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Curtis Midfield et Pierre Martini

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"La face cachée de L'Equipe"

Un rocher si cher

Monaco-Bordeaux, le vrai sommet du championnat, a été l'occasion pour nos envoyés spéciaux en Monte-Carlie de sonder les mystères de l'ASM. Reportage, images, récit et ethnographie expéditive du Rocher, un tout-en-un qui pourrait nous valoir le Prix Sulitzer.

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Un club fantôme dans une ville factice

Pour bien saisir l'extrême singularité de l'AS Monaco, il faut d'abord se promener dans une Principauté qui se laisse largement saisir par ses signes extérieurs. En résumé : un empilement invraisemblable de bâtiments dont la médiocrité architecturale est confondante (de la pâtisserie début de siècle jusqu'aux tours hideuses et roses des dernières décennies), traversé par un lacis autoroutier qui laisse au piéton peu de chances de survie.

 

Quelques édifices plus symboliques, comme le Casino ou le Palais, mais qui font irrésistiblement penser à un décor d'opérette ou à un Disneyland pour riches. Une concentration exceptionnelle de femmes entre deux eaux, toujours décolorées et plus ou moins fanées, mais bien mariées. Un policier à chaque carrefour. Et bien sûr, un luxe qui s'étale partout et sans retenue, avec pour manifestation majeure un parc automobile qui fait qu'en dessous de la Mercedes ou de la Porsche, vous n'êtes pas grand-chose.

 


Un parking à Monaco.

 

Alors que l'univers de la Formule 1 est omniprésent, ne serait-ce qu'avec les bordures rouges et blanches sur le parcours du circuit, il faut chercher longtemps des traces de l'AS Monaco. On voit toutes sortes de t-shirts et autres colifichets touristiques, mais aucun n'est siglé au nom du club.

 

Et quand du haut du Palais on regarde vers le Cap-d'Ail, le Stade lui-même est parfaitement camouflé dans le décor, ne dépassant pas les autres constructions dans cette zone étonnamment plane pour la topographie monégasque, et se fondant dans les couleurs locales (saumon et beige). L'autre étape majeure de ce parcours initiatique express, c'est la visite au centre d'entraînement du club à La Turbie, village qui surplombe le Rocher. Un chemin bitumé y monte depuis la départementale et débouche sur le parking.

 

L'inventaire des infrastructures est vite fait. Trois algecos, un terrain en herbe et un demi terrain en synthétique. Une misère digne d'un club de district, qui confirme la place accordée au football par la principauté: vitrine pour l'extérieur, il existe à peine aux yeux des Monégasques. L'incongruité majeure étant que cette équipe a déjà remporté des titres de champion de France et compté des joueurs exceptionnels dans son effectif.


À gauche, l'entrée spectaculairement du centre d'entraînement. À droite, ses locaux. Des hordes de supporters belliqueux attendent les joueurs à la sortie des "vestiaires".

 

Alors que l'ASM connaît des difficultés financières que l'on croyait réservées à des clubs moins nantis, et au lendemain de la défaite de Jean-Louis Campora aux élections nationales (il y a perdu son siège de président du conseil), les incertitudes sont nombreuses pour un club potentiellement menacé par la DNCG en raison d'un déficit estimé à plus de 50M€ (l'instance a interdit les recrutements et refusé de valider la prolongation de contrat de Gallardo).

 

Après le veto princier opposé à Fedcominvest en raison des liens présumés de ce groupe avec les réseaux mafieux russes, deux tours de table d'investisseurs sont pressentis pour une reprise, mais celle-ci dépend en partie du bilan sportif de la saison — un titre ou une qualification en Ligue des champions éclaircirait évidemment l'horizon. Pourtant, la reprise devrait être finalisée fin mars, selon Campora (AFP 25/03). Mais la question reste pendante: à quoi sert l'ASM?

 

Louis II : une beauté intérieure

Le camouflage du stade en équipement urbain banalisé est confirmé par son aspect extérieur, celui d'immeubles de bureaux sans autre caractère que le style douteux de la pire architecture des années 80. Confirmation à l'intérieur, dans les couloirs et les escaliers dont l'habillage accumule des horreurs très datées: crépi jaunâtre ou carrelage vert sur les murs, sols en plastique marron, éclairage au néon…

 

Le contraste est donc saisissant une fois entré dans l'enceinte, où le stade s'avère une franche réussite. L'ordonnancement des tribunes est assez harmonieux, ponctué par les imposants piliers aux quatre angles. La lourdeur du toit est compensée par sa forte inclinaison et par l'ouverture de la tribune sud-ouest vers la mer, au travers de ses grandes arches verticales.

 

Louis II en impose en dépit d'une capacité modeste 16.000 places). Chose rare, les matériaux de ce stade inauguré en 1985 ont remarquablement bien vieilli. Au vu de gradins fort dignement remplis (13.000 spectateurs), on doit vite relativiser le cliché sur l'absence de public à Monaco. Des embouteillages exceptionnels ont même préludé à cette rencontre au sommet.

