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Toni Turek

 

Überfan des footballs d’Allemagne et d’Autriche, passés et présents. Taulier de la Ventre Mou's League.


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Villas-Boas à son Zenit

Wolfsberg, l’éveil de la meute

Événement en Autriche: septembre a vu les Loups de Wolfsberg prendre pour la première fois de leur histoire la tête de la Bundesliga, mettant ainsi un terme à un règne long de 43 journées des Taureaux de Salzbourg. Enfin du suspense? 

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La rencontre entre Wolfsberg et Salzbourg, le 14 septembre, a été l’occasion d’un changement de leader dans la tipico-Bundesliga [1]. Malgré sa large domination – une mi-temps jouée à onze contre dix, une possession de la balle à 75%, 25 tirs à 5 – le Red Bull Salzbourg est tombé dans la gueule des Loups (0-1) du Wolfsberger AC (WAC en abrégé) dans un match au sommet pour l’occasion délocalisé au Wörthersee-Stadion, ce qui a permis à 19.000 spectateurs d’assister au troisième revers consécutif de Salzbourg et à son abandon de la première place au profit de son adversaire du jour. Ce résultat favorable au WAC devant ses fans a marqué l’apogée d’un club lupin encore récemment amateur.

 

 

 

 


St. Andrä, un voisin bien arrangeant

Wolfsberg, ville de 25.000 habitants située à l’est du Land de Carinthie (Sud), a longtemps évolué dans l’ombre de la capitale régionale Klagenfurt. S’il a connu la deuxième division pendant une quinzaine de saisons jusqu’au début des années 1980, le WAC a ensuite surtout parcouru les terrains de troisième division, avant de descendre encore plus bas en 2002. En ce temps, le FC Kärnten était lui à son apogée, gagnant sa promotion dans l’élite et la coupe nationale en 2001, jouant au plus haut niveau et en Coupe d’Europe les trois saisons suivantes. Le tournant pour Wolfsberg? 2007: coincé au quatrième échelon, le WAC met en place avec son voisin mieux classé du SK St. Andrä un partenariat qui le promeut d’une division, via l’engagement du WAC-St. Andrä en Regionalliga (D3). Cette dynamique fonctionne: quatrième en 2008, cinquième en 2009, l’entité "deux en un" finit championne de son groupe de D3 en 2010 et gagne sa promotion en barrages. Le WAC-St. Andrä devient le meilleur club de Carinthie, profitant des échecs du FC Kärnten et de l’Austria Kärnten [2].

 

Après une première saison de découverte, qui se conclut par une belle quatrième place, le club carinthien termine en 2012 premier de l’Erste Liga (D2) devant deux ex-pensionnaires de l’élite, grâce à une attaque tournant à deux buts par match avec un duo Falk-Ynclán cumulant trente-deux réalisations. Deux ans après la fin sans gloire de l’Austria Kärnten, la Carinthie fête le retour d’un représentant dans l’élite. Mais pas sans casse: si l’entraîneur Nenad Bjelica reste, conforté par ses résultats en deux ans de D2, un terme est en revanche mis au partenariat entre Wolfsberg et St. Andrä. La rupture conduit le seul Wolfsberger AC au plus haut niveau, en Bundesliga (D1), tandis que le SK St. Andrä repart chez les amateurs. Il évolue aujourd’hui en sixième division, loin de son niveau de 2007.

 


Kühbauer dans la bergerie

Pour sa première année dans l’élite, le club carinthien se maintient sans difficulté, finissant cinquième derrière le Big Vier local – Austria, RB Salzbourg, Rapid, Sturm Graz – et surtout largement devant le quatuor alors engagé dans un combat contre la relégation qui aura duré jusqu’à la dernière minute. Mieux: à un point près, qu’il aurait pu glaner sans une fin de saison en roue libre, le WAC aurait pu être quatrième, donc européen! Mais plus dure est la suite. Comme souvent pour un promu, ça se complique à la saison 2: plus possible de surfer sur l’euphorie de la montée, d’autant que Bjelica est parti à Vienne à l’intersaison. Englué dans la zone rouge, le WAC limoge Grubor, l’assistant de Bjelica devenu son remplaçant. Un choix payant: le WAC finit septième avec une marge confortable sur le dernier.

