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La Gazette : 19e journée

Toujours un de plus que toi !

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Sinté-OM, c’est le genre de match qui en jette du tonnerre sur le papier. C’est un peu le drame avec la ligue orange, leurs matches en jettent que sur le papier. D’ailleurs canal était pas content. Ils ont gueulé «On va finir par les faxer vos matches si ça continue!» Tirièze a répliqué «Hé Ho ! Je suis à la caisse moi, pas en cuisine.». Il n'empêche que 600 bâtons, ça fait cher le fax.

D’un autre côté, c’est vrai que des affiches comme Sinté-OM, ça permet d’astiquer ses souvenirs. Les supporteurs se disent «Tu te rappelles avant, comment c’est qu’on était forts?» Obligé qu’on s’en rappelle, on pense qu’à ça et heureusement qu’on a les cassettes à la maison sinon y a personne qui nous croirait. C’est pour ça qu’on dit de l’OM et de Sinté, qu’on est des clubs passéistes. Mais tout ça, c’est de la pipeauterie parce qu’on est quand même passéistes que ça. On sait garder les pieds sur les épaules quand il faut.

Histoire de gagner du temps, Fernandèze a eu l’idée de faire sa causerie dans le bus. C’était pratique et puis au moins les joueurs pouvaient pas s’échapper. Moi je guinchais dans le rétro, dès qu’y en avait un qui tentait de mettre son un-pet-trois en douce, je pilais sec et il s’encastrait dans le siège de devant. Et à chaque fois, t’avais ce broque de Fernandèze qui s’étalait dans l’allée et il mélangeait ses fiches, à la fin il a même briffé les gars sur la Corogne. Qu’est-ce qu’on a pu rigoler! Mais on a dû s’arrêter. La faute à Fabien qui a braillé «Oh, c’est pas fini oui? Y en a qui essaient de dormir!» Du coup, Fernandèze a parlé mais un ton plus bas pour pas réveiller.

Fernandèze a prévenu les gars «Attention Sinté Tienne, grosse équipe!» Beye l’a coupé «Oh coach, on vous a pas prévenu?» Fernandèze a fait «Non, quoi?» Beye a dit «Mais c’est fini les années 70!» Tout le monde a pouffé sauf Niang qui ronflait. Il dort beaucoup mais c’est à cause de la digestion qui lui est difficile, avec toutes les feuilles de match qu’il bouffe. Fernandèze aussi a voulu faire style le gars qui a de l’humour mais c’était bizarre parce qu’y avait que sa bouche qui riait, le reste de son visage avait tendance à pleurer.

À un moment, Nasri vient me voir et me fait «José, tu vas rire». J’ai demandé «Pourquoi, Paris a perdu?» Il me dit «Non, c’est pas ça. Je viens de me souvenir que je suis convoqué en moins de 19 pour un match». «Moins de 19 quoi?» j’ai fait «Moins de 19 de QI? Ils ont monté une équipe? C’est Rothen le capitaine, non ?» Il a dit «Mais non, en moins de 19 ans !» J’ai crié «Et c’est maintenant que tu me le dis, espèce d’idiot du village!» Comme il commençait à trembloter du menton, j’ai laissé tomber. On l’a lâché sur une bordure d’autoroute avec un écriteau «Clerrefontène». Chacun pour soi.

Après ça, oh j’invente rien, pas moyen d’être tranquille cinq minutes. Y a encore eu embrouillamini. Pas entre Rimenez et Mendoza, pour une fois qu’ils faisaient relâche ces deux stouges. Non, ce coup-ci c’est Ribéry qu’a commencé. Il a ricané «Hé! Hé! Ferreira se fait balader par Jean-Michel Larqué!» L’autre vexé, y s’est levé direct, il a dit «Vas-y, répète! Répète!» C’était chaud brûlant. Taillewo a dû s’interposer pour prendre la défense de son complice. Normal, sans Ribéry, ses coups francs c’est plus des passes décisives, c’est des fautes professionnelles.

Je sais pas si c’est d’avoir Taillewo droit devant lui, avec un regard de gladiateur et ses gros bras croisés, Ferreira ça l’a fait réfléchir à deux fois. Normal, Taillewo c’est Mister T et lui c’est Mister Bean. C’est comme on dit toujours, mieux vaut avoir un caractère proportionnel à son physique. T’aurais vu, il s’est roulé en boule et il s’est glissé dans la poche de son survêt. On aurait dit un kawé. C’est tout juste s’il a marmonné entre ses dents «Attention au retour du bâton de berger!»

On m’avait prévenu, je le croyais pas, mais quand tu débarques à Sinté Tienne, t’as l’impression de voyager dans le temps. Comme ils sont trop restés bloqués sur l’an pèbre là-bas! Je les entends encore chanter «Qui c’est les plus forts? Evidemment c’est les verts!» Va demander aujourd’hui à un Sinté Tiennois qui c’est le plus fort, ça lui fera mal de te répondre. En plus, si t’écoutes bien les paroles, c’est n’importe quoi. A un moment ils disent «On va gagner, ça c’est juré!» Juré sur la tête de qui? Il est mort depuis non?

