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Ian Plenderleith

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Revue de stress #111

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Autopsie de la déroute anglaise

Une superligue européenne au mépris du spectacle

When Saturday Comes – Les plus grands clubs européens cherchent à savoir combien leur rapporterait une superligue européenne, sans se préoccuper de l'intérêt et de la qualité du spectacle qui serait proposé. 

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Extrait du numéro 351 de When Saturday Comes. Titre original : "Intergalatic Operators", traduction Toto le zéro.

 

* * *

 

On a tous en mémoire le gamin du parc qui avait le tout nouveau ballon en cuir. Il choisissait les meilleurs joueurs pour sa propre équipe, prenait toutes les décisions arbitrales et si rien ne se passait comme il le voulait, menaçait de s’en aller. Lassés de toutes ses jérémiades, on finissait par lui dire de dégager et on continuait à jouer avec le vieux ballon en plastique.

 

Voilà ce que je ressens chaque fois que l’Association européenne des clubs (ECA), qui représente les intérêts des plus grands clubs du continent, évoque régulièrement l’idée d’une superligue européenne. Lorsque son président Karl-Heinz Rummenigge menace de créer une ligue fermée de vingt clubs "de l’élite" des cinq principaux championnats et de jouer certains matches en Asie et en Amérique du Nord, je me dis: "Ben, allez-y. On se débrouillera sans vous".

 

 

 

 

Joueurs interchangeables, spectacle facultatif

Andrea Agnelli, le président de la Juventus de Turin, a beau s’extasier devant le "potentiel inexploité" des futurs contrats TV, il est rarement question du type d’expérience qu’une superligue pourrait proposer aux fans. Bien entendu, les meilleurs joueurs du monde rejoindraient les clubs de cette élite avec des contrats de plus en plus mirobolants, un Barcelone-Bayern se jouerait très probablement à guichets fermés à Shanghai et les chiffres d’audience internationale seraient faramineux. Mais le spectacle en vaudrait-il la peine?

 

Prenons le récent Chelsea-PSG en Ligue des champions: le niveau technique du jeu et les performances athlétiques affichées ont été quasiment irréprochables, et pourtant les joueurs, malgré tout leur talent, auraient très bien pu jouer pour Manchester City ou le Real Madrid. Je me fichais d'autant plus de la défaite de Chelsea que John Terry, Frank Lampard et Ashley Cole n’étaient plus dans le onze de départ. Ils ont été remplacés par des talents interchangeables qui reviennent défendre, ferment les espaces et font très peu d’erreurs.

 

Imaginons maintenant ces équipes dans la Superligue intersidérale des étoiles de Rummenigge, jouant à New York, Los Angeles, Melbourne ou Pékin. En fait, inutile d’imaginer ces rencontres: j’ai pour ma part vu Manchester United affronter Barcelone et l’Inter à Washington DC lors de l’International Champions Cup organisée par Charlie Stillitano – le promoteur américain qui avait négocié en mars dernier avec les grands clubs d’Angleterre une refonte de la Ligue des champions. C'est un cirque ambulant aussi exorbitant que vain, et comptabiliser les points ou, pire, les chiffres d'affaires n'y change rien. Une grande partie des spectateurs se préoccupe davantage de prendre des selfies soigneusement calculés avec maillot et écharpe que de regarder le match. Ils viennent voir des stars individuelles et relayer sur les réseaux sociaux un moment personnel qui ne manquera pas d'épater leurs abonnés.

 

 

L'éternel chantage des clubs riches

En voyant United et l'Inter se diriger mollement vers un match aussi nul que sans buts au cours de cet été 2014, j'avais été frappé que les équipes aient daigné aller au bout d'une séance de tirs au but afin de déterminer le vainqueur. Mais le vainqueur de quoi, exactement? Une superligue européenne rencontrerait les mêmes limites, car créer une compétition de toutes pièces ne signifie pas lui donner une signification. Les fans aisés venus au stade uniquement pour admirer leur idole Lionel Messi ne vont pas consulter le classement de cette ligue à la mi-temps. Les groupes de supporteurs entonnant les chants traditionnels des clubs vont se réduire ou disparaître. Le public, largement composé de touristes, sera policé et en grande partie neutre. La qualité du jeu, sans parler du score final, importera peu.

 

Au cours des années 1970, les Européens avaient accusé à tort le championnat nord-américain de soccer de vouloir américaniser le jeu, alors qu'il s'agissait simplement de l'adapter au bénéfice du public local. Malgré tout l'anti-américanisme primaire entendu lorsque des personnalités telles que Stillitano sont impliquées, ce sont bien les clubs européens qui sont à la manœuvre pour emmener les principales compétitions de football sur le chemin de la NFL. Cela signifie des contrats encore plus juteux et des rencontres présentées comme des "événements", un raout commercial noyé toute la journée dans le matraquage, les marques et l'esbroufe.

 

L'ECA sait probablement quel médiocre spectacle sa superligue risque de proposer. Elle est également consciente que l'identité de chacun de ses principaux clubs demeure intimement liée à leurs championnats respectifs – malgré le dédain envers les petites équipes qu'ils sont contraints d'affronter et de balayer semaine après semaine. Les menaces de ligue fermée ne sont qu'un moyen de pression pour que l'UEFA accède à leurs désidératas. Rummenigge avait à peine fini de se plaindre de l'absence de têtes de série lors des phases éliminatoires de Ligue des champions que le tirage des quarts de finale permettait (miraculeusement) aux quatre gros de s'éviter.

 

Par la suite, l'UEFA divulgua l'ébauche d'une énième réorganisation de la C1 avec l'instauration de mini superligues de huit équipes par groupes, précédées de phases éliminatoires avec têtes de série de 32 équipes. Comme le gamin et son ballon en cuir, la toute puissante ECA exige et obtient ce qu'elle veut et, malheureusement, l'UEFA et les quelques milliers d'autres clubs européens sont bien trop timorés pour lui résister.

 

 

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