 

L’homme-clef de ce redressement? Dietmar Kühbauer: l’ancien international, ex-joueur entre autres de l’Admira, du Rapid et de Mattersbourg, a obtenu son diplôme d’entraîneur une fois retraité des terrains. C’est à l’Admira qu’il a commencé sa nouvelle carrière, et de fort belle manière, puisqu’il a su aider le club de Basse-Autriche à remonter dans l’élite, et participer à l’éclosion au haut niveau de plusieurs jeunes – dont le défenseur Dibon, l’ailier Sabitzer et l’attaquant Hosiner, tous appelés au moins une fois en équipe nationale depuis. Si Kühbauer a dû quitter l’Admira à l’été 2013, c’est lié à un maintien acquis tardivement et à la seule différence de buts. En fait, cette neuvième place devait beaucoup à la vente en 2012 du trio Dibon-Sabitzer-Hosiner, qui a joué un grand rôle dans l’affaiblissement de l’effectif. Le bilan de Kühbauer pendant ses cinq ans et demi passés à l’Admira, avec les jeunes puis à la tête de l’équipe première, plaide en sa faveur, et a logiquement intéressé Wolfsberg.

 


Les Loups auront-ils les crocs ?

Au contraire de l’an passé, qui l'avait vu devoir composer avec un groupe bâti par ses prédécesseurs, Kühbauer a pu façonner l’équipe lupine à son gré. Le WAC a laissé partir cet été onze joueurs, parmi lesquels le Liechtensteinois Polverino, les Espagnols Segovia et Solano, et son buteur fétiche Falk (66 buts en 146 matches au WAC) qui l’a accompagné de la D3 à la D1. Pour les remplacer, le WAC a pioché plusieurs joueurs libres mais expérimentés, tels les milieux Seidl (140 matches avec Mattersbourg) et Manuel Weber (140 matches à Klagenfurt, autant avec Graz), ou l’ailier Wernitznig (100 matches avec Innsbruck). Dans cet effectif en majorité autrichien, l’attaque a vu elle arriver deux étrangers dont le Slovène Trdina, découvert à Grödig l’année dernière (9 buts).

 

Le onze-type du WAC

 

Trdina
Ynclan – Zulj – Wernitznig
Hüttenbrenner – Weber
Palla – Rnic – Sollbauer (cap) – Standfest
Kofler (g)

 

S’il a aligné Dobnik dans les cages pour le premier tour de la Coupe d’Autriche, Kühbauer a titularisé Kofler en championnat – il joue la concurrence entre ses deux gardiens, et pour le moment ça paye. Devant les buts, le 4-2-3-1 mis en place en 2013 a été conservé, avec un quatuor défensif qui est aux trois quarts celui de l’an dernier. Bon choix apparemment: même si son rôle offensif est limité par rapport à son homologue de Salzbourg, cette défense lupine est aussi solide que la défense taurine, avec 8 buts concédés en 9 rencontres. Côté offensif, Kühbauer mise sur l’Espagnol Ynclán et la recrue Wernitznig sur les ailes, avec l’Espoir Peter Žulj comme animateur au milieu, et l’avant-centre Trdina à la pointe de l’attaque. Les 19 buts marqués, dont 7 sur phases de coups de pied arrêtés montrent qu’en équipe, les Loups de Wolfsberg savent tirer le maximum de leurs possibilités, et dominer voire croquer n’importe quel adversaire – même Salzbourg.

 

Pour autant, les Loups de Wolfsberg ne doivent pas encore hurler de joie. Si le WAC a le mérite d’avoir maintenu le suspense dans un championnat qui aurait pu être joué d’entrée, seul un quart de la saison est passé. L’Austria a retrouvé un buteur avec l’Israëlien Damari, le Rapid s’est réveillé – en témoigne le 3-0 infligé ce week-end au WAC – et Salzbourg, même à la peine ce mois-ci, a une profondeur de banc que le WAC n’a pas: si les Loups perdaient un élément-clef comme Ynclán, actuel meilleur passeur du championnat, nul doute que cela poserait problème. Et si besoin était, le récent revers 0-1 à domicile contre la lanterne rouge Wiener Neustadt a montré qu’un long chemin restait à parcourir avant de croire en une place européenne. Kühbauer a su montrer qu’il était un bon meneur d’hommes. Mais pour que la fable "Le Loup et le Taureau" s’achève au mieux, il lui faut faire en sorte que ses Loups ne soient pas rassassiés par leur victoire sur Salzbourg. L’appétit ne vient-il pas en mangeant?

 


[1] Le WAC est toujours en tête après la 10e journée disputée ce week-end.
[2] La création de l’Austria Kärnten, appuyée par Haider, s’était faite via la récupération de la licence du club de Pasching, mais elle a aidé au délitement du FC Kärnten, liquidé en 2009 sans pouvoir finir sa saison, et sa relégation en 2010 l’a menée à sa disparition après trois ans d’existence.

 

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