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Julie Grémillon

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Bauer, tour de stade

L'organisation était presque parfaite

La FIFA a publié son rapport sur le Mondial 2002, sécuritaire et parfaitement organisé, complète réussite pour les pays hôtes et les acteurs économiques. Le tableau presque idyllique d'un sport sans dopage, qui ravit les sponsors, mais dans lequel les journalistes sèchent les matches et les joueurs sont en pièces détachées…
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Le moins que l'on puisse dire est que la publication du rapport de la FIFA sur la Coupe du monde n'a pas retenu l'attention des spécialistes. Il faut dire que la préface de Sepp Blatter commence par ce constat que "sur les plans tactique et technique, la Coupe du Monde de la FIFA, Corée/Japon 2002™ ne nous a pas appris grand chose de nouveau". Quant à Lennart Johansson commence la sienne par ces mots: "Une chanson du célèbre groupe suédois ABBA dit: "The winner takes it all"”. Merci Lennart pour la publicité faite à la vitalité culturelle suédoise. Nos deux têtes de pontes du football mondial enchaînent ensuite les banalités en se réjouissant de la réussite absolue de la compétition. Les co-présidents du Comité d'organisation, Chung Mong Joon et Shoh Nasu se félicitent du succès d'une co-organisation qui fut pourtant souvent houleuse. Le Japonais a même l'exquise délicatesse de rendre hommage à l'équipe nationale de Corée pour son brillant parcours. Une organisation sans histoire Il est exact que sur les plans de l'organisation, de l'accueil, des stades et de la sécurité, tout est allé comme sur des roulettes. En dehors d'incidents de billetterie récurrents, aucun problème majeur ne s'est déclaré. A peine recense-t-on un supporter écossais blessé dans un accident et qui a dû être hospitalisé. Aucun des fléaux redoutés avant la compétition n'a déferlé sur les lieux du tournoi: pas de hordes barbares de hooligans occidentaux, pas de sale coup d'Al Qaida, pas de mousson précoce, pas de tragique incident diplomatique entre la Corée et la Japon, pas d'invasion par la Corée du Nord. L'énorme déploiement de forces de police autour des équipes et des stades peut se prévaloir d'avoir été dissuasif, mais l'atmosphère sécuritaire qui entoure désormais ce genre d'événement planétaire augure d'un avenir inquiétant.

