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Double jeu à la française

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La Gazette, numéro 79

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G7 du Mondial : l'Angleterre

Une petite défaite pour un grand départ

Si le score final n'était pas venu contrarier ce France-Belgique organisé comme une cérémonie d'adieu, on aurait dit que les Bleus s'envolaient pour l'Asie sous les meilleurs auspices, après avoir reçu le soutien de son public (et de ses sponsors). La contrariété aura quelques vertus…
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Le contexte
Des spectateurs vêtus de Bleus, comme intimé par TF1, un hymne belge respecté, une belle Marseillaise, une minute de silence (pour les victimes de l'attentat de Karachi) relativement bien observée. La rencontre était placée sous le signe d'un patriotisme qui laisse un peu perplexe par les temps qui courent, les symboles nationaux suscitant un intérêt qu'ils n'ont plus connu depuis longtemps. Ce consensus est plutôt bienvenu, mais on n'est pas loin de verser dans un culte cocardier qui épargnerait de s'interroger sur le sens à leur donner. Comme Franck Lebœuf n'arrête pas de répéter "On est prêts à mourir pour notre pays", il y a de quoi être inquiet.
La cérémonie finale était également bien jolie et fort sponsorisée, elle a au moins permis de marquer le coup et d'accompagner le départ de la sélection vers son destin. Mais il est permis de s'interroger quant à l'effet éventuel des festivités sur la concentration de l'équipe de France, constamment sollicitée par l'armada de ses partenaires promotionnels.

Le match
Les infographistes de TF1 n'ont toujours pas compris le schéma tactique pourtant invariable de Lemerre, ils mettent Djorkaeff en pointe. Au bout de trente secondes, celui-ci a perdu son premier ballon, mais c'est lui qui adresse très vite un centre intéressant pour la tête de Trezeguet, puis qui décale Wiltord d'une jolie talonnade — les deux reprises fuient le poteau droit de De Vlieger (4e, 5e). Les cinq transmissions suivantes du Youri seront manquées, mais le Boltonien fera au moins acte de présence derrière les attaquants.
Alors que les Tricolores commencent à instaurer une certaine emprise, les Belges lancent une première alerte par Verheyen, qui s'enfonce seul à gauche, profitant d'une ouverture de Wilmots. Son centre en retrait est heureusement contré par Thuram car un attaquant était seul dans l'axe. Heureusement aussi que l'arbitre ne siffle pas une probable main du latéral.
Les visiteurs cherchent à réduire les espaces pour filtrer les montées de balles de leurs adversaires, et ils connaissent une meilleure période après le premier quart d'heure, obtenant plusieurs coups francs consécutifs: De Boek en profite pour couper parfaitement la trajectoire du centre de Walem, et celle de sa tête lobe imparablement Ramé (20e). La prestation belge est ainsi grassement rémunérée, mais ce but conclut un moment délicat.
Petit réplique sur un coup franc indirect que De Vlieger parade, mais on tremble encore lorsque Mpenza manque reprendre un centre une nouvelle fois venu de la gauche de Wilmots, parfaitement décalé par Walem, qui fait un intéressant meneur de jeu (27e). Les corners s'accumulent pour les Bleus. Djorkaeff tente un lob hasardeux, puis une nouvelle récupération avec Dugarry à terre (occupé à râler, il ratisse quand même) trouve Wiltord à l'angle gauche de la surface. Le Bordelais n'est pas loin de donner à Trezeguet une vraie occasion.
Le sursaut est intéressant, mais les Rouges continuent de bien exploiter leurs coups de pieds arrêtés: un nouveau souffle traverse la surface française, dans une situation similaire à celle du but. A l'opposé du terrain, la défense, bien commandée par Van Buyten, prend le dessus sur les nombreux ballons aériens destinés à Trezeguet ou Dugarry.
À la 40e minute, un renvoi sur un nouveau corner permet à Djorkaeff de contrôler et de frapper dans le tas. Verheyen détourne du coude, il manque une pointure à Trezeguet pour reprendre et Wilmots renvoie sur Wiltord qui centre fort devant le but. Dans la mêlée, c'est Simons qui envoie le ballon dans ses cages. La fin de période, tout à l'avantage des Français, se conclura par un centre-tir de Lizarazu qui n'est pas loin de tromper le gardien de Willem II.

