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Ian Plenderleith

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Quand Pelé faisait l'acteur

Tschutti Heftli, de l'art dans la vignette

When Saturday Comes – Depuis 2008, les Suisses de Tschutti Heftli révolutionnent la tradition Panini: dans leurs albums, pas de photo, mais des portraits des joueurs par des artistes. Ambitieux et excitant. 

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Extrait du numéro 355 de When Saturday Comes. Titre original : "Art House", traduction Toto le zéro.

 

* * *

 

L'histoire des représentations artistiques du football est autant marquée par l'échec et la déception que le football lui-même. Il peut toutefois arriver qu'un roman, un film ou une pièce de théâtre trouve la note juste et parvienne à élever culturellement le football en offrant au public une perspective nouvelle et réjouissante. Lors de l'Euro 2016, ce fut un album de vignettes produit en Suisse.

 

Pour le cinquième tournoi masculin consécutif, le magazine trimestriel Tschutti Heftli a édité une magnifique alternative à Panini, aussi fascinante que créative: chacun des effectifs du tournoi (et une sélection des meilleures joueuses) est dessiné par un artiste différent. Les Roumains, par exemple, ont des allures de vampires et les Anglais celle de mannequins de crash-test cubistes. L'équipe d'Ukraine est figurée par des visages greffés sur des doigts, les Irlandais ont leurs os, organes et muscles apparents – donnant ainsi à Shane Long une allure à la fois élégante et grotesque.

 

 

 

Ce qui avait débuté en 2008 comme un projet annexe, avec un petit tirage et des paquets emballés à la main s'est désormais répandu en Autriche et en Allemagne. On estime que près de 2,5 millions de vignettes ont été vendues pour l'album sur la Coupe du monde 2014. Une partie des recettes est reversée à des organisations dédiées à la jeunesse, au sport et aux droits des femmes de par le monde, tandis que le reste est réinvesti dans l'album suivant. L'édition magazine de Tschutti Heftli a récemment cessé de paraître afin que l'éditeur se recentre sur les projets de vignettes, de plus en plus populaires.

 

Humour et innovation

Pour l'Euro 2016, les artistes intéressés devaient imaginer un portrait de Zinédine Zidane, les propositions étant ensuite soumises de manière anonyme à un jury. David Squires, dessinateur du Guardian et membre de ce jury, a dû choisir ses trois œuvres préférés sur 217. Selon lui, la qualité des dessins était "remarquable", mais "il valait mieux les regarder par groupe de dix, afin d'éviter une surdose de Zidane. La première sélection que j'avais faite comptait trente images environ, et il a été difficile de trancher tant elles se valaient".

 

 

 

Le projet pourrait-il continuer à se développer jusqu'à fournir une concurrence internationale à l'album Panini? "Les artistes venaient du monde entier et je pense qu'il y a une réelle envie de voir un album de vignettes alternatif", estime David Squires. "Les portraits expriment toutes les sensibilités, il y avait de l'humour et de l'innovation, de l'art traditionnel et de l'abstraction. D'ailleurs, qui n'aimerait pas ouvrir un paquet de vignettes et découvrir un 'shiny'?"

 

Le terme désigne les cartes représentant les symboles des pays réinterprétés sur un fond de couleur argentée, à côté d'un autoportrait des artistes. L'une d'entre eux, Moni Port, basée à Francfort, a croqué les joueurs de l'Irlande du Nord se couvrant pour la plupart le visage avec les mains ou le maillot. "Mon thème de prédilection a toujours été les gestes et les expressions de déception ou de défaite. J'ai toujours été touchée par ces images de tragédie et de désespoir au football", explique-t-elle. Son premier portrait footballistique était un Christian Vieri effondré après le but en or d'Ahn Jung Hwan pour la Corée du Sud lors de la Coupe du monde 2002.

 

 

Panini pour adultes ?

Moni Port s'est vu attribuer l'Irlande du Nord après avoir été retenue parmi les vingt-cinq artistes pour l'album. Elle a d'abord eu quelques scrupules à représenter une équipe qu'elle ne connaissait pas comme si celle-ci venait d'être éliminée, "alors j'en ai fait quelques-uns en train de célébrer. J'ai regardé plusieurs vidéos et effectué des recherches sur tous les joueurs, auxquels j'ai vraiment fini par m'attacher". Elle a supporté l'équipe durant le tournoi jusqu'à leur élimination, "mais en fait, j'aurais préféré illustrer les joueurs après l'Euro, car ce n'est qu'en les supportant que j'ai appris à les connaître".

 

Les gravures en noir et blanc de Taco Hammacher, artiste suisse, d'une équipe russe d'aspect sinistre devaient "conférer un certain aspect dramatique et évoquer l'époque soviétique". Les Russes qu'il connaît "sont souvent disciplinés et peuvent paraître un peu froid", selon lui. "Ils sont mélancoliques, et pourtant cette façade cache parfois une âme émotive et passionnée ainsi qu'une bonne dose d'humour salvateur. Grâce à un style simple et discret ainsi qu'un jeu d'ombre et lumière bien déterminé, j'ai essayé que ces portraits combinent les stéréotypes et ma propre expérience".

 

 

 

Selon l'artiste de Bienne, Tschuttiheftli représente "une initiative admirable" car il ne s'agit pas de réaliser un profit, mais d'apporter un peu de joie et de créativité autour du sport. "Parler d'art, néanmoins, ajoute-t-il, est peut-être un peu exagéré". Moni Port, pour sa part, tempère mon idée selon laquelle les vignettes artistiques pourraient supplanter Panini. À la bourse d'échange hebdomadaire de Francfort durant l'Euro, selon elle, "quasiment tous les enfants collectionnaient des Paninis, tandis que les collectionneurs de Tschuttiheftli étaient, à quelques exceptions près, tous des adultes". Elle hésite quelques secondes après un regard sur mon propre album de vignettes posé sur la table devant nous, avant de corriger: "Des maniaques du football".

 

 

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