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Pierre Didier

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Le cahier de vacances de l'Euro

Un premier tour « attaque-défense » peu prolifique

Une équipe qui domine mais marque peu, une autre qui subit et peine à contrer: tel aura été le scénario d’un nombre inhabituellement élevé de rencontres lors du premier tour de cet Euro. Explication en chiffres.

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Si juger de la qualité footballistique d’un tournoi est un exercice en partie subjectif, il est en revanche plus difficile de nier la polarisation "attaque-défense" d’une quantité inaccoutumée de matches disputés jusqu’à présent dans cet Euro, ainsi que le montrent les statistiques qui suivent.

 

58%. C’est le pourcentage de matches de la phase de groupes au cours desquels une équipe a tiré au moins deux fois plus au but que son adversaire. Un ratio élevé, très élevé même, comparé à celui observé à l’Euro 2012 et au Mondial 2014.

 

 

L’indicateur a beau ne pas être parfait (la manière de comptabiliser les envois peut prêter à débat, leur qualité n’est pas prise en compte, et il arrive qu’une équipe avec une possession de balle inférieure à celle de son adversaire tire davantage au but que lui), son évolution drastique par rapport à 2012 et 2014 renforce l’impression d’un premier tour surtout constitué de matches à sens unique, là où les deux précédents tournois internationaux offraient une plus grande variété de confrontations.

 

 

Nombre de tirs totaux par match en baisse

Dans la lignée de cet indicateur s’ajoute également l’ampleur du ratio "tirs obtenus vs tirs concédés" remarquée lors de plusieurs rencontres, une ampleur largement supérieure aux cas les plus extrêmes observés pendant les compétitions 2012 et 2014, dont aucun match du premier tour ne surpasse le Top 5 de 2016 en ce qui concerne cette statistique.

 

 

56%. C’est la proportion de matches où une équipe a eu au moins 60% de possession de balle, un indicateur lui aussi en augmentation significative par rapport à 2012 et 2014.

 

 

-18%. C'est la chute du nombre de tirs décochés par les équipes frappant le moins souvent au but.

 

 

Par rapport à 2012, le nombre moyen de tirs par match diminue sensiblement (quasi trois en moins), en partie du fait des "dominants" (un tir en moins par rapport à il y a quatre ans), mais surtout du fait des "dominés", lesquels ont éprouvé bien plus de difficultés à se procurer des occasions que leurs homologues de 2012 et 2014 (près de deux tirs en moins).

 

 

Buteurs en berne

C’est une autre caractéristique de ce début d’Euro: le faible nombre de buts inscrits (1,9 par match au cours du premier tour, contre 2,5 en 2012 et 2,9 en 2014). L’approche défensive (ou du moins prudente) adoptée par nombre d’équipes est régulièrement mentionnée comme cause principale à cette situation. Est-ce vraiment le cas? Tentative de contextualisation.

 

Première observation, déjà relevée dans le tableau précédent: l’Euro 2016 est un tournoi où l'on tire moins comparé à 2012 (trois tirs en moins par match, soit une baisse de 10%). Mais, comme également révélé par ce même tableau précédent, cette diminution est surtout vraie dans le chef des équipes "dominées" (-18%), les équipes "dominantes" tirant un peu moins que leurs homologues de 2012 (-5%) et davantage que celles du Mondial brésilien (+11%). En fait, vue la configuration de la plupart des matches, il n’aurait pas été illogique d’assister à un grand nombre de victoires avec de gros écarts, ce qui n’a pas été le cas.

 

Pourquoi? D’abord parce que les "dominants" de 2016 ont moins cadré que leurs devanciers. C’est marginalement vrai par rapport à 2012 (-1%), bien davantage par rapport à 2014 (-7%).

 

 

Idem ensuite pour ce qui est du taux de conversion d’un tir cadré en but, en baisse également par rapport à 2012 (-3%) et surtout 2014 (-10%).

 

 

En résumé, l’Euro 216 est marqué par un nombre de tirs assez proche de ceux observés en 2012 et 2014 de la part des équipes "dominantes", mais aussi par un manque de précision dans leur finition. Ce constat tient-il à la difficulté de se ménager de bonnes positions de tir face à des équipes regroupées? Sans en faire un juge de paix irrévocable, l’analyse des "Expected Goals" tend à relativiser cette explication, le nombre de buts "attendus" depuis le début de la compétition tournant autour de 77, alors que 69 ont été effectivement inscrits. Cela laisse à penser que le problème n’a pas tant été de se procurer des opportunités satisfaisantes que de les conclure victorieusement.

 

Manque de réussite? Maladresse des attaquants? Derniers remparts performants? Combinaison de ces trois facteurs, comme lors du match Allemagne-Irlande du Nord? D’autres analyses (par exemple, le nombre de fois qu’un ballon a frappé le cadre comparativement à 2012 et 2014) éclairciront peut-être ces questions. En attendant, et en guise de conclusion, se permettra-t-on de passer du côté du ressenti, celui d’abord de ne pas avoir assisté à quantité de parades sortant de l’ordinaire de la part des gardiens de but; celui ensuite, et peut-être avant tout, d’un manque d’efficacité dans le dernier geste de la part des attaquants, lesquels auraient ainsi eux aussi une responsabilité non-négligeable dans le sentiment régulièrement entendu d’un Euro 2016 au premier tour footballistiquement peu chatoyant.

 

Toutes les statistiques citées dans cet article ont été obtenues à partir de données collectées sur le site www.whoscored.com, exception faite de celle sur les "Expected Goals", obtenue à partir des informations Opta relayées par le compte Twitter 11tegen11.

 

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