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Satta Massagana

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Anelka : anathème… moi non plus

En France, on efface tout, on oublie tout. Mais chacun ne fait pas ce qui lui plaît. Si le refus de la sélection par Nicolas Anelka soulève les passions, il souligne surtout les contradictions des autorités et des commentateurs...
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Les aventures des Bleus version 2002 peuvent sembler le négatif du parcours irlandais de la même année. Son échec total en Asie s’oppose en effet au succès relatif des Verts, et tandis que l’Equipe de France aborde tambour battant les qualifications pour l’Euro 2004, l'Irlande a déjà été deux fois défaite. Dans les deux cas, les deux périodes de contre-performance ont eu raison du sélectionneur national, Lemerre d’abord, McCarthy ensuite. Dans les deux cas, un joueur médiatique, Nicolas Anelka pour les uns, Roy Keane pour les autres, a créé la polémique et a paru s’offrir en bouc émissaire. Pourtant, si la presse dans les deux pays a été très prompte à faire monter la sauce, les attitudes des instances dirigeantes varient largement. Pas de remise en cause à l’irlandaise pour la FFF (voir Keane easy therapy), donc pas de commission d’enquête sur juin 2002 ou l’affaire Anelka, d’autant que les Bleus semblent avoir déjà renoué avec le succès. Alors, avant de jeter l’anathème sur la terreur des gazons anglais, on peut se demander s’il n’y a pas le risque de reproduire le scénario Keane, et de condamner un innocent plus maladroit que malveillant. Ni un monstre… Ainsi, pour briser l’escalade des polémiques, essayons de prendre un peu de recul, quelques jours après la bataille franco-anglaise. Anelka n’est pas le symbole qu’il contribue plus ou moins volontairement et maladroitement à faire de lui-même. Celui d’une jeunesse de banlieue ou fantasmant sur la banlieue, individualiste et ne pensant qu’au clinquant et aux belles voitures de sport, comme Claude Simonet le laisse entendre. En tout cas, il ne l’est pas plus que les autres joueurs qui en sont issus. Anelka n’est pas non plus le symbole qu’on veut faire de lui. Celui d’un profiteur du foot-business cynique et opportuniste. Tout au plus a-t-il cru que les étapes pouvaient se brûler rapidement, qu’une éclosion précoce ouvrait les portes de l’équipe de France ou du Real comme un dû. Tout au plus a-t-il agi maladroitement en s’épanchant dans la presse plutôt qu’en appelant son sélectionneur, mais il est resté tout de même bien en deçà des attaques qu’un Cantona fit en son temps. Tout au plus Anelka est-il une victime des grands acteurs de ce foot-business. Une victime pour laquelle on n’aura pas beaucoup de larmes, puisqu’elle en touche de larges compensations. Peut-être est-il aussi le jouet de ses frères, mais c’est surtout leur faire un procès d’intention que de le prétendre sans vergogne. Il n’y aura sans doute jamais de commission d’enquête sur le phénomène Anelka, alors, laissons lui le bénéfice du doute. … ni un martyr S’il n’y a pas de preuve tangible pour condamner le joueur Anelka, il n’y en a pas non plus pour en faire la victime malheureuse d’un complot fomenté par des instances nationales furieuses de l’avoir vu quitter si jeune la France, ou par des jaloux de tout poil. À supposer que le dernier geste d’Anelka soit sincère et maladroit, il n’en demeure pas moins qu’il peut inspirer des managers britanniques qui rechignent de plus en plus à laisser leurs joueurs salariés à disposition des sélections nationales en cours de saison, comme le montre également l’exemple irlandais. La volonté de la FFF de faire suspendre Anelka, qui n’a pas abouti pour des raisons de procédure, mais n’est pas éteinte pour autant, peut s’expliquer et se légitimer. Il ne s’agit pas de prétendre que Kevin Keagan manipule son nouvel attaquant fétiche, mais qu’il profite objectivement de sa décision. De plus, la part de vengeance mesquine dans l’attitude des dirigeants français et notamment de Claude Simonet, facile à mettre en évidence et à brocarder, est difficile à déterminer réellement. En revanche, l’intérêt pour la FFF, et plus généralement pour les fédérations nationales, d’éviter de créer un précédent reproductible, est évident, et à notre avis justifié. Anelka ou pas