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Jamel Attal

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A la porte du Graal

Un quart plus loin

L'équipe de France avance dans l'Euro en présentant un visage différent à chaque apparition sans que sa supériorité ni sa cohérence ne semblent menacées, malgré les aléas… Un article qui répond aussi à la question: "Quel est le con qui a critiqué Djorkaeff sur ce site?"
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Variations sur le même bleu.
Du Danemark jusqu'à l'Espagne, l'équipe de France a livré des parties assez diverses, avec une seule constance: le sentiment de sa force, dont le score a toujours fini par témoigner. Globalement, la souffrance du supporter est bien moindre qu'au Mondial, loin d'un France-Paraguay irrespirable ou d'un France-Italie de dernière extrémité. Cette fois, la sélection nationale construit et préserve ses victoires, malgré une marge encore étroite contre les Tchèques et les Espagnols. Elle survit même à des bévues qui lui ont coûté à Bruges la bagatelle de deux penalties, et là il faut bien parler un peu de chance. On a donc trouvé dans ses résultats plus que dans son jeu cette assurance qui confirme un délicat statut de favori, face à des adversaires très difficiles contre lesquels elle n'aura pas laissé trop de plumes mais n'aura pu se libérer totalement (sauf paradoxalement contre les Pays-Bas).
Preuve de sa capacité à nous réserver des surprises, cette équipe voit certains de ses joueurs aligner des prestations étonnamment contrastées d'un match à l'autre, sans que celles-ci ne portent préjudice à la victoire finale. Ainsi aura-t-on vu lors de ce quart (et on ne lui en voudra pas) un Thuram très désorienté, en visible et croissante perte de confiance au fil du temps. L'autre surprise vient aussi d'un Henry très en deçà de ses prestations précédentes, qui a offert peu de solutions et s'est créé peu d'occasions. Mais il est finalement assez peu intéressant de dresser des bilans individuels (même aussi positifs que ceux de Vieira ou Dugarry, pour n'évoquer que deux joueurs qui soulèvent encore certains réticences).
Difficile, donc, de tirer des certitudes tactiques de ces variations, le jeu de cette équipe ne procédant pas forcément des hommes sélectionnés et de leur disposition sur le terrain. Aux chapitres de l'assise défensive ou de l'animation offensive, le débat sur les deux ou trois milieux récupérateurs apparaît désormais d'autant plus vain que l'une ou l'autre option ne semble pas être une variable très significative, comme si la sélection tricolore disposait d'une cohérence interne qui dépasse les schémas avec lesquels on veut la décrire. En poussant un peu, on dirait qu'elle confine à l'abstraction, que sa force est ailleurs, insaisissable. L'équipe de France garde ainsi un certain mystère, qu'elle éclaircira peut-être dans les deux matches à venir…

Quel est le con qui a critiqué Djorkaeff sur ce site?
. Soyons clairs, c'est l'auteur de cet article, qui se doit de faire mieux en matière de repentance que ses confrères (?) d'un célèbre quotidien sportif. Il y a quelques numéros (Cahiers 28), nous avions mis en évidence les paradoxales médiocres statistiques de Youri avec les Bleus depuis 4 saisons (14 buts dont 4 penalties avant l'Euro), loin du mythe que l'attaquant entretenait savamment auprès de journalistes qui l'adorent. Mais depuis le Tournoi au Maroc, il s'est évertué brillamment à tourner en ridicule cette condamnation, marquant dans cet Euro deux buts aussi superbes qu'importants, réussissant à être à nouveau celui grâce auquel les matches basculent.
On ne tournera pas sa veste au point de ne plus voir les défauts du joueur, qui deviennent certes moins rédhibitoires quand il justifie les qualités qu'on lui prête (un soir comme celui-ci, on ne comptera pas les ballons perdus mais plutôt les coups francs obtenus) mais si Djorkaeff est bien redevenu lors des cinq dernières rencontres le vrai grand scoreur qu'il avait cessé d'être depuis des années, nous ne suivrons pas son grand fan Pierre Ménès (L'Equipe) qui dans une hallucination rétrospective le revoit comme "buteur décisif" au Mondial 98 (1 but sur penalty contre le Danemark!). Et nous restons convaincus qu'avec lui sur le terrain, l'attaquant de pointe est condamné à évoluer dans une terrible solitude… Mais aujourd'hui nous nous inclinons devant l'évidence, et nous faisons à Youri nos excuses (sauf s'il s'avérait que ce sont les critiques des Cahiers qui ont aiguillonné son orgueil!).
Il est donc préférable de se tromper dans ce sens-là: sur ces pages, on ne sera jamais déçu des victoires de l'équipe de France. On écoutera donc sans s'étrangler Djorkaeff s'affirmer comme le joueur providentiel qu'il a aurait été sans trêve, on lira sans soupirer les célébrations admiratives de journalistes qui vont lustrer leurs clichés sur le Franco-arménien. Puisse l'avenir et Youri continuer de nous énerver ainsi!

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