À Sinté, ils appellent leur stade le chaudron. On m’a expliqué, c’est parce que ça bout à l’intérieur. Et c’est vrai que chaudron ça impressionne toujours plus que la marmite ou la casserole. Nous, au Vel ça bout aussi mais le plus souvent, c’est les joueurs qui poussent le public à bout. Si à Sinté, c’est un chaudron alors à Lyon, c’est quoi? Du bain-marie.

Dès qu’on est arrivé au stade, ils ont pas pu s’empêcher de nous sortir leur vieille rengaine selon quoi, si y avait pas eu les poteaux carrés à leur époque, eux aussi en auraient gagné une de coupe d’Europe! Mais ouais, bien sûr, on lui dira. Parce qu’à ce moment-là, nous aussi, si Amoros avait pas eu les pieds carrés, on en aurait gagné deux des coupes d’Europe!

N’empêche, le refrain de leur chanson était incrusté dans toutes les têtes, fallait voir, nos gars se changeaient en fredonnant. Même Nakata s’y mettait «Et qui c’est le plus froid, évidemment c’est l’hiver» Y l’avait pas tout bien entravé mais le cœur y était. Soudain, Fernandèze a donné l’équipe. L’occasion de vérifier nos résultats au tiercé-quarté-quinté OM+. Une fois encore, personne avait trouvé la défense de Fernandèze, même pas dans le désordre. C’est prouvé, t’as plus de chance de gagner au loto et de te faire frapper par la foudre que trouver les défenseurs que Fernandèze va aligner. Fernandèze c’est un indécis, ses compos d’équipe sont toujours pleines de ratures. Une fois, j’y avais acheté du tipex mais Carrasso l’a bouffé, il a dû croire que c’était un berlingot Nestlé ou je sais pas. On peut jamais rien garder avec lui.

Là-dessus, Elie Baup a débarqué dans nos vestiaires avec sa casquette et son sourire mielleux pour nous souhaiter la bienvenue. J’y ai dit franco «Ta bienvenue tu sais où tu peux te la carrer!» En plus ça rime, c’est pas dur à trouver. Lui comprenait pas. J’ai dit «Saison 99 avec bordo, tu nous a bien entubés! T’as cru que notre mémoire c’était un cachet upsa ou quoi?» Il a refusé d’admettre, selon lui c’était dans les règles et tout. J’ai dit arrête ton char Benny Hill, ça se voyait trop que Llacer faisait semblant d’être mauvais. Baup a dit que c’était pas cohérent comme propos, Llacer est mauvais au naturel, comment il pourrait faire semblant d’être ce qu’il a été tout au long de sa carrière. J’irai pas jusqu’à dire qu’il m’a convaincu mais sur le coup, j’ai rien trouvé à redire.

N’empêche, rapport à ce match bidon du péesseugé que j’avais toujours en travers, j’y ai balancé «Les amis de mes ennemis sont mes ennemis». Je l’avais répétée tout le long du trajet pour être sûr de pas me mélanger. Il a répondu «Mais si les amis de tes ennemis sont tes ennemis, est-ce que les amis des ennemis de tes ennemis sont tes amis?» J’ai eu un blanc. Il en a profité pour ajouter «Parce que si les ennemis des amis des ennemis de tes amis sont tes ennemis alors logiquement on est amis». Je commençais à transpirer mais à l’intérieur de la tête. C’est bien simple, j’ai jamais autant regretté la présence de Diouf à mes côtés.

L’attraction à Sinté, en plus de leur accent qui t’écorche les tympans, c’est leur gardien de but qu’ils ont. Pas kurkovic. Jérémie Jarod, un goal caméléon qui se transforme d’un match sur l’autre. Un jour, il est tigrou, la semaine d’après c’est l’araignée. Une fois, il est resté invaincu super longtemps, genre un match entier plus les arrêts de jeu. Il a demandé «Y aurait moyen d’être titulaire en équipe de France?» On lui a fait «Là c’est facile là, t’es déguisé en Grégory Coupet». En fait, même pas.

La vérité, on méritait pas de perdre. On tenait le nul, j’invente rien, on le tenait. Et puis va comprendre comment ou pourquoi, il nous a glissé entre les doigts. Pourtant tout avait bien commencé, Niang s’était fait blesser dès le début sur un tacle de jobastre. T’aurais vu, il avait la cheville qu’avait triplée de volume. J’ai fait «Punaise, il est pas croyable celui-là, un but à Moscou et il a déjà la cheville qui enfle». Diouf a pris sa défense «José tu comprends rien, Mamadou est un attaquant de profondeur». De la profondeur du classement des buteurs, ouais!

En plus, c’est pas pour faire mon cafardeur mais à Sinté, c’est trop des tricheurs. Tu sais quoi, ils jouent en vert. Attends, c’est tenue camouflage. Sur le terrain, on voyait que les Marseillais. Tu me diras, c’était bien la première fois. Dans les tribunes, Acariesse m’a sorti «Sinté Tienne joue en vert, comme le maïs!» Y a eu dilemme. Je me suis dit, si c’est une blague et que je rigole pas, il va m’en vouloir. D’un autre côté, si je rigole et que c’est pas une blague, ça sera pire. Dans le doute, je m'ai gratté ma nuque. Il a insisté «Le maïs joue en vert». J’ai dit «Vas-y rembobine pour voir». Il a mis ses mains sur les hanches et a fait «Ho! Ho! Joue en vert!» Acariesse, il couve quelque chose, c’est sûr.

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