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Irène Dépomme

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Transferts : jusque là tout va bien

Le transfert de Figo a crevé une nouvelle barrière. Dans ce domaine l'inflation semble sans limites. L'arrêt Bosman et la richesse accrue des clubs ont modifié la donne en matière de transferts. Dorénavant tout ou presque est permis entre les différents protagonistes. Jusqu'où ira-t-on ? Nul ne le sait mais pour éviter la création d'un football à deux vitesses, les dirigeants qu'ils soient du football ou politiques devront prendre des décisions.
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Des clubs toujours plus riches
411 millions de francs. Vous le savez sans doute, ce montant est le nouveau record mondial en matière de transfert. Qu’il s’agisse de Luis Figo n’a guère d’importance. N’importe quelle autre gâchette au talent comparable dépassera rapidement ce niveau. Le marché des transferts est désormais le reflet le plus spectaculaire d’un mouvement global qui touche le monde du football professionnel européen depuis le début des années 80.
Une popularité et une médiatisation de plus en plus poussées ont entraîné dans leur sillage des rentrées financières en constante progression. Au premier rang de celles-ci, les droits T.V. En effet, depuis ces vingt dernières années, l’offre de football sur le petit écran n’a cessé de s’accroître. Produit d’appel sans équivalent, il garantit aux chaînes des rentrées publicitaires énormes. Les clubs professionnels ont rapidement pris la mesure des avantages qu’ils pouvaient tirer de cet intérêt sans cesse renouvelé. Ainsi chaque renégociation des droits télévisés voient ceux-ci rehaussés de façon spectaculaire. L’an dernier, ils constituaient 41% du budget de l’ensemble des clubs de première division en France. Sans vouloir jouer les oiseaux de mauvais augure, nous pouvons nous demander si une telle dépendance face à une même source de revenus est bien raisonnable. Que se passerait-il en cas de désaffection populaire donc médiatique? Notons cependant en guise de consolation que toutes les nations sont logées à la même enseigne sur ce sujet.
Cette surexposition télévisuelle profite également au football en lui permettant d’attirer de nombreux sponsors. Sponsoring qui devient de plus en plus souvent la première étape avant la prise de contrôle d’une équipe. Les exemples de grands groupes économiques ayant la mainmise sur un club ne manquent pas et vont de Canal Plus au PSG à la Fininvest au Milan AC en passant par M6 à Bordeaux. Situation à double tranchant pour une équipe dans la mesure où elle bénéficie d’un apport financier supplémentaire souvent considérable mais où elle se retrouve également à la merci d’un retrait de son principal investisseur.
Dans un souci de diversification de leurs sources de revenus les « gros » pays européens (Allemagne, Angleterre, Espagne, France, Italie) ont modernisé leurs installations afin d’attirer un public plus nombreux et surtout plus fidèle. Fidélité sur laquelle les dirigeants s’appuient allègrement pour exploiter au mieux les profits provenant du merchandising.
Enfin dernière source de revenus apparue tout récemment et encore marginalisée à l’Italie et l’Angleterre, l’entrée en Bourse. Là également, si les promesses (à l’image de la Lazio de Rome) sont grandes, les risques ne le sont pas moins, les profits escomptés reposant sur des résultats sportifs, Dieu merci, incertains.

Un fossé qui se creuse
En dépit de cet afflux financier permanent le marché des transferts a longtemps été maîtrisé. Dans les années 80, seuls les cas Maradona et Gullit avaient pu défrayer la chronique pour des sommes qui nous paraissent dérisoires aujourd’hui (entre 50 et 100 millions de francs, à peine de quoi se payer un Sommeil sur le marché actuel). Mais depuis le milieu des années 90 et l’arrêt Bosman, tout a changé. Cette décision de justice a fait sauter tous les verrous et a entraîné de nouveaux modes de comportements entre dirigeants et joueurs.
Pouvant picorer où bon leur semble pour peu qu’ils en aient les moyens, les premiers n’ont eu de cesse de se renforcer là où l’herbe est plus verte et les joueurs plus adroits. La généralisation progressive des achats vers l’étranger et l’inflation de moins en moins maîtrisée (surtout par les pays latins) a modifié profondément la carte du football européen. Désormais un gouffre existe entre deux types de clubs : les « nantis » et ceux qu’on appellera les « nouveaux pauvres ». L’Europe a toujours compté dans ses rangs des clubs légendaires aux moyens et aux palmarès hors du commun. Mais ils sortaient d’un lot relativement homogène d’équipes concurrentes. Désormais nous sommes dans une logique de blocs. D’un coté, les plus riches qui veulent jouer entre eux et maximiser leurs profits en se garantissant l’accès aux compétitions les plus prestigieuses et les plus lucratives. De l’autre, ceux qui ne veulent pas mourir et se contenter de jouer le rôle de fournisseur des grosses écuries. Certains de ces « petits » clubs n’ont d’ailleurs qu’un objectif : rejoindre le premier groupe.
Le danger de ce football à deux vitesses est qu’il risque de tuer la cohésion des championnats nationaux et de se couper de sa base populaire. En effet, les études menées par l’UEFA ont montré que ce sont (après les rencontres des sélections nationales) les compétitions domestiques qui passionnent le plus les supporters. Passion née de la possibilité d’identification à son équipe préférée et de l’incertitude qui règne de longs mois sur le résultat de la compétition. Or ce sont précisément ces deux principes qui sont mis à mal actuellement.

