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Vincent Duluc (pcc la rédaction)

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Moins deux, c'était plus deux

Zidane, l'Eire de rien

Victime de la grève qui a empêché la diffusion de L'Équipe jeudi dernier, Vincent Duluc, le chroniqueur attitré des Bleus, nous a envoyé l'article qui aurait dû paraître au lendemain de la victoire en Irlande...
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Il l’avait dit, dans nos colonnes, en avril dernier, alors que des Bleus en perdition sans leur maître à jouer, à penser, à vivre, semblaient se diriger droit vers une immense désillusion dans ces éliminatoires: "Ce serait tellement bon de jouer à Lansdowne Road devant 50.000 personnes, de gagner, et de repartir!" On se souvient encore de son regard quand il prononça ces mots. Un regard plein d’étoiles, de vie, de rêves, de cette irrépressible soif de victoire propre aux héros des temps modernes…

Quelque chose de messianique...
À l'époque, rares étaient ceux qui croyaient encore au retour de Zinédine Zidane — car c’est bien de lui qu’il s’agit. N’avait-il pas été, à l’issue d’un Euro 2004 qu’il avait marqué de son empreinte magique, prestement poussé dehors par un nouveau sélectionneur davantage soucieux d’une hypothétique "reconstruction" et de ses propres lauriers que du maintien en sélection de quelques joueurs légendaires susceptibles de lui faire de l’ombre? N’avait-il pas été tout bonnement vidé de cette équipe de France dont il a pourtant écrit les plus belles pages, d'un pied droit surnaturel et d'un front ruisselant mais si poétiquement efficace? N’avait-on pas aussi renvoyé sans ménagement ces hommes de l’ombre qui permettaient à l'éternel gamin au sourire d'ange de briller dans la lumière? Ces cuisiniers, ces kinésithérapeutes, ces femmes de ménage, le Grand Intendant Émile ou le bon docteur Ferret, panseur devant l'éternel, avec lesquels il avait tissé, au fil des années, l’une de ces relations fortes et silencieuses qui devraient, normalement, valoir le respect pour autant de lustres que de buts inscrits en bleu par le Divin Kabyle? Peut-être partageaient-ils avec Robert Pires, le Bleu le plus proche de Zidane dans le jeu, le malheur de ne pas être nés sous le bon signe astrologique?

Mais Zidane est revenu. Tout simplement. Comme l'homme simple et droit qu'il a toujours été. Son envie de bleu était plus forte que tout. Son envie de revivre, avec ses frères de maillot, une Coupe du Monde, l’épreuve suprême, celle qui distingue les génies immémoriaux de la plèbe footballistique. À un âge, trente-trois ans, qui ne peut laisser insensibles tous ceux qui savent, depuis bien longtemps déjà, qu’il y a quelque chose de messianique dans cet homme modeste et doux dont la foi déplace les montagnes. Entraînant dans son sillage ses vieux camarades de combat, tel Napoléon retrouvant ses grognards pour les Cent jours les plus glorieux de son épopée. Car Lilian Thuram et Claude Makelele ont eux aussi, au plus profond de leur être, quelque chose de Zidane. Cette étincelle unique qui enflamme les plus grands brasiers. Ce goût de la victoire acquise dans la douleur, le combat et, par-dessus tout, l’amitié des Braves. Une "gnaque" — pour utiliser l’un de ces termes qu’ils apprécient tant — qu’ils ont su, avec leurs mots, avec parfois leur présence unique, leurs gestes, leurs regards, transmettre à leurs coéquipiers, eux aussi comme ressuscités.


Inspirations fulgurantes
Pour ce triple come-back, peut-être le plus grand et le plus indiciblement émouvant de l’histoire du sport avec celui de Michael Jordan aux Bulls, le scénario aura été parfait. La Côte-d’Ivoire d’abord, broyée par la vista des trois rentrants et l’envie retrouvée de leurs camarades, chenilles subitement métamorphosées en papillons par leur seule présence. Les Féroé ensuite, un match que Zidane et les siens ont su rendre facile, avec un incommensurable respect pour leurs modestes opposants. "Respect". Un mot que Zizou chérit plus que tout. Et hier, enfin, le chef d’œuvre de Dublin. Face à cette équipe de France soudée autour de son mentor, onze géants irlandais qui ont su par instants, par leur détermination, leur talent et leur foi insubmersible magnifiquement soutenue par un public qui aura presque mérité, hier soir, son surnom d’"autre peuple vert", nous faire douter.

