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Pierre Martini

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Saint-Étienne, château creux

La révolution de velours de Santini

Le mandat de Santini prend forme autour d'une équipe type et d'un système constant. Et malgré l'ouverture à la concurrence, la continuité avec son prédécesseur est frappante, dans les options tactiques comme dans le choix des hommes…
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Sans attendre le dernier match de la saison pour la qualification à l'Euro 2004, contre Israël ce mercredi, il est permis de dresser un bilan provisoire des premiers mois de Jacques Santini à la tête de l'équipe de France, au terme desquels son projet de jeu se définit beaucoup plus clairement. Trois classes très distinctes En prenant ses fonctions, Jacques Santini a procédé à de nombreuses "introductions" dans la sélection, mais cette ouverture se révèle finalement plus limitée qu'il n'y paraît. L'examen du nombre de participations effectives des joueurs indique clairement trois classes distinguant les 32 joueurs utilisés, et trois cas particuliers. Dès son deuxième match (à Chypre), le sélectionneur a pris des options nettes dont il ne s'est pas départi ensuite, exprimant des préférences marquées et impliquant un dispositif tactique à peu près invariable.

Le premier chiffre indique le nombre de titularisations, le second les entrées en cours de match.
Dans le premier groupe, on trouve dix joueurs ayant joué au moins cinq fois (en blanc sur fond bleu), composant nettement le onze type de Jacques Santini au cours de la période (complété par Barthez avec quatre sélections). Thuram, Silvestre et Makelele ont participé à toutes les confrontations de l'équipe de France. Au second rang figurent des joueurs qui ont déjà acquis un profil de remplaçant (en cours de match) ou de substitut (en cas d'absence ponctuelle). Indiqués en blanc sur le schéma, ils comptent au moins trois sélections. Govou et Cissé sont de sérieux prétendants en attaque, Carrière était titulaire contre la Tunisie et la Yougoslavie, Pedretti comptabilise déjà trois apparitions avant Malte, soit autant que Sagnol. Petit est entre deux eaux avec un temps de jeu diminué par son indisponibilité et surtout par la concurrence, disputant la seconde période contre la Tunisie, présent au coup d'envoi contre la Yougoslavie et la République tchèque. Ajoutons Coupet qui a gagné ses galons de numéro deux. Enfin, une troisième catégorie regroupe les joueurs ayant constitué des recours ponctuels, à une ou deux reprises (colonne de droite). Elle est la plus hétérogène, puisqu'elle fédère des joueurs aujourd'hui écartés (Christanval, Candela), des "wild-cards" (Moreira, Cheyrou, Dacourt, Giuly) et des investissements pour l'avenir (Kapo, Rothen, Mexès, Bréchet). Trois cas très particuliers Les absences prolongées de Trezeguet, Lizarazu et Pires les font figurer dans cette "troisième classe". Or ces trois joueurs, revenus à leur meilleur niveau en club, semblent aujourd'hui en mesure de recouvrer leur statut. Les deux premiers guignent les positions prises au cours des sept derniers mois par Marlet et Silvestre, le troisième va inévitablement poser de rudes dilemmes tactiques puisque la place qu'il menace le plus directement est celle de l'irréprochable Wiltord (à moins que Pires ne descende d'un cran ou que son collègue ne monte d'un autre). Un scénario se dessine alors, celui d'un onze majeur qui ressemblerait à cela, abstraction faite du cas de Wiltord :