Mon joueur, ce salaud
Les modifications intervenues depuis l’arrêt Bosman ont fait des joueurs les vrais maîtres du jeu des transferts. La bataille financière entre les clubs à leur sujet leur profite directement. A l’image du jeu en général, eux aussi se sont professionnalisés pendant ces vingt dernières années. Ils ont su s’entourer de conseillers très compétents pour défendre leurs intérêts en matière financière et ont maintenant les moyens de traiter au moins d’égal à égal avec les dirigeants de clubs. Le mot d’ordre actuel semblant celui d’une recherche maximale de rentabilisation des quelques années constituant une carrière au plus haut niveau.
Cette recherche qui se fait souvent au détriment du palmarès sportif implique aussi malheureusement des comportements de plus en plus détestables. Car si le monde du football s’est professionnalisé à tous crins, cela ne signifie pas qu’il se soit moralisé. Bien au contraire. Une des conséquences principales de l’arrêt Bosman est qu’il a entraîné, en plus d’une inflation indécente à l’égard du reste de la société civile, la perte de certaines valeurs morales. Ainsi on a vu se multiplier ces dernières années les exemples de joueurs sous contrat n’hésitant pas en engager un bras de fer avec leurs employeurs pour obtenir la satisfaction de leur désir. Celui-ci ayant toujours les traits d’un salaire plus important offert ailleurs (voir les exemples Figo ou Rivaldo ces derniers jours). Ces attitudes scandaleuses ne peuvent être attribuées uniquement à la seule responsabilité du joueur. Les dirigeants sont eux aussi coupables dans la mesure où ils sont les premiers à ne pas respecter les règles du jeu et à offrir monts et merveilles à un joueur encore sous contrat avec un autre club.

Le ciel ou l’enfer ?
Jusqu’où tout cela ira-t-il? Bien malin qui pourrait répondre. Pour certains, tel Sergio Cragnotti (Président de la Lazio), nous n’en sommes qu’au début et transferts et salaires ont encore de belles marges de progression. Le football étant pour lui une affaire mondiale, les ressources financières futures devraient être encore extrêmement prometteuses.
Pour d’autres, en revanche, il est plus que temps de tirer le signal d’alarme. Beaucoup s’inquiètent, en effet, de la course folle de ces derniers mois. Ce n’est pas par hasard que les deux clubs les plus riches (Manchester et le Bayern) sont restés étrangement absents de cette course aux millions. Leur philosophie globale s’accommode mal de dépenses princières concernant leurs effectifs. Quelques dirigeants commencent d’ailleurs à émettre l’hypothèse d’une limitation du plafond des salaires. Cette mesure qui a toutes les chances de rester lettre morte en raison de l’opposition qu’elle rencontrerait de la part de joueurs et sans doute sur un plan législatif, traduit néanmoins une prise de conscience des dérives actuelles. Car la grande question est de savoir ce qui se passerait en cas de régression économique touchant le football professionnel. Certains craignent qu’il soit impossible dans l’avenir de faire redescendre les rémunérations de joueurs habitués à toujours en avoir plus. La pire des hypothèses étant une « américanisation » de la situation avec un conflit entre joueurs et dirigeants débouchant sur une grève à l’image de celle ayant frappée le basket U.S. Une telle issue symboliserait l’échec d’un football professionnel qui à l’image d’un Réal de Madrid, dépensant sans se soucier de son milliard et demi de déficit, semble ne plus pouvoir arrêter sa course folle. Course qui ressemble parfois à s’y méprendre à une fuite vers avant.

La solution politique ?
Dès lors, il appartient peut-être au monde politique de mettre de l’ordre dans la maison football. Mais pour cela, il lui faudra emprunter d’autres chemins que ceux d’une libéralisation à outrance au nom du principe européen. De même qu’une « exception culturelle », il faudra bien en passer par une « exception sportive » si l’on veut redonner un peu de vie à l’identité des clubs et réduire le fossé économique entre les équipes des différentes élites continentales. Le principe du « 6+5 » défendu par Sepp Blatter permettrait, par exemple, de répondre à ces attentes en garantissant la présence de six joueurs « nationaux » dans chaque équipe. Cette règle éviterait de voir Chelsea sans aucun anglais et redonnerait un peu de cohésion aux championnats de chaque pays. Cependant cette solution du « 6+5 » ne résolverait pas le problème de l’inflation des transferts en ne faisant que déplacer le problème sur les marchés locaux où les tarifs des meilleurs joueurs du cru risquent à leur tour de s’envoler. Reste donc aux politiques à trouver des solutions plus radicales afin de réguler un marché qui s’emballe dangereusement. Le tout est de savoir s’ils en auront la volonté alors que l’ultra libéralisme a toujours de fervents supporters du coté de Bruxelles. Ajoutez-y un lobbying on ne peut plus actif des partisans de chaque camp (libéraux contre interventionnistes) au sein du monde du football et vous aurez une idée de l’incertitude qui règne sur le comportement futur de nos décideurs européens. Un premier indice interviendra sans doute avec la décision de casser ou non le principe du contrat à temps limité et des modalités qui l’accompagneront.

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