En faisant rentrer Sagnol, Candela, Micoud et Cissé, Lemerre change quelques-unes de ses batteries, mais pas vraiment le visage de la rencontre. L'Auxerrois, qui suscite l'excitation dans les travées, négocie cependant son premier bon ballon à la 55e.Au bout du couloir droit, il ajuste son centre pour Dugarry, qui ne peut placer sa tête sous la pression de Van Kerckhoven. Dans la foulée, Micoud tente en vain d'alerter l'Auxerrois dans le dos de la défense, puis ce dernier tente une tête lointaine. À l'heure de jeu, les Bleus mènent plusieurs rushes, dont une échappée de Petit qui, sur son pied droit, est obligé de temporiser. Son centre en retrait ne trouve pas preneur.
Les actions françaises s'enchaînent à un rythme relativement soutenu dans la dernière demi-heure. Wiltord centre ainsi pour la tête Cissé qui va percuter la transversale (66e), mais deux coups francs consécutifs de Wilmots obligent Ramé à s'interposer. La plus belle occasion se produit dix minutes plus tard, lorsque Candela centre en retrait d'un extérieur du droit pour la tête de Dugarry, puissante.
Micoud et Wiltord combinent dans la surface, Dugarry décale Cissé à droite qui adresse un tir bien croisé que De Vlieger détourne (84e), avant que Deflandre ne soit obligé de repousser sur sa ligne la reprise de Micoud. Une nouvelle série de corners précède deux frappes de Cissé (trop enlevée) et une autre à mi-hauteur de Petit. On pense à ce nul plutôt moyen, quand Verheyen, prenant le couloir droit, sert Wilmots dont la volée du droit laisse Ramé sans mouvement.

Les gars
Comme pour France-Russie, aucun international n'a joué au maximum de ses possibilités, induisant une prestation collective elle aussi en dessous. On sortira du lot Emmanuel Petit, plus que jamais taulier de l'équipe. Ce n'est pas une surprise, le Dieppois n'a raté que le déplacement en Australie cette saison et a été titulaire à chaque sélection. Comme à son habitude Wiltord n'a pas non plus démérité dans l'engagement, contrastant avec un Trezeguet sevré de bons ballons en première mi-temps. Cissé qui l'a remplacé à la pause a connu un baptême paradoxal. Sa première sélection restera dans les archives comme une défaite, mais elle lui aura permis de mesurer sa popularité actuelle et de faire une prestation volontaire, ponctuée d'une tête sur la barre. Bonnes rentrées aussi de Sagnol et Candela (plus percutant que Lizarazu), qui ne purent toutefois créer la différence.
Djorkaeff a été égal à lui-même, laissant un vide au centre de l'organisation des Bleus, mais Micoud n'a pas tellement plus convaincu dans le même rôle. Faut-il vraiment remplacer Zidane poste pour poste ou bien imaginer un autre système de jeu quand il n'est pas là? (voir Pas de plan B pour les Bleus?). Les autres ont fait leur match.

L'expérience et le coup d'œil de Wilmots seront importants pour la sélection belge en juin, surtout s'il place sa frappe avec la même efficacité que ce samedi. Walem a été intéressant, faisant parler sa technique pour orienter les bons coups belges, un peu comme Verheyen, pas franchement spectaculaire mais efficace. La défense centrale a été très solide, avec Van Buyten de De Boek, récompensé d'un vrai but de défenseur. Derrière eux De Vlieger, fort à l'ouvrage, fut impeccable.

La nalyse
Le double déficit de condition physique et de motivation dans ce creux de la phase préparatoire explique en partie la contre-performance de samedi. Le premier est cependant également valable pour les Belges, même si le second induit une dissymétrie: battre l'équipe de France dans son stade constituait de toute évidence un réel enjeu pour l'équipe de Waseige, qui partira en Asie avec un moral regonflé, malgré les nombreuses défections observées ces derniers temps.
Les absences seront forcément évoquées côté français, celles d'Henry et bien sûr de Zidane pesant dans la balance. Mais à domicile et contre une équipe qui se situe dans la moyenne de la hiérarchie mondiale, on était en droit de s'attendre à ce que des solutions soient quand même trouvées. Les nombreuses occasions témoignent d'un certain manque d'efficacité, pas franchement alarmant dans ce genre de matches un peu étranges.
En revanche, les Bleus ont concédé un trop grand nombre de coups francs dans la zone dangereuse, et une certaine négligence lors de l'exécution de ceux-ci a coûté le premier but et quelques frissons. Ces lacunes défensives s'expliquent d'autant moins que le bloc de derrière ne comptait aucune défection, se présentant en première période au complet, avec Petit et Vieira devant la défense. On est cependant fondé à penser qu'à plein régime et avec l'étincelle dont a parlé Lemerre après la rencontre, ces manquements disparaîtront.

Cette désagréable piqûre de rappel aura des conséquences positives en retirant des esprits tout sentiment de facilité excessive et en maintenant la concentration des joueurs. La rencontre ne provoque pas de réelles inquiétudes, mais plutôt le désagrément d'un nouvel accroc dans un parcours 2000/2002 qui en aura compté quelques-uns (Espagne, Australie, Chili). Mais on sait que les cycles uniquement composés de matches amicaux peuvent être bien plus pénibles, et que la seule vérité, c'est celle des compétitions…

Observations
Quand est-ce que Barthez daignera se compromettre dans une défaite de l'équipe de France?
Consolation : c'était le dernier match de Lebœuf et Djorkaeff au Stade de France.
Merci à Mme Zidane pour le timing parfait de son accouchement entre la finale de la Ligue des champions et le début de la Coupe du monde.

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