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Jamel Attal

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Droits télé : la solidarité préservée

La Ligue est donc parvenue à un accord sur le nouveau mode de répartition des droits de télévision qui privilégie la logique sportive et permet d'échapper momentanément aux conséquences d'un système "élitiste". Modalités et perspectives…
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Un accord raccord Le montant global à répartir est d'environ 200M€ pour la saison en cours et autant pour celle à venir (les deux dernières saisons du contrat actuel avec les télés, celui-ci devant être renégocié prochainement — voir plus bas). 83% des droits seront reversés solidairement, c'est-à-dire à parts égales entre les vingt clubs de L1. Cela représente 8,3M€ par club et par saison, un montant inchangé par rapports aux années précédentes qui a permis d'obtenir l'adhésion des "petits et moyens clubs" dont les revenus ne baissent pas. Sur les 17% restants, 60% (21M€) seront attribués en fonction du classement de la saison précédente. 40% (14M€) seront répartis selon un "indice de performance" calculé sur les cinq dernières saisons et qui ne concernera que les huit meilleures équipes de ce classement. Soient, pour l'exercice en cours: Lyon, Bordeaux, Lens, PSG, Monaco, Nantes, Marseille et Auxerre qui percevront respectivement 21, 19, 15, 13, 11, 9, 7 et 5% de cette dotation. Les résultats plutôt que l'audimat Malgré les vives protestations du président de l'OM (qui n'exclut pas différents recours et annonce un départ "en croisade" — L'Equipe 26/09), c'est donc finalement cet "indice de performance" qui a été adopté pour aménager le système de redistribution. On s'en réjouira ici, puisqu'il obéit à une logique purement sportive. Pouvait-il en être autrement? Car derrière l'unité de façade entre les gros (voir Conspiration pour l'inégalité) se cachait des intérêts très divergents. Dès lors qu'il s'agissait de trouver un mode de calcul qui fasse une meilleure part à notre élite auto-désignée, la subjectivité des critères devenaient criante et devait forcément aboutir à des redistributions avantageant très différemment les uns ou les autres et souffrant mille contestations. Le critère de la "notoriété" s'est vite révélé incalculable (sondage, ratio des affluences à l'extérieur…) et seule pouvait être examinée la requête de Christophe Bouchet réclamant la prise en compte des audiences de télévision. Mais ce principe aurait été excessivement à l'avantage de l'OM et du PSG, au détriment notamment de l'OL dont le parcours sportif ces dernières années est pourtant nettement plus probant, et il aurait eu un effet démultiplicateur d'inégalités. Car si le club marseillais fait remarquer à bon droit qu'il est le plus médiatisé, il réclamait en fait le beurre et l'argent du beurre, cette médiatisation lui permettant par ailleurs de négocier (par exemple) de bien meilleurs contrats de partenariat et de sponsoring que ses concurrents (ou d'encaisser de plus grosses recettes sur la billetterie de ses matches à l'extérieur). Comme à propos du nombre de matches décalés, il faut bien payer la rançon de la gloire pour en toucher les dividendes, nettement plus importants. Charge à l'OM de traduire sur le terrain sa supériorité financière afin de la conforter, sans attendre qu'on lui attribue un statut de sénateur qu'il n'a pas franchement mérité ces dernières années (1). La répartition plutôt que la partition Jean-Michel Aulas pourra donc constater qu'en ayant d'excellents résultats sportifs, son club n'est pas lésé, puisqu'à la fois champion et premier au classement des cinq dernières années, c'est lui qui touchera les sommes les plus importantes. Evidemment, le rapport entre le plus gros et le plus petit versement définit un rapport assez éloigné de ce qui se pratique ailleurs en Europe (de 1 à 1,6 contre 2,7 en Angleterre par exemple), mais "il a fallu trouver un compromis entre deux exigences contradictoires: faire en sorte que nos grosses cylindrées puissent rivaliser avec leurs concurrents européens, et faire en sorte que notre Championnat fonctionne, c'est-à-dire que les plus petits clubs disposent de moyens suffisants" a résumé Frédéric Thiriez (AP 27/09), qui avait aussi déclaré la veille "je dois veiller à la santé de quarante clubs, et non pas de deux ou trois" (AFP 26/09). L'unanimité (moins l'abstention de Charles Talar du PSG) du Conseil d'administration de la Ligue sur cette décision montre que le successeur de Gérard Bourgoin a obtenu un large consensus sur la question. Il faut dire que les grandes lignes de l'accord avaient été établies en février dernier, au moment de la signature de la "Charte 2002", et qu'un groupe de travail planchait depuis plusieurs mois sur le calcul, avec l'agrément de l'UCPF de Gervais Martel. Les dernières tranches de pain blanc? Le dossier des droits télé reste cependant ouvert, mais pour d'autres raisons. L'actuel contrat arrivant à échéance avec la saison 2003/2004, la Ligue doit dès maintenant procéder au nouvel appel d'offre. Sa grande crainte, très justifiée, est que la violente déflation constatée à l'échelle européenne ne se répercute en France. Bien sûr, aucun cas de faillite des diffuseurs n'est prévue, contrairement à ce qui s'est passé en Allemagne (voir Temps de crise), en Grèce ou en Angleterre (ITV Digital qui diffusait les divisions inférieures, voir On dirait un krach). Néanmoins, Canal+ connaît des difficultés (via ses filiales, la rentabilité de la maison mère française n'étant pas en cause), et l'on parle depuis longtemps d'un rapprochement entre Canalsat et TPS, qui aurait pour effet de supprimer la concurrence et de tirer les prix vers le bas. Les chaînes sont en tout cas prêtes à enfoncer le coin, manifestant à haute voix leur mécontentement, à l'image de Patrick Le Lay qui stigmatisait récemment les salaires exorbitants (à hauteur du sien?) des footballeurs (voir la Gazette 79). Cependant, le football reste un indispensable produit d'appel que TF1 ou Canal+ ne peuvent abandonner à leur concurrent. Il faudrait vraiment des circonstances exceptionnelles pour que la baisse du montant global soit spectaculaire. La LFP doit également procéder avec précaution si elle ne veut pas subir les foudres de la Commission européenne, attentive au respect du droit de la concurrence et qui a récemment sommé l'UEFA de revoir les modes de commercialisation de ses compétitions. La Direction de la concurrence prohibe en effet la vente d'exclusivités sur un même marché, l'exclusivité étant pourtant un moyen de faire monter les offres. La Ligue devra donc morceler sa sompétition en différents lots… qu'une même chaîne pourra toujours acquérir simultanément. Enfin n'oublions pas que d'autres produits que le championnat de France de L1 sont à vendre, comme la L2, la Coupe de la Ligue ou le magazine dominical. Concernant ce dernier, notre offre de rachat de Téléfoot pour le franc symbolique tient toujours, magnanimement haussée à l'euro symbolique. (1) Le journaliste disparaît en Bouchet, tout comme l'éducateur en Wenger ou Houllier (voir Qui veut la peau des internationaux?), qui tous se soumettent aux intérêts de leurs actionnaires (un peu trop vite assimilés à l'intérêt du club lui-même). On ne va pas s'en étonner ni leur reprocher trop vivement, le vrai problème est celui de l'influence qui leur est accordée et du danger extrême à voir les clubs assurer seuls le pouvoir (Ultime razzia).
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