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Ian Plenderleith

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You’ll Never Walk Alone, un air du temps

When Saturday Comes – Un documentaire allemand raconte comment une chanson de comédie musicale est devenue l'hymne le plus emblématique du football, bien au-delà de Liverpool. 

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Extrait du numéro 366 de When Saturday Comes. Titre original : "Melody Makers", traduction La Menace Chantôme.

 

* * *

 

Il y a quelques années, alors que j’écoutais le coffret The Beatles In Mono, j’ai eu une révélation d’un genre assez classique dans le domaine de la musique: je me suis aperçu que le tube She Loves You de 1963, que j’avais tellement entendu par le passé que je n’y prêtais plus attention, était en réalité la chanson de pop parfaite. Après l’avoir écoutée des centaines de fois, je commençais enfin à apprécier chaque note et temps de ce chef-d’œuvre d’une splendeur absolue.

 

Plus récemment, j’ai eu l’occasion de repenser à tout cela en regardant un documentaire allemand sorti récemment sur la chanson You’ll Never Walk Alone. Je n’ai aucun lien, ni aucune sympathie particulière pour le Liverpool FC, le premier club à l’avoir adoptée il y a plus de cinquante ans – et encore moins pour le Borussia Dortmund, qui s’en est approprié l’air environ trois décennies plus tard. Quant à la chanson, elle m’a toujours marqué par sa mièvrerie lorsqu’entonnée par des spectateurs de football. 

 

 

 

 

Tout en nuances

Pour être franc, l’année dernière, lorsque les deux clubs se sont rencontrés en quart de finale de l’Europa League et que la réalisation a montré les supporters des deux équipes chantant à l’unisson, j’ai coupé le son de ma télévision. Un geste d’ailleurs assez étrange et grincheux de ma part, dans la mesure où j’ai passé toute ma vie à m’insurger contre la violence et l’animosité entre partisans d’équipes rivales. Ne pouvais-je pas profiter d'un précieux moment de solidarité? C’est en tout cas comme tel que la FIFA l'a considéré, décernant à ces deux groupes le prix des supporters, en janvier dernier, en hommage à ce refrain entonné en chœur. Une récompense bien méritée, même si je dois avouer que cela a provoqué encore plus de gêne chez moi. Et puis, de nos jours, qui a envie de l’approbation de la FIFA?

 

 

 

 

Lors d’une séquence de ce documentaire d’André Schäfer, on voit des supporters évoquant ce moment au cours d’un podcast. Un commentateur affirme alors que les supporters de l’équipe à domicile ont donné encore plus de voix que d’habitude afin de montrer aux visiteurs que c’était "leur terrain, leur chanson".

 

Non seulement cette anecdote détonne avec l'insipide message de solidarité et de fraternité intercontinentale véhiculé par la FIFA, mais elle fait également écho à l’approche tout en nuances du film. Presque tout le monde, du côté du Dortmund, reconnaît que les supporters anglais ont bien mieux chanté YNWA. Cela inclut d’ailleurs Joachim Król, guide et narrateur génial du film. Cet acteur et supporter de Dortmund se plaît à échanger de façon décontractée avec tous ceux qu’il rencontre.

 

 

Budapest-Liverpool via New York

Mais d’abord, il nous ramène à Budapest, ville où se jouait la pièce Liliom, créée en 1909 par le dramaturge hongrois Ferenc Molnar. D’origine juive, Molnar fuit l’Europe et le régime nazi, et se retrouve de l’autre côté de l’Atlantique à se fondre dans les milieux artistiques de New York. Le compositeur Richard Rodgers et le producteur Oscar Hammerstein veulent alors adapter sa pièce pour en faire une comédie musicale. Bien qu’horrifié à l’idée que son œuvre se retrouve ainsi dénaturée, Molnar finit par accepter au regard de ses difficultés financières. C’est ainsi que naissent Carousel et YNWA.

 

 

 

 

On relève également une conversation extrêmement intéressante avec Gerry Marsden [leader du groupe Gerry and the Pacemakers, ndlr], qui raconte l’après-midi pluvieux où il s’est rendu dans un cinéma de Liverpool pour regarder des films de ses acteurs préférés, Laurel et Hardy. Entre deux projections, le cinéma avait programmé le film Carousel, et il décida d’y rester en raison des intempéries, même si cela n’avait pas trop l’air d’être son style.

 

Après avoir initialement piqué du nez, il fut réveillé par l’ouverture de YNWA, et demanda plus tard à son groupe, les Pacemakers, de la jouer en live. Malgré la réticence des autres membres ("Notre truc à nous, c’est le rock‘n’roll"), de sa maison de disques et du producteur Brian Epstein, Marsden insista pour en faire un enregistrement qui devint par la suite numéro un des ventes.

 

 

Bande-son de l'histoire

À cette époque, Anfield était tout juste devenu l’un des premiers stades à installer un système de sonorisation. L’organisation a donc diffusé le top 10 des meilleures chansons du moment afin de divertir le public avant les matches. Mais lorsque YNWA est sorti du top 10 et a donc cessé d’être joué au stade, les spectateurs ont massivement exprimé leur mécontentement, car ils voulaient continuer à le chanter. Marsden décrit de façon laconique comment, en tant qu’ancien fan d’Everton, le fait d’avoir été à Anfield et d’avoir entendu le public chanter la version des Pacemakers a fait de lui un amoureux inconditionnel de la moitié rouge du Merseyside.

 

 

 

 

À la fois émouvant et impressionnant, ce film souligne l’importance de la chanson à des moments clés de l’histoire du club, sans jamais tomber dans le pathos larmoyant ou s’égarer dans une forme de mythologie. Par exemple, à la mi-temps de la finale de la Ligue des champions de 2005, après la tragédie de Hillsborough ou au printemps 2016, lorsque les familles des victimes entonnent le chant devant la porte du palais de justice de Warrington à la suite du verdict d’homicide par imprudence.

 

La diversité des lieux, des personnes interviewées (Jürgen Klopp, par exemple, est bien plus réfléchi et sérieux lorsqu’il s’exprime en allemand) et des versions de la chanson imprime un rythme soutenu qui m’a donné des frissons à plusieurs reprises. Et cela m’a ainsi permis de me rendre compte que You’ll Never Walk Alone était une magnifique composition qui donne immanquablement chaud au cœur. Plus question de couper le son avec aigreur.

 

 

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