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Pierre Martini

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Sale temps pour L'Equipe

Saint-Étienne, château creux

Le spectre des "anciens Verts" plane sur Geoffroy-Guichard, la ville s'emplit de rumeurs et l'on s'installe dans les meubles avant qu'ils n'aient été sauvés… Alors que Bompard ouvre le capital, les spéculations sont nombreuses et l'avenir incertain...
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Un diction posté un jour sur ces pages remarquait que "Perpère perd, Aulas lasse mais Bompard reste". Rien n'a vraiment changé depuis ce temps. Alors que les Verts se battent pour le maintien en L2, l'AS Saint-Étienne est l'objet de nombreuses spéculations e de quelques convoitises. Alain Bompard et ses associés ont en effet lancé une sorte d'appel d'offres, organisé par le cabinet Toulouse et associés (rien à voir avec le TFC), pour évaluer les projets de candidats investisseurs. Il ne s'agit pas a priori de vendre le club à des repreneurs, mais d'ouvrir le capital de la SAOS et d'en céder 20 à 40% à l'occasion de sa transformation en SASP (1). Le président stéphanois n'évoque son départ que comme une éventualité, en cas d'une offre de reprise de grande envergure, n'excluant pas de se retirer à moyen terme, une fois l'avenir assuré… Mais quel avenir? Sur la corde raide Si les dirigeants ont réussi à équilibrer le bilan clos en juin dernier, ils devront puiser dans les réserves pour achever cet exercice. Une perte de 6M€ est annoncée, mais son montant réel dépendra des transferts à venir. De nombreux partenariats de sponsoring ou de marketing arrivent à échéance, et les comptes sont plombés par la redevance due au centre de formation de l'Etrat (3M€ par an — FF 28/03), qui n'appartient pas au club. Avec le poids des contrats signés précédemment (quelques erreurs de casting n'ayant rien arrangé) et la nécessité de gérer la réduction brutale du budget après la relégation (de 40M€ en L1 à 14M€ aujourd'hui), on peut considérer que l'ASSE, à défaut d'avoir obtenu une remontée rapide, a provisoirement échappé au pire. La situation ne semble donc pas alarmante dans l'immédiat — à condition évidemment que le club se maintienne — mais les actionnaires n'ayant pas la capacité de remettre au pot, il faut de toute évidence relancer l'entreprise. La difficulté réside aussi sur le versant sportif de cette gestion de crise. Le classement final rendra un verdict, et même s'il est positif, la question se posera du projet sportif à donner au club. Bompard a longtemps lié son destin à celui de Frédéric Antonetti ("ce sera mon dernier entraîneur" avait-il imprudemment déclaré), mais il lui sera difficile de défendre son bilan. Malgré les ambitions que lui autorisait sa réussite à Bastia avec des effectifs ordinaires, le technicien corse n'a pas réussi son pari, et au terme de deux saisons pour le moins pénibles, il a perdu la confiance des supporters et ne se présente pas comme l'homme d'une reconstruction. Reste à inventer la suite et à s'en donner les moyens. Manœuvres, rumeurs et plans de redressement Le jeu politique du président stéphanois est ambigu et s'inscrit dans un contexte politique particulièrement compliqué. Il affiche son souhait d'un tour de table qui le laisserait aux commandes et il a déjà déclaré dans le passé son intention de placer son fils Alexandre, inspecteur des finances, dans la future structure. Au pire, il aimerait devenir actionnaire minoritaire avant de passer complètement la main. Mais il apparaît presque totalement isolé et ne fait partie des plans de personne... Adversaire déclaré, André Laurent, président de la Chambre de commerce de la Loire et ancien président du club dans une période déjà troublée, active ses réseaux, très distincts de ceux, plus parisiens, de Bompard. La famille Guichard, propriétaire du groupe Casino, sponsor peu impliqué du club, conserve son apparente indifférence… Même souci de distanciation à la Mairie, où Michel Thiollière ne prend pas officiellement position. Depuis plusieurs mois, la ville bruisse des rumeurs les plus extravagantes: Mohamed Al-Fayed, Éric Cantona, Laurent Blanc, Arnaud Lagardère ont été cités dans ce jeu de name-dropping qui marche à tous les coups (2). Parmi les "vrais" candidats, on retrouve l'inévitable Francis Graille, repreneur professionnel qui pourrait venir avec Halilhodzic dans ses bagages, et un autre serpent de mer, Daniel Hechter (comme si les Verts ne s'étaient pas suffisamment fait tailler de costards). Deux autres ont préféré conserver l'anonymat… Selon Le Parisien (21/03), Francis Graille apporterait 10M€ et tablerait sur deux saisons en L2.

