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Une inquiétante Coupe du monde

Le volet technique et tactique du rapport de la FIFA produit beaucoup de banalités, dont émergent pourtant des indices très significatifs de l'évolution du jeu: sens des buts, tendances tactiques, évolutions des rôles.... Et à l'arrivée, difficile de nier que la qualité du jeu a été très décevante.
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Le sens des buts 161 buts ont été inscrits au total (10 de moins qu'en 98), soit une moyenne de 2,52 contre 2,67 (des décimales aussi importantes que pour le taux de natalité). Une évolution nette se dessine pour le rapport entre les buts marqués sur coups de pieds arrêtés et ceux sur action de jeu: les premiers ne représentent qu'un peu plus qu'un quart du total, contre près d'un tiers en 98. 5 penalties sur 13 ont été manqués, soit un taux d'échec important. 11 tireurs de coups francs ont trouvé le chemin des filets (6 en 98), mais seulement 5 réalisations ont résulté d'un coup franc direct (16 en 98). Les défenses dégagent plus loin? La Commission technique relève le fait que les combinaisons ont été très rares. 6 seulement des 116 buts inscrits dans le jeu l'ont été sur des actions individuelles, contre 18 sur 109 précédemment. Cela se fait au bénéfice des débordements sur les ailes, 57% en Asie, 40% en France malgré la présence de Bernard Diomède. Les buteurs ont marqué d'un peu plus loin (15,5% hors de la surface contre 11,7), mais les positions de tir se répartissent sans variation: un quart dans la surface de but (les "six mètres"), 37,3% entre la surface de but et le point de penalty, 15% entre le point de penalty et la limite de la surface de réparation et enfin 8% sur penalty. Les 23% de buts de la tête marquent une progression, ils n'étaient que 18% en 98. Miroslav Klose n'y est pas étranger, au contraire de David Trezeguet. Sans surprise, les attaquants portent à leur crédit plus de la moitié des réalisations, un tiers revenant aux milieux de terrain et 1 sur 10 aux défenseurs. Le solde correspond aux trois auto-goals. 20% des buts ont conclu des contre-attaques, dont ont résulté la plupart des coups de pieds arrêtés victorieux. L'Angleterre et l'Allemagne ont privilégié la méthode classique (lancement de l'attaquant dans les espaces), le Sénégal et le Brésil la méthode collective (déploiement d'attaques avant le replacement de l'adversaire). Par rapport à 98, nettement moins de buts ont été marqués dans le dernier quart d'heure (19% contre 26%), les matches semblant s'être décidés plutôt après l'heure de jeu. Enfin notons qu'avec 12 unités, Ronaldo rejoint Pelé sur la troisième marche du classement général des buteurs, derrière Gerd Müller et Just Fontaine bien entendu. Hasan Sas a marqué en 11 secondes le but de le plus rapide de l'histoire de la CM, lors du match pour la troisième place. Les tendances tactiques Le pressing au milieu de terrain a été abondamment employé, notamment par la Corée, l'Irlande, les Etats-Unis, la Suède, le Danemark, la Turquie, le Japon ou l'Angleterre. Les équipes qui en ont tiré le meilleur parti sont celles qui avaient les plus grandes capacités physiques, dont la Corée et son incroyable possession de balle. Inversement, l'Angleterre est tombée faute d'avoir le carburant nécessaire, et les Red Devils eux-mêmes ont progressivement décliné physiquement. La flexibilité tactique a été souvent récompensée, Gus Hiddink et Luiz Felipe Scolari ayant excellé dans le domaine. Le rapport de la FIFA estime également que c'est la cohésion collective plus que le talent individuel qui a fait la différence, ainsi que la capacité à porter un grand nombre de joueurs en attaque, qu'il s'agissent de latéraux qui débordent ou de milieux de terrain qui partent de derrière (à l'instar de Ronaldinho, Hasan Sas, Tomasson, Wilmots, Rivaldo, Raul, Totti, Recoba, Veron et Aimar). Le "bloc-équipe" cher à Jacquet a fait des émules, qui ont mis de la "percussion" dans leur jeu. Côté systèmes de jeu, la défense à trois avec deux latéraux avancés a séduit un quart des équipes: l'Allemagne, le Costa Rica, la Turquie et le Cameroun ont évolué dans un 3-5-2 désormais classique, alors que le Brésil, la Corée, la Slovénie et la Turquie optaient pour un 3-4-2-1. Beaucoup d'autres équipes ont évolué vers une défense à trois, qui a concerné au total 40% d'entre elles. Les variations autour du 4-4-2 ont concerné trois sélections sur quatre, mais huit équipes seulement adoptaient une défense à plat et à quatre avec deux récupérateurs, deux meneurs excentrés et deux pointes (Angleterre, Portugal, Espagne…). La disposition offensive "en losange" avec un meneur