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Un bâton dans le Guy Roux

L'entraîneur lensois prend sa retraite en rase campagne et laisse le Racing en plan. Mais il n'a pas oublié de mettre en scène – à son avantage – ce brusque revirement.

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Trois petits tours et puis s'en va. Au risque de prouver qu'il s'est définitivement assimilé à sa marionnette (des Guignols), Guy Roux s'est fendu d'une pirouette professionnelle qu'on pense ultime – jusqu'au prochain come-back de la Line Renaud du football français.


En exclusivité... pour les trois émissions du week-end, Roux a expliqué ses états d'âme. Le choix des mots aurait pu être touchant s'ils n'avaient été répétés à l'identique sur toutes les ondes. Il a même, grillant une dernière fois la vedette à son ex-président, annoncé sur TF1 le nom de son successeur. Prouvant ainsi cette tendance à mettre en scène ses départs, comme ce soir de victoire en Coupe de France où il avait ravi la vedette à ses propres joueurs pour livrer la primeur de ses adieux au micro de Christian Jeanpierre.



Date de péremption

Chacun sera juge pour déterminer si cette démarche relève d'une honnêteté qui honore le bonhomme lorsqu'il fait l'aveu de sa faiblesse, ou s'il témoigne, une fois de plus, de l'extraordinaire égoïsme du personnage. Comme l'événement est accueilli avec une bienveillance qui ne dément pas les décennies d'indulgence dont il a bénéficié, on nous permettra de charger plutôt l'autre côté de la balance. Au crédit de la thèse critique, il y a en effet le constat que durant deux mois, il a occupé l'avant-scène médiatique avec une puissance assez incomparable. Non seulement au travers de son retour à des fonctions sportives, mais également de la polémique sur la limite d'âge, qu'il a initiée en sous-main, se laissant ensuite instrumentaliser par le gouvernement du "travailler plus" (lire Guy Roux Manager 1938).


De ce seul point de vue, l'ironie de cet retrait est plutôt cinglante. On avait voulu en faire un symbole de la vitalité des seniors et de la capacité de leur passion à prolonger leur vie professionnelle. Parions que le symbole ne servira pas dans l'autre sens aux yeux des deux ministres et du président qui s'en étaient emparés, et que ni Nicolas Sarkozy, ni François Fillon ne viendront discourir au chevet de cette victime-là.


Culotté, Roux affiche, cette fois, son souci de laisser la place aux jeunes, de donner une chance à ces entraîneurs de talent restés sans emploi (car, quand il a signé, "le marché n'était pas terminé, on ne savait pas qui resterait"). Sans vergogne, il parvient à travestir en générosité un revirement de position auquel il a été contraint.



Lens reste en plan

Il resterait, ensuite, à débattre de l'erreur objective qu'a constitué ce retour. Roux en fait porter en partie le chapeau à ceux qui lui ont fait des propositions qualifiées de "traquenard". Il est par ailleurs assez difficile de s'en tenir à la seule explication médicale, traduite en langage footballistique par un déficit hormonal de grinta, tant les décalages avaient été patents entre le nouveau technicien et le staff nordiste – Roux lui-même n'ayant pas lésiné sur les allusions et les petites phrases douces-amères. Ainsi, en dehors d'une série de résultats médiocres, le mandat rouxien restera marqué par "l'affaire du sparadrap": un conflit mesquin avec l'équipementier du RCL qui ne lui proposait pas de contrat individuel et se vit sanctionné par une dissimulation de logo.

 

Un journaliste de L'Équipe soulignait naïvement, dimanche, que Gervais Martel était apparu "presque plus touché que Guy Roux". Il peut. Car si l'un va pouvoir vaquer à ses occupations, l'autre devra gérer un changement d'entraîneur après cinq journées de championnat, lequel nouveau venu héritera d'une situation sportive (classement et recrutement) plutôt pénalisante.

 

Au-delà du destin individuel de l'ex-entraîneur lensois, se pose de nouveau la question de la gestion du Racing. Supposée exemplaire avec l'exploitation de son assise populaire, la construction de son centre ultramoderne de La Gaillette et l'exploitation avisée de Bollaert, elle n'en finit pas de montrer des limites qui, pour n'être pas rédhibitoires (le club n'est pas passé loin de la qualification en Ligue des champions la saison passée), sont tout de même inquiétantes.

 

Ce n'est plus le problème de Guy Roux, qui va voguer vers d'autres contrats. Son image ne pâtira pas vraiment de cet écart, qui sera logiquement considéré comme marginal dans son parcours. On se souviendra peut-être qu'il s'est trompé sur lui-même. Ce qui lui fera un point commun avec tous ceux qu'il a trompés sur lui-même.

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