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États de choc

Tombés de l'Olympe

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Traîtres de Portugais! On a appris que Cristiano Ronaldo était aussi aller coacher les Italiens, et qu'il avait longuement expliqué à Materazzi comment il avait poussé Wayne Rooney au carton rouge.
C'est quand même nous qui avons profité en premier de leurs enseignements, avec un superbe "coup de la jambe molle" de la part de Malouda. Le Doc a même cru qu'il s'était vraiment déboîté le genou. Quand la Panenka de Zidane est ressortie du but, tous nos slips ont rétréci d'une taille. L'arbitre a tout de même validé le but et Martini, impassible, a recraché le bout de langue qu'il venait de se sectionner. À côté de lui, Landreau était tout rouge, avec une grosse tache humide sur l'entrejambe de sa culotte de survêtement. "Au moins, on est sûr que Zizou ne fera pas une autre connerie aussi grosse ce soir!", m'a glissé Mankovski en souriant. Mankowski, quand il sourit, tu as l'impression qu'il te veut du mal, alors ça ne m'a pas rassuré.

Le problème, c'est qu'on a encore cédé sur un coup de pied arrêté. Sur les corners, on a étudié les images au ralenti, c'est une vrai blague: ils font tous super bien semblant d'être concernés par la trajectoire, avec des mimiques qui indiquent clairement leur volonté de s'arracher pour annihiler le danger, et puis l'instant d'après, tout le monde regarde l'adversaire placer tranquillement son dunk. Un vrai maraboutage. D'ailleurs, Wiltord m'assure avoir aperçu, la nuit dans les couloirs de l'hôtel, une silhouette sombre qui lui rappelait celle de Charisteas, l'attaquant décédé.

À la mi-temps, j'ai dit aux gars de jouer pareil, mais en mieux. On a tout de suite senti la différence. Ces joueurs, ils suivent tellement mes consignes que j'ai parfois l'impression que ce sont mes consignes qui les suivent.
Mais les contrariétés ont commencé. On a dû faire rentrer Diarra à la place de Vieira qui s'était blessé. Si j'avais su, on aurait fait l'inverse. Mais on jouait si bien qu'on a cru que la balle finirait par rentrer toute seule. C'était tellement écrit, cette victoire. J'en avais oublié mon Plan Govou. Quand Zidane a mis sa tête en prolongations, il m'a fallu cinq bonnes minutes pour comprendre qu'il n'y avait pas but. Le truc qui m'a réveillé, c'est son deuxième coup de boule. Techniquement, c'était n'importe quoi, de l'impro totale. Si le meilleur joueur du monde doit prendre sa retraite sur ce geste, autant que ce soit une démonstration, un cas d'école, une projection du front en plein pif avec accompagnement des épaules et de bons appuis. Pas ce crash absurde dans un plexus solaire!

Mais bizarrement, sur le moment, j'ai surtout pensé à toutes les conneries qui allaient être dites et écrites sur ce geste. C'était au moins aussi vertigineux que la perspective de disputer une séance de penalties en finale de la Coupe du monde. C'est allé très vite, en fait. Le temps que David fasse une Di Biagio. Je me dirai toute ma vie que si Vikash ne lui avait pas glissé, juste avant qu'il tire, "Ce serait con que tu rates le seul truc que tu auras eu à faire pendant toute la Coupe du monde!", la balle aurait filé sous la transversale. Dhorasoo, les gens ne savent pas pourquoi ils le sifflent, mais lui, il le sait.

Rarement bruit sur la barre n'aura autant résonné à travers le monde, tandis que le nôtre s'écroulait. Ah, ça me rend lyrique la défaite, mais le pire, c'est que tu viens à peine de rater ta vie, de chuter du haut de l'Olympe sans parachute, et tu ne peux même pas te draper dans ta noble défaite vu que David Astorga vient te demander ton sentiment. Barthez a essayé d'esquiver la remise des médailles en prétextant qu'un jet-ski l'attendait à la sortie du stade, mais Escalettes l'a ramené en le tirant par l'oreille. "Prends exemple sur Coupet, il a su ravaler son amour-propre", il lui a dit. Greg, je ne sais pas ce qu'il avait avalé, mais il avait l'air de recracher le Prozac par les yeux tellement il avait l'air content. Je lui ai dit que Bruno et moi donnerions le nom du futur n°1 des gardiens début août, ça a fait disparaître son sourire aussi sec.

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