Anelka, le problème de fond est là: faut-il laisser les clubs maîtres absolus de leurs joueurs ou non? Comment concilier les intérêts des employeurs et ceux des sélections? Le prix d'un international Au premier abord, on peut trouver légitimes les revendications des managers de clubs comportant de nombreux internationaux. Après tout, ces joueurs sont leurs salariés, et non seulement ils doivent renoncer à leur force de travail pendant les rencontres internationales, mais en plus ils prennent le risque de les retrouver blessés et indisponibles au retour. Cependant, comme le fait remarquer maladroitement Claude Simonet, les joueurs sont formés dans des structures financées par la fédération, ou imposées par la loi. Jamais cet investissement n’est rétribué sous forme financière par ceux qui en profitent in fine, c’est-à-dire les clubs. La mise à disposition de ces joueurs peut ainsi être assimilée à une rémunération a posteriori de cet effort consenti par les structures fédérales. De plus, les compétitions de club n’ont pas encore et n’atteindront probablement pas la couverture médiatique des grandes compétitions internationales de sélections, au premier rang desquelles la Coupe du Monde et l’Euro. L’impact d’une bonne performance d’un joueur sur sa valeur marchande et celle de son image peut indéniablement être très élevé. Or, le club "propriétaire" en est seul bénéficiaire, avec le joueur lui-même, et ne rétribue jamais la fédération qui permet cette plus-value. Lorsque le Real recrute Zidane en 2001 et vend derechef les maillots floqués à son nom, il bénéficie bien plus d’une notoriété acquise grâce à ses performances en sélection française au Mondial 1998 et à l’Euro 2000 que de celle acquise à Bordeaux, à la Juventus, sans parler du Real pour lequel il n’avait pas encore joué. La mise à disposition de Zizou est une contrepartie qu’on ne qualifiera pas de négligeable, sauf lorsque celui-ci arrive cramé à une Coupe du monde. Bien sûr, il ne s’agit pas non plus de donner aux sélectionneurs une sorte de droit de cuissage absolu. Qu’un joueur puisse accomplir de manière continue de bonnes performances en club, est un impératif pour le sélectionneur. Encore une fois, réapparaît le fameux serpent de mer appelé "harmonisation du calendrier international". Espérons qu’un Queequeg arrivera sans tarder pour le harponner. Le fils du père fouettard Finalement, le seul qui se condamne tout seul dans cette histoire, c’est le président de la FFF. Simonet a cru profiter de l’air du temps en se rappelant des injonctions de Chirac lors d’une précédente polémique, le ridicule battage autour de sifflets corses sur une Marseillaise "humiliée". Peut-être cette déclaration pathétique a-t-elle réussi à prêcher les convaincus. Elle a surtout donné du grain à moudre à ses détracteurs, et détourné les agnostiques. Lui-même ne va pas jusqu’au bout de ses déclarations démagogiques, puisque s’il fustige le comportement d’un "pur produit du football national" (sic), il se garde tout de suite de le radier à vie. Merde in France On finira cet article sur une touche un brin moraliste, un poil consensuel voire "consensualiste". Pour éviter que la "Merde in France" se répande et gâche le renouveau des Bleus, laissons leur chance, première ou seconde, à Anelka, Santini, et aux autres. De toute façon, peut-il y avoir une seule explication à un événement, sportif ou pas? Critiquer, dénoncer, c’est bien. Encore faut-il se baser sur des faits, et non pas diaboliser un personnage ni échafauder des théories du complot qu’on justifie a posteriori par les polémiques qui en découlent. La sélection a souffert dans un passé pas si lointain de dissensions écartant certains joueurs. Certes, Anelka semble aujourd’hui moins important que ne le furent Cantona ou Ginola en leur temps, car la concurrence à son poste est plus vive, mais nul ne sait de quoi demain sera fait. Peut-être arrivera-t-il, avec du travail et de la continuité à exploiter le potentiel qu’il ne nous laisse qu’entrevoir, et deviendra-t-il incontournable chez les Bleus. Et de toute manière, comme on n’aura pas de commission d’enquête indépendante à l’irlandaise pour déterminer la part de vérité et la part de fantasme dans cette histoire, regardons l’avenir. L’horizon est bleu.
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