Mais le projet qui a fait le plus parler est celui de Bernard Caiazzo, PDG de Call Center Alliance, leader du télémarketing en France. L'homme a en effet publié une charte en onze points intitulée "Union pour les Verts", dans laquelle il affirme vouloir donner le commandement à un président salarié et composer un staff technique composé d'anciens joueurs. Il apporterait 15M€ sur trois ans. Dans ce montage, Osvaldo Piazza serait candidat au poste d'entraîneur, et Dominique Rocheteau pressenti comme directeur technique. L'Argentin s'est exprimé dans la presse avec un tact très relatif, alors que Frédéric Antonetti essaie d'assurer un maintien qui sera bien nécessaire aux éventuels futurs dirigeants. Ce battage a ulcéré Alain Bompard, qui préfèrerait une discrétion le laissant plus maître de ses choix. La nostalgie n'est pas bonne conseillère Bompard apparaît aujourd'hui très isolé, Graille et Caiazzo ne prévoyant pas de lui laisser des responsabilités. Ce dernier y va de sa comparaison antique : "Le grand danger, lâche Caiazzo, est que Bompard ne comprenne pas que le club a besoin d'autre chose. S'il reste, il finira comme Néron dans Rome en flammes et le club disparaîtra" (Le Parisien). L'actuel président pourrait éventuellement bénéficier d'un autre projet "ami" avec des investisseurs locaux, mais on lui prête aussi l'intention de monnayer la cession de ses parts, majoritaires dans Exodia. Bompard a des torts multiples et variés, mais on ne peut lui enlever qu'en écartant les sempiternels lobbies locaux à son arrivée, il a pu faire progresser le club et l'emmener en D1 avec une équipe qui a laissé d'excellents souvenirs lors de sa première saison. Les très mauvais choix qui ont amené l'affaire des faux passeports ont tout mis à bas, refermant le piège d'ambitions trop hâtives (voir Saint-Étienne, la chute et dossier des faux passeports). Dans le marasme actuel, les réseaux verts se sont réactivés, et frustrées par une longue mise à l'écart, les vieilles gloires se bousculent au portillon. Car nul ne doute qu'il y a de quoi faire en Forez, comme se racheter une notoriété évaporée en se prévalant d'une légitimité historique vaporeuse. Le passé a montré que la nostalgie n'était pas bonne conseillère, mais aussi que l'ASSE avait tendance à répéter les erreurs. L'intérêt suscité par le club (au contraire du PSG, dont l'actionnaire ne peut compter sur aucune offre sérieuse) montre que le potentiel reste intact à bien des égards, qu'il s'agisse du capital symbolique du club ou de son indéfectible public. Après 22 années sans titre, celui-ci peut toujours rêver qu'au terme de cette période critique, un projet économique et sportif cohérent se mette en place. Et surtout, raisonnable. (1) Alain Bompard Dirige Exodia, holding qui contrôle la SAOS AS Saint-Étienne Loire. Les autres actionnaires principaux d'Exodia sont Guy Lavaud, Julio Santo Domingo et Thomas Schmider. Gérard Soler possède encore 4,5% du capital. (2) Nous proposons Aimé Jacquet, Jean Tigana, Robert Nouzaret, Dominique Bathenay, Gérard Janvion et Johan Cruyff.
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