Il ne comporterait pas moins de neuf champions du monde et d'Europe et dix participants à la Coupe du monde 2002, et ressemblerait terriblement, à Gallas près, à l'équipe type de Roger Lemerre. Ce n'est pas le moindre témoignage de la continuité assurée finalement par le nouveau sélectionneur… Un 4-4-2 si l'on veut Il faudrait en effet que la tendance observée lors des dernières sorties se renforce durablement pour nous convaincre d'une profonde transformation tactique entre Lemerre et Santini. Certes, Henry s'est un peu plus émancipé du couloir gauche, duquel Zidane s'est rapproché, mais Marlet a occupé une position axiale analogue à celle de Trezeguet et Wiltord a conservé son rôle hybride de milieu-attaquant à droite. Le "trident" offensif n'a donc pas été démantelé, les rôles étant juste redistribués dans l'entrejeu. Ce 4-4-2 définit une ossature très "axiale", sans meneurs excentrés à la bordelaise, qui implique d'une part que les arrières latéraux investissent leurs couloirs, et d'autre part que les quatre joueurs à vocation offensive se déplacent sur la largeur du terrain et l'utilisent intelligemment. C'était déjà indispensable dans le 4-2-3-1 de Lemerre, qui exigeait des replacements et des permutations, mais cela le devient d'autant plus qu'un vide peut se créer à gauche de Zidane du fait du recentrage d'Henry, et que le Madrilène risquera l'isolement contre certains adversaires dotés d'un milieu renforcé (comme la République tchèque). Pour le reste, le bloc défensif a gardé les mêmes principes, la nouveauté résidant dans l'intégration de Gallas et la confirmation de Makelele, ainsi que dans la continuité assurée par Silvestre sur le flanc gauche. C'est donc surtout dans la magie des noms donnés aux schémas tactiques que réside le plus grand changement de l'après Mondial 2002. Il semble de toute façon qu'avec un effectif pareil, qui a rapidement rétabli les hiérarchies mises à mal par la campagne coréenne, ce sont les joueurs qui imposent l'animation du jeu qui leur convient, à l'image de Zidane ou Henry, auxquels il faut bien consentir beaucoup de libertés. Dans cette première partie de son mandat, Santini a ainsi plus fait office de sélectionneur — et de manière intéressante — que de directeur technique. Une concurrence ravivée, mais sans grandes conséquences Car ce qui a tout de même significativement changé sous Santini, c'est l'intensité de la concurrence. Les conditions générales édictées par le champion de France 2002 ont redéfini les critères de sélection en mettant l'accent sur les performances en club et en montrant que les prétendants ambitieux auraient leur chance. Le premier tableau montre cependant que la pression n'est pas de même intensité dans toutes les lignes. Marlet, mais aussi Cissé et Govou aiguillent les titulaires présumés que sont Henry et Trezeguet, même si le premier a paradoxalement plus le champ libre sur ce côté gauche dont il veut se détacher. Sans même compter Wiltord comme un attaquant, ce sont donc cinq joueurs de grande classe qui postulent aux deux postes de pointe… Chez les milieux offensifs, Wiltord, Pires et Zidane ont une nette avance sur une petite foule de prétendants (Giuly, Kapo, Cheyrou, Rothen…). Santini n'a pas donné à Carrière un rôle de complément de Zidane, mais de solution de rechange. Bien qu'excellent contre la Yougoslavie, il n'a pas été rappelé. Makelele et Vieira sont bien partis pour former une charnière de récupérateurs indiscutable, mettant en difficulté Emmanuel Petit, mais laissant des opportunités à Benoît Pedretti. À ces postes, où seul Dacourt a été appelé, la concurrence est vive et resserrée. Une défense remaniée en douceur La défense était un des chantiers qui auraient pu permettre à Jacques Santini de marquer rapidement son territoire, avec un spectaculaire abandon de la défense à quatre. Mais après l'expérimentation de la première mi-temps de France Tunisie — une défense à trois avec Silvestre, Christanval et Thuram, assistés de Candela et Sagnol sur les côtés — le sélectionneur est définitivement revenu au dispositif rendu classique par toutes les campagnes des Bleus depuis 1996. Le choix des hommes a pourtant été plus mouvementé que le laisse supposer ce statu quo, autour de la succession de Lebœuf (une succession qu'on espère sans héritage). Christanval a grillé en deux rencontres ses chances d'accession au groupe, au terme d'un Chypre-France calamiteux (sa mise à l'écart du groupe barcelonais a constitué plus un alibi qu'une vraie raison), et William Gallas s'est ensuite imposé à la droite de Desailly, le duo de Chelsea n'ayant été démantelé que depuis France-Malte. L'ex-Marseillais a montré qu'il avait les épaules assez larges pour le costume. Placement, vivacité, sang-froid, il a pris ses distances avec la concurrence, Mexès restant simplement bien placé. La longue défection de Lizarazu a permis à Silvestre d'être sur le terrain à chaque rendez-vous de la sélection. Il a bénéficié de la rapide blessure de Bréchet et a été choisi dernièrement par Santini pour remplacer Desailly dans l'axe. Le Mancunien est polyvalent, mais il risque d'être barré à ces deux postes par les retours de Lizarazu et de Desailly. Mais même si Santini ne prend pas la décision d'écarter durablement le capitaine en titre ni de mettre Lizarazu à l'épreuve, Silvestre contribue très significativement à la richesse du groupe, son intérim l'a montré. Côté droit, Thuram en a suffisamment sous le pied pour écœurer encore longtemps ses challengers, et il a été systématiquement titularisé depuis août dernier. Sagnol a perdu des opportunités dans l'abandon de la défense à trois et endosse un peu plus la panoplie du remplaçant idéal — il se consolera en constatant qu'il n'est pas talonné par de redoutables rivaux. De nombreuses inconnues interdisent de graver dans le marbre ces tendances du projet santinien, aussi affirmées soient-elles aujourd'hui. Quatorze mois avant l'Euro portugais, il y a par exemple fort à parier qu'un ou deux joueurs, qui ne figurent pas nécessairement parmi les 32 appelés à ce jour, connaissent une émergence rapide et s'imposent dans le groupe. La question se pose encore de savoir si Desailly et Petit seront les victimes à retardement du remaniement post-Mondial. On ne sait pas non plus quel type de sélection va disputer la Coupe des confédérations, ni quels enseignement plus ou moins inattendus cette compétition délivrera. Enfin, d'éventuels revers sportifs peuvent accélérer des évolutions que le sélectionneur garderait dans ses cartons pour le moment… Il reste que le "traumatisme" de la Coupe du monde semble effacé par une belle série de résultats, et que les bouleversements n'ont pas eu l'ampleur attendue, avec pour témoignage majeur les positions de force occupées aujourd'hui par la plupart des "anciens". Comme ceux-ci comportent des joueurs pas plus âgés que Vieira, Henry, Trezeguet ou Silvestre, et comme les jeunes pousses sont intéressantes, la situation est intéressante…
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