axial, deux milieux-attaquants excentrés et une pointe a été fréquente, mais pas toujours concluante (France, Argentine). La moitié des équipes avaient placé deux attaquants en pointe, d'autres privilégiant l'usage d'un pivot, mais dans tous les cas, ce sont les permutations et la mobilité qui ont été payantes dans la zone de vérité. Quelques indicateurs… Une évolution inquiétante passe presque inaperçue: le temps de jeu moyen par match est passé de 62'38 pour France 98 à 54'28. Où sont passées ces huit énormes minutes, alors que la tendance devrait être inverse? Curieusement, on remarque que l'équipe de France a été l'une des formations les plus "joueuses", avec successivement 55, 58 et 62 minutes. Ça n'a pas suffi. Sur le tableau des performances individuelles, on est surpris du faible nombre de passeurs décisifs. Les meilleurs buteurs ont été "égoïstes" (Ronaldo ne compte aucun "assist", Klose et Rivaldo un seul). Seuls Ballack (4), Beckham, Ronaldinho, Junior et Schneider (3) se signalent dans ce classement. La FIFA voit dans les gardiens de but les "nouveaux libéros". Cette évolution est sensible depuis longtemps déjà, donnant une part de plus en plus importante à ce joueur, qui opère en couverture et comme premier relanceur, mais elle est contredite par le constat que les gardiens ont de plus en souvent dégagé aux poings, ne captant plus que rarement les ballons. L'élection d'Oliver Kahn comme numéro un à ce poste est assez parlante. D'autre part, si les "vieux" (Seaman, Chilavert, Barthez…) ont fait parler leur expérience, on note aussi l'émergence à très haut niveau de jeunes comme Casillas (21 ans) ou Buffon (24 ans). Un bilan qui occulte l'essentiel Au global, la FIFA retient l'émergence du football asiatique, les progrès tactiques des équipes africaines — proches avec le Sénégal d'atteindre les demi-finales et d'obtenir ainsi le meilleur résultat de l'histoire du continent — les faibles résultats des Sud-Américains derrière l'arbre brésilien, le déclin de l'Europe. Si le rapport de la FIFA souligne les effets de la fatigue des joueurs, il ne s'aventure jamais sur le terrain de la polémique et reste aussi consensuel que positif. Pourtant, l'alarme a été sonnée quant à l'état de fatigue des joueurs, et surtout, les critiques sur la qualité du jeu se justifient pleinement avec le recul de quelques mois. Que les surprises ne manquent pas dans un tel tournoi, cela fait partie de son essence, mais qu'il y en ait eu autant a été le symptôme d'un dérèglement profond, bien plus que de la seule montée en puissance des petites-équipes-qui-n'en-sont-plus. Qu'on n'y voit pas trop vite dans cette opinion l'effet de la vexation provoquée par l'élimination précoce des Bleus. Même sans la France dans la dernière phase, la Coupe du monde aurait pu être belle, est-il besoin de le dire? Et même avec la France dans le rôle du Brésil, il nous aurait été bien difficile de nier la piètre qualité du jeu et du spectacle offerts. L'épopée coréenne, l'affiche de l'ultime rencontre, la victoire du Brésil et la résurrection de Ronaldo (par la grâce d'un doublé en finale qui ne saurait être dévalué au pays de Zidane) ont de fait sauvé la face d'une Coupe du monde terne, largement dépourvue de matches de légende et même d'exploits individuels. Aucune équipe, pas même le Brésil et surtout pas les autres favoris, n'a atteint un niveau d'expression exceptionnel — à l'exception de la Corée qui a véritablement joué au football. Les prestations laborieuses ou les absences des plus grands joueurs, la faillite de certaines de leurs sélections expliquent en grande partie ce déficit Ces constats ne retirent rien à la gloire d'un cinquième titre pour la Seleçao (voir Le Brésil cinq fois plus grand), mais ils signalent bien l'urgence d'une réflexion sur l'évolution du football professionnel et sur le statut des sélections nationales et de la Coupe du monde. Afin que celle-ci ne soit pas seulement le moment d'un audit de la dégradation du jeu et de la prépondérance écrasante pris par le football de clubs. Ajoutons que le rapport fournit une analyse par équipe et des statistiques assez complètes, et qu'elle est disponible au format pdf (288 pages en quatre langues). Télécharger le rapport (27Mo) ou le consulter en ligne. Les membres du groupe d'étude technique de la FIFA Joseph Venglos (Slovaquie) - Abedi Pele (Ghana) - Carlos Alberto Parreira (Brésil) -Frank Farina (Australie) - Lim Kim Chon (Malaisie) - Francisco Maturana (Colombie) - Holger Osieck (Allemagne) - Ivica Osim (Bosnie-Herzégovine) - Alvin Corneal (Etats-Unis) - Anghel Iordanescu (Roumanie) - Andy Roxburgh (Ecosse).
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