Mais que pouvaient-ils espérer contre ces Bleus-là? Contre un Thuram impérial en défense centrale comme à ses plus belles heures, un Makelele que des ailes de géant n'ont jamais empêché de courir et, surtout, un certain Zinédine Zidane? Zizou auquel Roy Keane, ce joueur d’un autre siècle qui aurait sans doute goûté les joies du bagne s’il n’avait pas découvert par hasard le jeu de balle au pied, avait promis l’enfer. Mais espérait-il réellement, ce milieu défensif fruste et volontaire, contenir les inspirations fulgurantes du prestidigitateur madrilène? Sans doute savait-il en son for intérieur, dès l’annonce du retour du numéro 10 français, que les chances de qualification des siens venaient d'être réduites à néant, telles Pompéi périssant sous l'inéluctable assaut des laves du Vésuve. Après l'avoir vu promener son âme en peine dans les couloirs du stade, on se surprit presque à le prendre en pitié, ce pauvre Keane, lorsque sur son premier tacle, il n’accrocha que l’herbe humide de Lansdowne Road. En se retournant, sans doute vit-il le sourire narquois de l’homme aux semelles de vent qui venait de l’éviter d’une de ses roulettes toujours inédites…


Sauveur de la patrie reconnaissante
Dès les premières minutes, donc, Zidane posa sa patte de velours sur la rencontre. Les Irlandais, que l’on attendait déchaînés, se terraient dans leur camp, ne sachant sur quel pied danser. Pouvaient-ils se permettre de partir à l’abordage face à un bloc bleu qui n’attendait qu’un espace pour offrir à son maître à jouer l’occasion de punir les impétrants? Certainement pas. Les fiers Français prirent donc l’initiative du jeu et Zidane, à cet exercice, brilla tout particulièrement. Feintes, orientations subtiles, remises à une touche, le fauve au regard noir fit tourner en bourrique les courageux joueurs locaux. Et lorsque la France obtint un coup franc aux abords de la surface, c’est tout naturellement que Thierry Henry s’effaça devant le maître. La frappe s’éleva, ciselée, parfaite, précise et puissante. Mais peut-être touché par la grâce émanant de l'homme à la tonsure, le portier irlandais, Shay Given, effectua le plus bel arrêt de sa rude vie de soutier du football en extrayant littéralement de sa lucarne l’offrande du meneur bleu. Qu’importe. Il était écrit que dans le sillage de leur capitaine, ces Bleus-là ne pouvaient se résigner à ne pas remporter ce match. Les Irlandais jetèrent alors toutes leurs forces dans la bataille, et l’antique arène résonna de chants guerriers. Mais Zidane le Conquérant en avait vu d’autres. Dans ce rude combat de tous les instants, la palette technique de l’enfant de la Castellane fit merveille. Quand le cuir lui parvenait, les lames des milieux adverses venaient se briser sur sa protection de balle comme les vagues de l’Océan atlantique sur les cotes escarpées de l’île rebelle aux rois d’Angleterre, si bien chantée par Michel Sardou, autre grand admirateur du talent de notre Zinédine.

Epuisés, décontenancés, déconfits, il fallait que les Verts finissent par baisser la garde en seconde mi-temps. C’est alors qu’Henry, qui ne s’est pas entraîné pour rien avec Zizou depuis quelques jours, enroulait une merveille de frappe dans la lucarne d’un Given cette fois impuissant. Quel plus bel hommage le bombardier d’Arsenal pouvait-il rendre au double buteur de la finale de 1998 que de marquer un but tout zidanien? Le sourire échangé entre les deux hommes à cet instant en dit plus long sur leur complicité que tous les discours du monde. Certes, l’avant-centre n’a toujours pas marqué en sélection sur une passe du Créateur. Mais il n’est pas exagéré de penser que sans les errements tactiques des sélectionneurs au cours de toutes ces années, Henry aurait égalé plus tôt le nombre de buts inscrits par Jean-Pierre Papin sous le maillot au coq…

Rasséréné, le meneur pouvait revenir sur le banc et contempler, serein, la défense tranquille de son équipe, qui ramenait finalement les trois points escomptés de son périlleux déplacement. Son équipe, dans tous les sens du terme. On en connaît, du côté de la Suisse, qui ne doivent pas être rassurés… Rendez-vous le 8 octobre, le jour même de la sortie d'un numéro spécial de L'Équipe Magazine "Domenech ou Zidane, il faut choisir".

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