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Christophe Zemmour

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Le promontoire

Zoff 1982, la Parata

Un jour, une parade – Le 5 juillet 1982, l’Italie bat le Brésil (3-2) et rejoint les demi-finales du Mundial espagnol grâce au triplé de Paolo Rossi, mais aussi grâce à la Parata de Dino Zoff sur la tête d’Oscar, à l’ultime minute de jeu.

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Gianni Brera, célèbre journaliste sportif transalpin connu entre autres pour son ironie, avait demandé où étaient partis les yeux de Dino Zoff quatre ans plus tôt, lorsque les frappes pourtant exceptionnelles des Hollandais Erny Brandts et Adrianus Haan avaient éliminé l’Italie lors du dernier match du groupe A du second tour du Mundial 1978. En ce 5 juillet 1982 à Barcelone, alors que l’on joue la dernière minute et que la Squadra Azzurra mène 3-2 face au Brésil au même stade de la compétition, son capitaine a le regard bien posé sur le ballon. Et surtout, il l’a entre ses mains, bien au chaud.
 


Oscar de l’arrêt

Oscar, défenseur central auriverde monté pour tenter d’égaliser, vient de voir sa tête captée magnifiquement par le portier italien, et la qualification pour le dernier carré s’envoler définitivement. Pourtant, le coup franc d’Eder depuis le côté gauche était parfaitement tiré, enroulé ce qu’il faut. Zoff, agité avant l’exécution de la passe, place un petit mur et se déplace à petits pas sur sa ligne de but. Oscar, posté au second poteau, est laissé seul par la défense transalpine et frappe fort de la tête sans sauter. La balle part sur la gauche de Zoff.


Le gardien de la Juventus se couche instantanément et tend ses deux bras vers le cuir. Outre son côté décisif, c’est surtout la qualité de l’arrêt qui est remarquable. Au lieu de renvoyer le ballon des deux poings, ce que beaucoup de gardiens auraient sûrement fait, Zoff le bloque. La parade combine donc réflexe et maîtrise manuelle. Plus que le soulagement pour les tifosi, elle suscite le respect. Zoff a quarante ans et il vient de réaliser l’un de ses plus beaux exploits.
 

 

 


Effectuer cet arrêt – surnommé a posteriori La Parata – à ce moment-là, c’est la marque des très grands. Zoff le dit lui-même: “Je ne sais pas si c’est la plus belle parade, mais je suis sûr d’une chose: c’est la plus importante.” L’histoire retient pourtant plus le triplé de Paolo Rossi et le scénario en forme de course-poursuite entre les deux géants. Trompé par Sócrates au niveau de son premier poteau, et par Falcão sur une frappe d’en-dehors de la surface, Dino Zoff sort l’arrêt déterminant.
 


Mots doux

Il permet à cette grande équipe d’Italie de poursuivre sa renaissance après un premier tour poussif et ponctué de trois matches nuls. Plus rien ne l’arrêtera, ni la Pologne battue (2-0) en demi-finale, ni la RFA balayée (3-1) en finale. Les images de ce triomphe associent la joie de Enzo Bearzot, de son capitaine et de Sandro Pertini, tous trois acteurs, avec Franco Causio, du célèbre cliché de la partie de scopone lors du vol retour vers l’Italie, le trophée de la Coupe du monde posé sur la table.
 

 



 

Grâce à ce Mundial, Dino Zoff a noué une relation particulière de respect, voire d’affection, avec son sélectionneur et son président. Interrogé par la télévision après le match face au Brésil, Enzo Bearzot reçoit un baiser de son gardien, fou de joie suite à la victoire. A ce propos, le célèbre coach dira: “C’est un geste qui dépasse notre modestie frioulane.” Le président de la République italienne aura, lui, des mots touchants envers Zoff, lorsque celui-ci annonça la fin de sa carrière. Des mots doux qui vinrent alors adoucir “l’amertume” du portier de la Juve, battu quelques jours plus tôt par le tir de Felix Magath en finale de la C1 1983.
 

Ce trophée manquera à jamais au palmarès de Dino Zoff après l’échec de 1973 face à la tête de Johnny Rep, sur un continent dont il n’a jamais été le champion, son équipe d’Italie laissant filer l’Euro 2000 à quelques secondes de la fin face à la France. Très critiquée par Silvio Berlusconi à la suite de cette défaite, qui lui reproche alors de ne pas avoir établi de marquage individuel sur Zinédine Zidane, la légende vivante, très en colère, décide de démissionner. Quand on sait les prestations respectives du meneur de jeu français et des Azzurris en ce 2 juillet 2000, et ce sur quoi s’est joué le match, quand on connait la stature du bonhomme, on comprend qu’il n’ait plus eu envie d’entendre ce genre d’insanités.

 

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