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Richard Coudrais

 

Pionnier du foot sur le Web avec Kick'n'Rush, historien pour les Cahiers et Footichiste pour son compte.


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Yachine, héros de toutes les Russies

BibliothèqueLev Yachine, un roman soviétique, de Laurent Lasne, biographie du plus légendaire gardien de but de l’histoire, fait la part de l'homme et du mythe. 

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La couverture de l’ouvrage est la reproduction d’une vieille photo qui a été colorisée. L’image est floue, mais elle n’empêche pas de reconnaître, sur un fond bleu pâle, le grand Lev Yachine, légendaire gardien de l’équipe d’URSS des années 50-60.

 

Elle n’empêche pas, en outre, de percevoir cet air de tristesse qui caractérisait le visage du plus grand gardien de but de tous les temps.

 

 

 

 


L’usine, le hockey, le football

Le gardien soviétique parvenait rarement à se départir de ce regard empreint de détresse. Il y avait, selon certains, quelque chose de typiquement slave dans ces yeux tristes, qu’on retrouvait aussi un peu chez Ferenc Puskas ou plus tard Safet Susic, ces footballeurs d’Europe de l’Est dont la vie a été marquée par les tragédies de l’histoire.

 

L’écrivain Laurent Lasne explique dans son ouvrage combien la vie de Lev Ivanovitch Yachine a pu être éprouvante, entre douleurs personnelles et difficultés imposées par le contexte politique. D’autres que lui ont su surmonter les écueils de la vie, certains en ont même fait un facteur de motivation. Mais Lev Yachine était touché par un mal profond qui ne le quittera jamais, la dépression.

 

Né dans une famille ouvrière de Moscou, le gamin perd sa mère dès l’âge de six ans, puis commence à travailler en usine à treize ans, en 1942, dans le cadre de l’immense effort de guerre soviétique. Une jeunesse laborieuse avec les joies du foot comme consolation, même si le ballon lui accorde moins de satisfactions que de frustrations.

 

Dans les buts de l’équipe du Dynamo, Lev Yachine commet en effet quelques erreurs notables et semble plus à même de faire carrière dans le hockey sur glace, sport où il obtient ses premiers titres.

 

L’usine, le foot, le hockey: Lev Yachine a eu un jour envie de tout arrêter. Il l’a sérieusement envisagé avant que le destin ne le ramène sur les terrains de football. Il a ensuite travaillé d’arrache-pied pour devenir une figure mythologique de l’histoire du football.

 

Vingt-huit ans après sa mort, la Russie n’avait pas hésité à lui rendre hommage en exposant sa silhouette sur l’affiche officielle de la Coupe du monde 2018. Jamais avant lui un footballeur, aussi grand soit-il, n'avait eu droit à un tel hommage.

 


Un avant-gardiste en maillot sombre

Si Lev Yachine exerce de nos jours encore une telle fascination, c'est peut-être parce qu’il est le premier – et le seul à ce jour – gardien de but récompensé du Ballon d’Or, trophée décerné au meilleur footballeur européen. Durant sa longue carrière, lorsqu’était montée une équipe du "Reste du monde" pour un match de prestige ou un jubilé, c’est lui qu’on appelait pour garder les buts.

 

Son apparence frappe également l’imagination. Tout de noir vêtu, il arbore une casquette immense, non pas une coiffe adaptée à sa discipline, mais bien une casquette de ville qu’il porte avec élégance. Une casquette de prolo selon les propos que rapporte Laurent Lasne.

 

Sur le plan technique, Yachine est l’un des premiers gardiens à intervenir loin de sa cage, parfois même hors de sa surface. Et lorsqu’il a le ballon, il le relance à la main, chose rarement vue jusqu’alors. Les écrits rapportent qu’il stoppe parfois des tirs d’une seule main, qu’il bloque des ballons sur des frappes à bout portant, qu’il arrête souvent les penalties.

 

Lorsque l’équipe d’URSS vient jouer en Europe occidentale, le public se précipite non pour voir les joueurs au maillot rouge floqué de l’impressionnant CCCP, mais bien Yachine, surnommé l’Araignée noire, l’homme dont le maillot sombre est souvent frappé d’un D, celui de son club du Dynamo Moscou.

 

Lev Yachine, un roman soviétique s’intéresse aussi à l’homme au-delà du sportif, à son goût pour la nature, la pêche, les grands espaces. L’auteur le définit moins comme un champion soviétique que comme un personnage qu’aurait imaginé Léon Tolstoï, dont il raconte l'histoire en parallèle avec celle de l’URSS: Yachine fut de ces champions dont le parcours aura été intimement lié au contexte politique de son pays et de son époque.

 

 

Lev Yachine, un roman soviétique, de Laurent Lasne, éd. Le Tiers Livre et Arbre Bleu, 19 euros.
 

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