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Richard N

 

Pionnier du foot sur le Web avec Kick'n'Rush, historien pour les Cahiers et Footichiste pour son compte.


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Nicosie 1988, le point de non-retour

Une lueur bleue à Buenos Aires

Argentine, Brésil et Pérou: c’est en janvier 1971 que l’équipe de France effectue la première tournée sud-américaine de son histoire. Avec d’entrée, un exploit.

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Quarante ans que le foot français n’avait pas foulé le sol du continent américain! En ce début d’année 1971, il faut en effet remonter à la première Coupe du monde, organisée en Uruguay en 1930, pour trouver la trace d’une expédition tricolore de l’autre côté de l’Atlantique. Entre-temps, il y eut bien des Coupes du monde au Brésil (1950), au Chili (1962), au Mexique (1970), mais jamais les Tricolores ne s’y étaient qualifiés.
 


L’Amérique du Sud, quarante ans après

L’idée d’emmener une équipe de France dans une tournée en Amérique du Sud a donc de quoi bousculer les petites habitudes du foot français. Georges Boulogne, le sélectionneur, n’a pas ménagé sa peine pour convaincre les dirigeants du foot français de l’intérêt d’une telle entreprise. Son équipe de France manque de caractère et de cohésion. Il est persuadé qu’un voyage agrémenté de matches inhabituels en milieu hostile peut renforcer les liens et aider son équipe à corriger ses défauts.
 

Ce n’est pas tant les pontes de la FFF qu’il a fallu persuader que les dirigeants de clubs. Ceux-ci en effet ne voient pas plus loin que leurs propres intérêts et estiment qu’une tournée lointaine en pleine trêve hivernale ne fera qu’accentuer la fatigue des joueurs. Nous sommes en pleine rivalité ASSE-OM et l’on sait qu’aucun des deux clubs ne manquera de fustiger l’équipe de France si le titre venait à lui échapper au profit du rival. Ainsi le sélectionneur a-t-il diplomatiquement composé sa sélection en prenant soin de convoquer un nombre égal de Stéphanois et de Marseillais.
 

 



 

Le programme de la tournée ne manque pas de piquant. Les Tricolores jouent deux matches contre l’équipe d’Argentine, puis trois autres au Brésil et au Pérou contre des clubs. La délégation française s’envole d’Orly au milieu de la nuit, après avoir dû affronter une grève du personnel de l’aéroport. Dans l’été argentin, l’arrivée de l’équipe de France passe inaperçue. Et ils ne sont que 4.500 spectateurs disséminés dans les tribunes de la Bombonera pour le Argentine-France du 8 janvier 1971.
 


L’exploit de Buenos Aires

À peine deux minutes que le match est lancé que déjà la France ouvre le score. Charly Loubet, idéalement servi par George Lech ne laisse pas passer sa chance. Les Argentins, cueillis à froid, tentent de remettre le match dans le bon sens, mais ils se heurtent à un Georges Carnus inspiré. Ils s’exposent de surcroît à de dangereux contres français. En deuxième mi-temps, les Français accentuent leur avantage sur un penalty de Jean Djorkaeff. Dès lors, le match s’emballe: le remplaçant Brindisi, entré à la pause, réduit l’écart pour l’Argentine. Puis Georges Lech inscrit un troisième but pour la France. Le sélectionneur argentin a beau faire entrer ses attaquants Angel Marcos et Carlos Bianchi, il devra attendre l’entrée du dernier quart d’heure pour voir enfin son équipe marquer un deuxième but, un superbe tir lointain de Nicolau. Le match s’envenime, les coups pleuvent et la France doit finir le match à dix après l’exclusion de Jacky Novi. Qu’à cela ne tienne, Hervé Revelli (qui a remplacé Loubet) marque un quatrième but à la dernière minute. L’Argentin Laraignée lui répond durant ce qu’on appelait les arrêts de jeu, mais ne peut empêcher la victoire des Français: 4-3.
 

C’est un succès inattendu que signent les hommes de Georges Boulogne. L’Argentine a peut-être fait preuve de condescendance, à l’heure où elle se reconstruit une équipe après avoir loupé la qualification pour le Mondial mexicain. Une hypothèse étayée cinq jours plus tard lors du match revanche disputé par les deux équipes à Mar Del Plata. Les locaux, plus déterminés, s’imposent 2-0, buts de Laraignée sur penalty et de Madurga.
 

 



 

Les Tricolores auraient sans doute apprécié de poursuivre leur tournée en se mesurant aux équipes du Brésil et du Pérou, les gros morceaux de l’époque. Ils devront se contenter de matches non officiels contre des clubs. Au Brésil, la France s’incline (2-1) face au Curitiba FC, alors qu’elle menait à la pause sur un but de Georges Lech. Trois jours plus tard, elle s’impose (3-1) à Porto Alegre contre l’Internacional (but de George Lech, doublé de Revelli). Les Tricolores concluent cette tournée au Pérou dans un match nul sans histoire (0-0) face à l’Universitario Lima.
 

À son retour en France, Georges Boulogne se déclare très satisfait de cette tournée. Il a pu expérimenter son système d’attaque à deux avant-centres (Loubet-Lech, Revelli-Lech, ou encore Molitor-Loubet) et est surtout convaincu d’avoir construit un groupe. Dans les mois qui suivront, son équipe réalisera deux très bons matches, l’un à Valence (2-2 contre l’Espagne), l’autre à Budapest (1-1 contre la Hongrie), deux matches que, selon les observateurs, elle aurait perdus sans cet esprit qu’elle a acquis en Argentine.



Les tournées sud-américaines des Bleus
1972 : "Coupe en toc sous le soleil du Brésil"
1977 : "Les promesses du Maracanã"

 

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