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Jérôme Latta

 

Chef d'espadrilles.


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Arbitre simple flic

Ultras, moderne solitude

Plusieurs groupes de supporters se sont associés pour lancer un appel sous la bannière "Union contre la répression", appel remarquablement ignoré par les médias. On les rejoindra sur le chapitre de la liberté d'expression, un peu moins sur celui de la pyrotechnie…

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L'appel des Ultras (diffusé sous forme de tract à l'entrée des stades) est reproduit en bas de page avec la liste de ses signataires. Plusieurs remarques s'imposent. D'abord, le remarquable mépris des médias pour cette initiative. Canal+ et TF1 qui ne s'embarrassent jamais de raconter les affaires trop compliquées pour leurs spectateurs ou trop sensibles pour le milieu (affaire Chilavert, transfert de Beneforti, négociation des droits télé pour prendre des exemples récents), ont filmé incidemment les banderoles sans donner la moindre explication. Une brève dans L'Equipe, aussi peu détaillée que possible, ne nous en a pas appris beaucoup plus. C'est un fait, le peuple des spectateurs et des supporters de football n'intéresse absolument pas nos médias, surtout si ses modes d'expression collective ne consistent pas à fracasser des voitures sur le parking des joueurs (sujet plus vendeur).


"Philosophie" interdite

C'est pourtant bien d'expression et de liberté d'expression qu'il s'agissait, les associations de supporters se mobilisant en partie contre l'application abusive de l'article 7 du règlement intérieur dans les stades, ainsi formulé: "Les documents, badges, insignes ou banderoles de toute taille de nature politique, idéologique, philosophique ou publicitaire, ou tout support qui serait utilisé à des fins commerciales pouvant être vus par des tiers sont interdits". On ne va pas soutenir aveuglément ici des Ultras dont certains sont parfois les auteurs de débordements (violences physiques et verbales, xénophobie latente de certaines tribunes, bêtise régionaliste) parfaitement insupportables (voir par ex. Tristes stades, octobre 2000). Mais il s'agit de bien estimer ce qui est en jeu.


De quels messages "philosophiques" les supporters peuvent-ils se rendre coupables? Si l'on veut bien, par hypothèse, mettre de côté les basses et stupides provocations qui adviennent marginalement, quelle est la teneur desdites banderoles? En dehors des encouragements à l'équipe et de l'auto-célébration des supporters, il s'agit par exemple d'hommages aux camarades disparus, forcément consensuels, et qui permettent aux supporters de se donner le sentiment légitime d'une communauté. Mais aussi et surtout, de critiques contre les dirigeants des clubs eux-mêmes ou les instances sportives le cas échant, voire dans certains cas contre les sponsors (citons le "maillot Niké" moqué au Parc des Princes). Et puis parfois c'est vrai, un peu de poésie lyrique ou d'humour…


 


Ça aussi, c'est interdit ?

 

La sanctuarisation des stades

Qu'on juge ces manifestations justifiées ou non, c'est bien cette possibilité de s'exprimer qui est visée et qui contrevient au désir des dirigeants de voir les stades devenir de purs espaces publicitaires (visant le monopole des "fins commerciales"). Il faut mettre en parallèle cette tendance à nettoyer les tribunes de toute expression critique avec celle qui voudrait empêcher les joueurs de véhiculer autre chose que des messages publicitaires (voir Footballeurs et conscience politique, avril 98, Ferme ta gueule et tais-toi, septembre 99 et Elégance et bonne tenue, mars 2002).

 

Le stade doit-il et peut-il même être cette zone de non-droit au seuil duquel le citoyen doit laisser son cerveau à la consigne? On sait pourtant qu'à trop vouloir chasser la politique, celle-ci revient parfois par la fenêtre et pas toujours avec les meilleures intentions. La thèse du sport comme sanctuaire compte ses plus fervents défenseurs parmi les supporters eux-mêmes, pour lesquels le mélange des genres entacherait la supposée virginité politique de leur passion. Paradoxalement, c'est cette logique poussée à l'extrême qui veut maintenant les réduire à l'état d'agents d'ambiance et de gentils abonnés.


Fumigènes, pas de plaisir

On sera plus réservé quant à l'autre volet des revendications des Ultras, qui protestent contre les sanctions sévères prévues en cas de détention de fumigènes et défendent l'emploi de ceux-ci comme éléments du spectacle. L'intérêt de répandre un épais brouillard sur la pelouse n'est pourtant pas avéré, et surtout, le lancer de fumigènes et le tir de fusées sur les supporters adverses est une des pires et des plus habituelles plaies constatées dans nos enceintes (voir Pas de fusées sans bœufs, avril 2000).Les Ultras parlent d'"utilisation raisonnable" et d'"usage festif" des fumigènes, et prônent la responsabilisation des groupes et la coopération avec les clubs. Mais il y a là un peu d'hypocrisie.

