir de la FIFA une dérogation spéciale — ce qui ne peut être fait que si la Fédération française plaide elle-même le dossier auprès de la confédération.

 

Et c'est là qu'une certaine précipitation semble avoir présidé à la manœuvre des dirigeants marseillais, à moins qu'ils n'aient délibérément choisi le passage en force. Une hypothèse qu'étayent la révélation prématurée du prêt et la clause dans le protocole d'accord qui leur permet de se défausser si la transaction ne peut être validée administrativement avant l'ouverture du mercato d'hiver. Auquel cas Barthez resterait à Manchester. On peut d'ailleurs se demander pourquoi ils tiennent tant à boucler ce dossier sans envisager d'attendre janvier…

 

Toujours est-il que Claude Simonet a profité du Congrès de la FIFA à Doha pour sonder le terrain, et qu'il en est revenu avec la conviction que le dossier devait d'abord être traité et monté par les experts juridiques de la Fédération (AFP 19/10). Auparavant, la procédure oblige à faire constater la "longue indisponibilité" de Carasso, à faire valider le contrat de Barthez par la Ligue (avec l'accord du CA), qui transmet ensuite à la Fédération, laquelle sollicite la FIFA. Mais l'issue de cette requête est très incertaine…

 

Si la plupart des amateurs de football ne pourraient que se réjouir du retour d'une figure nationale dans un club non moins emblématique, si l'intérêt de ce rapatriement est évident pour l'équipe de France elle-même, le coup de poker de l'OM donne le sentiment de virer déjà à la fausse bonne idée… Mais dans le meilleur des cas, ces interrogations seront réduites à de vagues péripéties dans quelques mois, et Vedran Runje pointera au rayon des victimes de la realpolitik des dirigeants olympiens. À moins que ce ne soit Barthez.

 

(1) Ce régime dérogatoire, concédé par la FIFA pour la saison 2002/2003 n'a d'ailleurs pas fait l'objet d'une demande de prolongation de la part de la FFF, même si les clubs pensent pouvoir encore en bénéficier.

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