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Moravcik dans les prés

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El Mago Valdivia

United Passions : le scénario du sequel

Face à l'unanimité mondiale sur le film United Passions, la FIFA a décidé d'en faire une suite. En voici le scénario, que nous nous sommes procurés en exclusivité mondiale.

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Texte initialement posté par Moravcik dans les prés sur le fil Absolutely UEFAbulous - absolutely FIFAbulous ! du forum

 

* * *

 

Zep est triste. Si triste. Lorsque ce vieux grigou d'Havelange avait passé la main, il avait cru, sincèrement cru pouvoir éradiquer la corruption au sein de la FIFA. Le fils du faire-valoir à moustache, VRP chez Adidas et profondément attaché à celui qu'il considère comme son deuxième père, lui en veut: "Tu as été naïf Zep. Comment as-tu pu croire un mot de ce qui sortait de la bouche de tous ces menteurs? Maintenant regarde: tu as beau être la seule personne non inquiétée par la justice de tout l'organigramme de la FIFA, les gens ne te font plus confiance. Ils sont sûrs que tu es dans le coup aussi. Toi, qui n'as jamais accepté même le plus petit cadeau; toi, qui n'as même jamais voulu t'acheter un costume décent, ils te prennent pour un escroc. C'est ta faute, tu as été si naïf..." (Ces derniers mots sont noyés dans les larmes).

 

Zep ne peut que baisser la tête. Et le fait est, quand il a vu que ce parasite ridicule de Chuck Blazer et ce malfaisant de Jack Warner s'étaient fait choper la main dans le pot de confiture, il était presque content. Oui, bien sûr que l'image du football allait en souffrir quelque temps, mais pour purger l'organisation de ses brebis galeuses, ça valait bien de serrer un peu les fesses.

 

Et puis il a appris pour Jérôme. Jérôme, le si fidèle bras droit. Jérôme, qui lui rappelait tant ce cher faire-valoir à moustache de ses jeunes années, disparu trop tôt. Jérôme l'avait trahi.

 

 

Alors oui, Zep savait bien que tous ces représentants africains et asiatiques s'en mettaient toujours plein les poches. Un réflexe atavique de gens peu habitués à la civilisation moderne, sans doute. Mais cela comptait peu, finalement: ce qui importait, c'était de développer le football dans de nouveaux territoires, d'apporter le bonheur et le développement à des populations laissées pour compte, de voir briller les yeux de ces petits noirs va-nu-pieds à l'idée que la Coupe du monde puisse se dérouler à moins de 5.000 kilomètres de chez eux. Là où l'UNICEF échouait si souvent, la FIFA pouvait réussir, Zep en était convaincu.

 

Et maintenant, alors qu'après l'avoir apportée en Afrique, Zep avait réussi à l'apporter au Moyen-Orient, au monde musulman, voilà que tout le monde affirmait que c'était uniquement parce qu'elle avait été achetée. Quelle ironie. Était-ce la faute de Zep si le seul pays arabe qui pouvait arroser de fric toutes les fédérations était un micro-État pétrolier où il fait cinquante degrés l'été? C'était si injuste de ne pas y voir un progrès malgré tout. Raciste même. Encore un coup des racistes, comme pour ce pauvre Jules Rimet. Rien ne change, décidément.

 

Pire que tout, Jérôme avait participé à cette corruption. Ah, il s'était bien gardé d'en informer Zep, le salaud. Mais Zep ne lui en voulait pas, au fond. Il avait sans doute craqué sous la pression. Zep était parfois obligé de déléguer 10% de son énorme travail, et ce pauvre Jérôme n'avait pas dû le supporter.

 

Non, décidément, Zep se sentait coupable. Il était vieux à présent, fatigué. Après tout, peu importait ce que l'on disait, ce qui comptait c'était l'oeuvre qu'il avait accomplie, pour le football, toujours. L'Histoire lui donnerait peut-être raison, un jour.

 

Maintenant, inévitablement, tous les charognards étaient de sortie. Ces journalistes véreux, cette police américaine qui cherchait, évidemment, à se venger d'avoir perdu la Coupe du monde. Zep aurait dû se douter que leur préférer le Qatar était dangereux, mais à ce point-là... La naïveté, encore une fois.

 

Et surtout, le gros Platini jubilait, forcément. Zep l'imaginait rire entre deux cocktails somptueux avec Poutine, Merkel et Sarkozy. Platini, ce fainéant qui faisait semblant de défendre les faibles, et qui ne faisait rien d'autre que de manger et somnoler devant les matches de la Juventus, pendant que des danseuses orientales et ukrainiennes lui massaient les pieds. Le voir prétendre hésiter à briguer sa succession était insupportable.

 

Mais que faire? Les avocats avaient prévenu Zep: cette fois, ils arriveraient sans doute à le jeter en prison. Ses petits-enfants ne le supporteraient jamais. Il n'y avait pas le choix: il fallait démissionner.

 

Et puis un matin, alors que Zep apportait un sandwich à Mamadou, ce brave garçon qui balaie la rue devant le siège de la FIFA, tous deux rêvant (comme ils le faisaient toujours) d'une Coupe du monde qui aurait un jour lieu au Mali ("Au Sénégal, M. Blatter, je suis du Sénégal moi", répondait toujours Mamadou), des dizaines d'enfants de toutes les couleurs se sont brusquement présentés devant Zep. Ils portaient un énorme bouquet de fleurs, et une lettre, qu'ils lui tendirent.

 

L'éducatrice qui les accompagnait dit à Zep: "Ils tenaient absolument à vous donner cette lettre, M. Blatter. Elle contient une pétition signée par quatre milliards de personnes, des gens de peu, de leurs villages d'origine respectifs, pour que vous restiez en place, et que vous poursuiviez votre œuvre. Ils savent tous ce qu'ils vous doivent, vous comprenez. Nous le savons tous."

 

"Partez pas, M. Blatter", ajouta une petite fille noire adorable d'une voix timide, levant vers Zep ses yeux pleins d'espoir.

 

Zep prit la lettre, caressa gentiment les tresses de la petite fille, et se dirigea vers son bureau. Premièrement, pour annoncer qu'il ne démissionnerait pas, et ensuite pour se remettre au travail. Ils pouvaient bien le mettre en prison, il n'abandonnerait jamais. Jamais.

 

Lire aussi :
United Passions: on a marché dans la bouse

 

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