 

Toutes puissantes dans leurs gradins, les associations devraient avoir déjà rappelé à l'ordre les auteurs de ces gestes imbéciles et fait preuve de leur capacité d'autodiscipline. Pour convaincre leurs interlocuteurs d'aménager l'interdiction théorique de tout produit pyrotechnique, elles doivent encore apporter la preuve de leur maturité et bien cerner les limites acceptable de leur folklore. En attendant, il serait juste que des pratiques tolérées jusqu'à présent ne fassent pas l'objet d'une répression aveugle.
 


Le communiqué des Ultras
Malgré les rivalités sportives, les Ultras de France s'unissent pour dénoncer la répression dont ils font l'objet. Ainsi, une banderole commune "Union contre la Répression" sera posée dans la majorité des stades Français. Rappelons que les Ultras sont des supporters passionnés par leur club et l'animation des tribunes, loin des clichés réducteurs qui ont abouti à des lois qui se révèlent véritablement anti-supporters. Face à des sanctions qu'ils jugent excessives, les Ultras, organisations reconnues par leur club respectif, s'organisent :
* POUR défendre leur liberté d'expression menacée par l'article 7 du règlement intérieur dans les stades "Les documents, badges, insignes ou banderoles de toute taille de nature politique, idéologique, philosophique ou publicitaire, ou tout support qui serait utilisé à des fins commerciales pouvant être vus par des tiers sont interdits". S'il est normal d'interdire les excès, cela ne doit pas être un prétexte à une censure totale rendant condamnable la moindre banderole de soutien. La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme, et les supporters entendent bien en bénéficier.
* CONTRE les sanctions disproportionnées qui frappent les supporters. Comment comprendre qu'un supporter encourt jusqu'à 15 000 euros d'amende et 3 ans d'emprisonnement pour avoir utilisé un fumigène? Contrairement aux idées reçues, un fumigène ne présente aucun danger dès lors qu'il est entre les mains d'une personne raisonnable. Les Ultras comprennent la condamnation des fumigènes en tant que projectiles mais demandent la fin des sanctions pour l'utilisation raisonnable de ceux-ci. Responsabilisation des groupes de supporters et coopération avec le club doivent permettre un usage festif des fumigènes en toute sécurité. L'opération de ce week-end, une grande première en France, a pour objectif de sensibiliser la Ligue et les autorités à ces problèmes et d'ouvrir le dialogue.
Avec l'espoir que le spectacle puisse continuer, sur le terrain comme dans les tribunes, se sont associés à l'action : BARBARIANS, LE HAVRE. BOULOGNE BOYS, SUPRAS, PARIS. BRIGADE LOIRE, NANTES BRIGADE SUD, NICE. FURIOSI, CLERMONT. HORDA FRENETIK, METZ. INSULA, DVE, DOGUES UNITED, LILLE. JOYRIDERS, SOCHAUX. KOP ROUGE, GUINGAMP. MAGIC FANS, SAINT-ETIENNE. MALHERBE NORMANDY KOP, CAEN. NUCLEO ULTRA LYON, LUGDUNUM'S, LYON. MERLUS ULTRAS, LORIENT. RED TIGERS, LENS. ROAZHON CELTIK KOP, RENNES. RUDE BOYZ, BLUE ANGELS, AUXERRE. SNIPERS, NANCY. ULTRAS, TOULOUSE. ULTRA BOYS 90, STRASBOURG. ULTRAS, GUEUGNON. ULTRAS LANGUEDOC, BUTTE PAILLADE, MONTPELLIER. ULTRAS, NIORT. ULTRAS, WASQUEHAL. ULTREM, REIMS.


Annexe : le règlement intérieur des stades adapté de la loi Alliot-Marie semblait pourtant suffire : 5) Le port de tout uniforme, insigne, emblème portant atteinte au respect de la personne humaine et de sa dignité est interdit. Tout contrevenant sera mis à la disposition des services de police et fera l’objet de poursuites pénales. Article 42-7-1 de la loi du 16 juillet 1984 modifiée : "L’introduction, le port ou l’exhibition dans une enceinte sportive, lors du déroulement ou de la retransmission en public d’une manifestation sportive, d’insignes, signes ou symboles rappelant une idéologie raciste ou xénophobe est punie d’une amende de 15 000 € et d’un an d’emprisonnement". 6) Les cris, les chants, les interpellations ou les menaces ayant pour objet de provoquer les spectateurs à la haine, à la violence, à la discrimination raciale tant à l’égard de l’arbitre qu’à l’égard d’un joueur, d’une équipe ou de tout ou partie du public sont interdits. Article 42-7 de la loi du 16 juillet 1984 modifiée : "Sera punie d’une amende de 15 000 € et d’un an d’emprisonnement toute personne qui, lors d’une manifestation sportive ou de la retransmission en public d’une telle manifestation dans une enceinte soumise à homologation aura par quelque moyen que ce soit provoqué des spectateurs à la haine ou à la violence à l’égard de l’arbitre ou d’un juge sportif, d’un joueur ou de toute autre personne ou groupe de personnes".

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Les stades et les supporters


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