Cette équipe-là n'est finalement pas entrée en jeu
. En juin dernier, les seules catastrophes n'ont cependant eu lieu que sur le terrain — et elles n'ont pas manqué. Notons que la fréquentation moyenne des stades est quasiment la même que celle du Mondial 98, avec près de 43.000 spectateurs par match. L'éternel "problème de l'arbitrage" Le rapport passe rapidement sur le problème de l'arbitrage, tel qu'il fut soulevé avec une virulence totalement disproportionnée et une mauvaise foi sans égale, en particulier dans certains pays éliminés qui sont allés jusqu'à l'ignominie pour éviter de se remettre en cause (voir Arbitres: le procès continue. Les vrais problèmes d'arbitrage constatés sont les mêmes que depuis des décennies, et les moyens généralement envisagés sont pires que le mal. Il n'est pas fait mention de la décision de la FIFA de sélectionner désormais les meilleurs arbitres sans contrainte de nationalité et d'inciter à la constitution de trios habitués à travailler ensemble. Rien non plus sur l'usage de la vidéo pour sanctionner les tricheurs, dont il a été fait un usage très théorique à l'encontre de Rivaldo (cette année, c'est lui qui a eu des convulsions et non Ronaldo — voir la Gazette du Mondial, numéro 7). Si la défense des arbitres (qui a été relative, Sepp Blatter ayant tendance à hurler avec les loups dans ces circonstances) est légitime, il est regrettable que des impulsions décisives ne soient pas données à la réforme de l'arbitrage au moment du bilan de la compétition majeure de la discipline, ce qui laisse le terrain aux promoteurs de la vidéo (ceux-là mêmes qui dans les télévisions stigmatisent le corps arbitral). La décision récente de tester la mise en place d'arbitres derrière la ligne de but va toutefois dans le bon sens. Un bilan médical alarmant La Commission de médecine sportive fait état de 171 blessures. 37% ont été causées par des fautes (une proportion en baisse), 36% par des chocs sans faute, et 27% sans contact. La commission attribue l'augmentation de ces blessures de fatigue à l'accumulation des rencontres pour les internationaux, aux temps de récupération réduits après une blessure et à la période de récupération réduite. Le Centre d'évaluation et de recherche médicale de la FIFA devrait engager des recherches pour "déterminer la charge d’efforts physiques et le nombre optimal et maximal de matches pour les joueurs de football professionnels". On peut d'ores et déjà assurer que c'est beaucoup moins que se qui pratique actuellement (voir Qui veut la peau des internationaux?). Le monde merveilleux du football sans dopage Côté dopage, les 256 prélèvements urinaires et sanguins se sont tous révélés négatifs. Le dépistage sanguin de l'EPO n'a pas révélé de contrevenants. Dans le Tour de France non plus, peut-on remarquer. Les esprits mal tournés diront que c'est à cause de ce dépistage dissuasif que les plus grandes équipes furent si mauvaises… Quoi qu'il en soit, la lutte contre le dopage conserve un caractère excessivement symbolique dans le football, miraculeusement épargné (voir Une évidence bien protégée). Le journalisme buissonnier Sur le plan des médias, l'organisation n'a pas connu de dysfonctionnement majeur, même si certaines équipes "se soient montrées opaques à une coopération normale avec les médias (sic)". Le site Internet a enregistré un nombre record de visites (deux milliards, soit un peu plus que les Cahiers du football). Mais le meilleur tient dans cette citation : "Comme en 1998, la billetterie pour les médias a été gênée par un nombre troublant de journalistes ayant réservé un billet mais ne se rendant pas dans les stades. Ce manque total de professionnalisme devra être étudié en vue des prochaines compétitions". Troublant en effet. Marketing : c'était vraiment la fête L'effet mondial sur la population féminine se propage selon la FIFA, qui se félicite également de l'extension de l'intérêt médiatique à de nouveaux pays asiatiques. Les sept millions de Coréens qui ont suivi des retransmissions publiques de la demi-finale resteront comme le chiffre marquant de la compétition. Le responsable du marketing est donc très heureux de constater l'efficacité du "programme commercial Corée/Japon 2002", le triplement du budget promotion de certains sponsors, le ciblage plus précis des actions ou le succès des opérations comme "l'homme du match Budweiser" (celui qui a gros bide?). Là encore, le rapport glisse sur les circonstances qui ont entouré la gestion du marketing du Mondial après la faillite d'ISL-ISMM et leur reprise en urgence par une cellule interne de la FIFA (voir Gazette 51). Et il ne se pose évidemment pas la question du Barnum commercial et médiatique auquel a conduit l'inflation des droits de télévision, qui tend justement, aujourd'hui, à s'inverser. Le bilan économique global sera fait plus tard, par les pays organisateurs comme par les diffuseurs, mais il est probable que le modèle actuel sera remis en cause dans les années qui viennent. Un rapport consensuel donc, qui réunit un certain nombre de preuves accréditant l'hypothèse qu'une Coupe du monde s'est bel et bien déroulée au Japon et en Corée cette année. Evénement planétaire, elle a bien du mal à préserver ses qualités sportives (voir Une inquiétante Coupe du monde), et après une longue période d'euphorie depuis l'édition américaine de 1994, elle a présenté les signes d'une crise liée à son gigantisme. Ils ne sont pas encore dramatiques, mais il convient d'apporter des réponses afin que l'édition 2006 ne les confirment pas. Télécharger le rapport (27Mo) ou le consulter en ligne.
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