 

Un groupe de supporters tâche de donner des allures de kop à une tribune "pesages" bien remplie, tandis que le public des latérales s'avère familial, avec une forte représentation féminine. Une assistance attentive mais pas très fervente, d'autant que l'acoustique n'est pas exceptionnelle dans ce stade d'athlétisme qui éloigne en outre les spectateurs de la pelouse.

 

Monaco-Bordeaux, le match

Notre placement juste derrière les bancs de touche nous vaut la présence des braillards de service qui profitent de la possibilité de passer directement leurs consignes à Didier Deschamps. C'est la présence de Gallardo sur le banc qui motive leurs invectives, Nonda étant également assez peu apprécié, en raison notamment de ses replacements très symboliques. La première mi-temps est placée sous une nette emprise monégasque, les occasions s'enchaînant dès les premières minutes au bout des pieds de Giuly, Rothen, Prso ou Nonda.

 

La densité et l'engagement au milieu donnent l'avantage aux joueurs locaux, qui privent les Girondins de solutions. On croit à un rééquilibrage à hauteur du premier quart d'heure alors que le jeu devient plus brouillon, mais les occasions des rouge et blanc s'enchaînent à une fréquence élevée. Celles de leurs adversaires sont plus sporadiques, mais rappellent que le danger n'est pas annihilé. La parfaite symétrie des 4-4-2 et le pressing dans l'entrejeu empêchent la confrontation d'atteindre un grand niveau d'expression, le combat se limitant souvent à la zone des récupérateurs.

 

Ce sont les meneurs excentrés qui en pâtissent: Feindouno est contraint de jouer trop bas, Savio, qui semble manquer de densité physique, ne s'exprime que par intermittences. En face, Rothen rate quelques transmissions et Giuly, après une bonne entame, peine à trouver les décalages décisifs, mais l'emprise des hommes de Deschamps est marquée.

 

La seconde période est plus à l'avantage des visiteurs, qui essaient de construire leurs offensives par une bonne circulation du ballon, là où les Monégasques tentent d'alerter leurs deux pointes par des passes longues et plus immédiates. Ils y perdent au change, d'autant que leurs ailes sont bien neutralisées. Giuly rate un duel face à Ramé — probablement le meilleur joueur de la soirée, décisif dans les airs et dans les face-à-face.

 

Les occasions s'amenuisent ensuite, jusqu'à un coup de Trafalgar passé plutôt inaperçu sur le moment. Sur une offensive de Monaco, Pauleta est sévèrement touché et plusieurs joueurs des deux équipes s'arrêtent de jouer, les Monégasques faisant signe de mettre la balle en touche. Mais Darcheville est déjà lancé en profondeur. Avec un grand pont et une course tout en vitesse et en puissance, il élimine Evra et Cubilier et au bout d'un long contrôle, trompe Roma venu à sa rencontre.

 

La défense centrale monégasque, portée disparue sur l'action, est certainement plus à blâmer que le Guyanais, surtout coupable d'avoir marqué un but superbe et fait la nique à des supporters qui raillaient le "petit gros" depuis quelques minutes.


Elie Baup n'aura pas eu à ruer dans les brancards.

 

Giuly est furieux, mais sa révolte et celle de ses coéquipiers est trop tardive dans ce dernier quart d'heure qui voit la tension monter, les cartons tomber et Gallardo entrer. Bernardi déclenche une frappe à la Deschamps, mais c'est surtout Rodriguez qui joue de malchance. Son tir du gauche trouve une trajectoire parfaite dans une forêt de joueurs, mais le poteau le repousse. Un ultime coup franc de Gallardo file au-dessus de la barre en même temps que les derniers espoirs monégasques.

 

Les mots pour le dire

Un supporter girondin visitant la ville : "Ils doivent se faire chier toute l'année là-dedans". Un supporter monégasque à son voisin : "Nonda il est sourd, j'en suis sûr". Un supporter monégasque à Didier Deschamps : "Mais t'as qu'à le dire que tu peux pas le sentir Gallardo".

 

Un supporter monégasque à Elie Baup : "Oh Elie, un sourire, allez un sourire Elie, tu le sais que c'est des tueurs" (à propos de Costa et Smertin).

 

Les observations

Un "groupe" de supporters a tagué son nom sur un bout de drap: "Les Glandeurs".

Le panneau d'affichage donne les dixièmes de seconde. C'est pour chronométrer Darcheville?

A Louis II, il y a une tribune qui s'appelle "populaires".

 

La note de frais Prix du billet : 23€ en tribune "première" (au centre de la latérale). Pour un match de gala et des places aussi bonnes, le rapport qualité prix est exceptionnel. Soda 2€ ; Café 1€ ; Sandwich ou hot dog 3€… Là encore, on est bien loin du matraquage tarifaire pratiqué dans la plupart de nos enceintes. Nuit à l'hôtel Hermitage en chambre simple avec balcon sur la mer : 750€. Frais divers (Casino, call-girl, dîner dans la chambre) : 8.500€.

 


Contrairement à la tradition, nous n'avons pas rapporté de photo des pissotières, mais cette boutique du supporters accolée au stade en tiendra lieu.
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