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Julie Grémillon

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L'étrange rancoeur de Bruno Gaccio

Transferts: ça se durcit

A trois semaines de l'échéance fixée par la Commission européenne, les acteurs du football ont bien du mal à parler d'une même voix, et certains dirigeants se préparent même à la guerre. Une réforme de plus en plus sympathique...
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Le 31 octobre, la FIFA et l'UEFA doivent rendre à la Commission européenne leurs propositions pour mettre le système des transferts en conformité avec le droit communautaire.
Depuis cette mise en demeure, on s'affaire au sein de toutes les instances nationales et internationales pour mettre d'accord les différentes parties. Ce combat préalable est loin d'être gagné. Si un relatif consensus semble heureusement acquis sur la protection des centres de formation mais aussi sur le respect des contrats et les périodes de transferts, il n'en va pas de même pour la possibilité de rompre unilatéralement ces futurs "CDD". Les représentants des joueurs ne voient évidemment que du bien dans cette disposition qui va redonner une plus grande liberté aux footballeurs (lesquels devront verser à leur club, s'ils veulent le quitter, une indemnité proportionnelle aux mois de salaires restants à honorer). L'Union nationale des footballeurs professionnels se range tout naturellement du côté de la libre circulation des travailleurs que veulent justement rétablir Viviane Reding et les autres commissaires.

Les dirigeants vocifèrent
Les dirigeants français, par la voix de l'Union des clubs professionnels de football, mais aussi européens (et notamment les gros, par l'entremise du G14), semblent vouloir entrer en guerre ouverte avec Bruxelles, et refuser toute réforme. Laurent Perpère, qui dirige la commission chargée par l'UCPF de traiter avec la Commission déclare "aujourd'hui, les présidents de club n'envisagent pas d'accepter autre chose que la limitation des transferts à cinq ans". L'UEFA se sent obligée de leur emboîter le pas, notamment pour éviter une sécession des cadors européens qui pourraient franchir le pas de la création d'une ligue privée, comme il en fût question il y deux ans (projet de Superligue par Media Partners). LA FIFA, qui semble avoir mieux compris que les fonctionnaires européens ne sont pas là pour plaisanter, est accusée de lâcheté par les dirigeants. Pourtant, si aucun accord n'est trouvé, les plaintes actuellement instruites par la Cour européenne de justice aboutiront à la suppression pure et simple du système actuel...

Un étrange consensus
Une observation s'impose: comment les dirigeants de D1, de D2 et des mastodontes européens peuvent-ils se retrouver sur la même ligne, quels peuvent bien être les intérêts communs à tous? Y aurait-il quelques pigeons dans cette association?
Gervais Martel, qui continue ses imprécations, accuse une fois de plus les différences de législation (sur le statut des clubs) et de fiscalité d'être à la cause d'une catastrophe imminente. Mais est-ce que les clubs français ne sont pas les premières victimes de l'inflation galopante des salaires, des transferts et des budgets? S'il faut espérer dans l'intérêt du foot français que les indemnités de formation ne soient pas sous-évaluées, en quoi l'abolition d'un marché des transferts devenu aberrant mettrait-il tout le monde en péril?

A qui profite le système actuel?
Il devient très intéressant d'écouter le discours des différentes parties impliquées, à commencer par celui de Philippe Piat, président de l'UNFP (L'Equipe 05/10). "Les grands prêchent pour leur paroisse, sans se préoccuper des autres. Ni le Real Madrid, ni le Milan AC ne gagnent de l'argent sur les transferts mais ils sont les seuls à pouvoir payer à la fois les indemnités de transferts et les salaires. Ils peuvent ainsi avoir des effectifs de 25-30 joueurs et tuer la concurrence". Voilà qui a le mérite de rappeler que l'ancien système avait pour effet de verrouiller la hiérarchie européenne. "Demain, la situation sera probablement différente, poursuit Piat. Un joueur remplaçant pourra dire "ça ne va pas, je m'en vais". Cette nouvelle donne aura une vertu extraordinaire: elle permettra à des clubs moyens de s'offrir de grands joueurs qui font banquette ailleurs. La mainmise des grands clubs européens ne sera plus assurée". Là encore, on voit quelques espoirs pour qu'une certaine logique sportive s'impose à nouveau aux mouvements de joueurs.
Rappelons que de notre point de vue, la réforme aura des effets plutôt bénéfiques, à trois conditions essentielles : que la formation soit protégée, qu'un système de plafonnement des salaires soit adopté et que les mêmes contraintes de gestion et de transparence soient appliquées à tous. Il sera alors temps d'aborder le problème d'une harmonisation européenne plus large.

L'explosion de la bulle financière?
Pourquoi alors tous les dirigeants s'élèvent-ils comme un seul homme? Un dénominateur commun existe malgré tout: le football a généré par le biais des transferts une opulente économie qui brassait des millions (parfois virtuels dans certaines comptabilités). Ce sont alors tous les modes de gestion qui devront être réformés (à tous les échelons), les habitudes changées et les trains de vie certainement réduits. On comprend mieux les réticences des dirigeants à voir les règles du jeu bouleversées. Mais ils devraient savoir qu'ils ne peuvent s'exonérer de toutes contraintes sociales ou légales (la "spécificité sportive" devra avoir un autre contenu que la protection de zones de non-droit qui profitent surtout aux riches), surtout si le système qu'ils défendent bafoue des principes élémentaires. La parole revient cette fois à Bixente Lizarazu: "J'ai surtout une question à poser: comment en est-on arrivé au système des transferts? Comment en est-on arrivé à déterminer un prix pour un footballeur?"
L'argent qui circulait dans des conditions de moins en moins rationnelles devrait donc cesser d'alimenter une industrie du football lancée dans une fuite en avant qui multipliait les dérives et creusait les inégalités. La valeur d'une discipline ne s'établit pas seulement à partir d'indicateurs économiques, et l'explosion de cette bulle financière pourrait rétablir un peu d'équilibre, sans compromettre (au contraire de l'ancien système) l'équité et la logique sportive.

Dans cette campagne, le fait que les grandes puissances du foot business soient actuellement au premier rang des catastrophistes a en fait de quoi nous rassurer... Une fois n'est pas coutume, nous devons saluer le commentaire de Didier Braun dans L'Equipe (à l'occasion du dossier sur les transferts, dont sont extraites les citations de cet article), qui a bien raison de dédramatiser et d'assurer que le football ne mourra pas plus de cette réforme que de l'arrêt Bosman (qu'elle viendrait plutôt contrebalancer). Le football français non plus.

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