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Thierry Roland, le dernier départ

Ce France-Allemagne était fait pour lui, mais il ne l'a pas attendu. Imaginons les dernières heures de Thierry Roland devant son écran, lorsque, il y a deux ans, l'orage se déchaînait dans le ciel de Donetsk, comme annonçant le dénouement.

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Seul dans sa chambre d'hôpital, toujours en convalescence après cette opération qui l’avait empêché d’aller commenter l’Euro avec Jean-Mimi, Thierry avait le moral en cette fin d’après-midi du 15 juin 2012. Les infirmières étaient plutôt jolies et rigolaient à ses blagues des Grosses Têtes, les knackis qu’il avait planqués sous son lit l’aidaient à supporter la bouffe et, surtout, l’équipe de France s’apprêtait à jouer son deuxième match face à l’Ukraine après un bon nul contre les Anglais.

 


 

Peu après 18h, il allume donc le poste.
 

Pas de jeu. On est en studio avec Vincent Couëffé qui annonce que des trombes d'eau s'abattent sur le terrain et que les joueurs sont rentrés au vestiaire. La poisse. Zapper pour voir Lepers et ses questions à la con ou un doc animalier avec des bonobos qui s’enculent, non merci.

 

"Denis et Jean-Michel, quelles sont les conditions sur place?".
 

Larqué fait le job et donne quelques infos, mais il y a quelque chose qui cloche. Il n'est pas le même que d'habitude, avec sa diction rigoureuse, son analyse tranchante. Sa chemise est en partie trempée et il a un petit rictus amusé au coin des lèvres. Tandis qu'ils se passent la parole avec Denis Balbir, ils échangent des regards complices et sursautent à chaque grondement de l'orage. Ils ont l'air de gamins qui viennent de faire une connerie, planqués dans un coin de ce stade évacué par les spectateurs fuyant l'humidité, comme deux rescapés goguenards sur un navire en perdition.
 

Comme il a l'air jeune Jean-Michel. Heureux aussi. Comme Thierry voulait être à ses côtés à ce moment précis.
 

Cette galère-là, ils auraient dû la supporter ensemble. Revivre cette Coupe du monde en Asie jouée pendant la mousson, quand Thierry sentait à chaque match la transpiration de son acolyte noyée dans les fragrances de son Eau Sauvage, tous les deux écrasés par cette humidité qui excite les sens, rend chaque désagrément insupportable et amplifie chaque jouissance. Quand la moiteur atrophie le surmoi et, comme dans un film de Tsai Ming Liang, rapproche les êtres au-delà des convenances. Mais Thierry ne pensait pas à ça car il n'avait jamais vu de film taïwanais. Il pensait à cette engueulade mémorable qu'ils avaient eue aussi là-bas. C'était sans doute à partir de là que les infidélités s'étaient succédé. Et il pensait à Balbir.
 

Impossible de s'enlever de l’esprit l’image du gominé à la recherche désespérée du moindre espace épargné par l'eau, blotti contre Jean-Michel. Et Larqué n'avait pas l'air de trouver ça désagréable. Le salaud. Devant tout le monde. En y repensant il n’avait pas l’air si emballé que ça à l’idée de reformer leur vieux duo.
 


Les vieux copains

Thierry finit par éteindre le poste alors que le match allait enfin commencer. Il se foutait de l'équipe de France pour la première fois de sa vie. Fatigué, l’esprit confus, il sentait son état se dégrader et avait l'impression d'entendre des bruits. Un bruit en particulier, sorte de clameur, un assemblage de voix juvéniles et plaintives entrecoupées de claquements:
 

"OOOOOOOOOOAAAAÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈ…"
 

"Sûrement tous ces enfants morts dont je devais dire les noms pendant les matches. Ils viennent me chercher, eux et tous les mecs refroidis avec qui j’ai bossé."
 

Il voyait des silhouettes s’approcher de lui et croyait distinguer Roger Couderc, Robert Chapatte, Philippe Bouvard...
 

"Dégagez putain de zombies!! C’est pas le moment. Il faut encore que j’aille botter le cul de Larqué."
 

Mais, en concentrant son attention, il finit par identifier des visages familiers et bien vivants. Vendroux, Praud, Jaillant, Roux, de nombreux joueurs et entraîneurs... Ses vieux potes et le monde du football étaient venus le saluer, évoquer les souvenirs, rigoler un bon coup peut-être.
 

Un groupe de jeunes d’où semblait provenir la clameur était là aussi. Devant eux, Roger Zabel prit la parole:
 

"T'as pas l'air bien Thierry, t'as besoin d'être entouré. Je t'ai amené les élèves de l'École supérieure d’audit comptable et financier de Cergy. Faut encore qu'ils bossent l'applaudissement, mais pour gueuler c'est les meilleurs. Encore une fois les gars: 'Thierry Roland est avec nous ce soir!'"
 

Les jeunes gueulaient comme il faut, comme au temps des grandes soirées Ligue des Champions, mais ça ne lui faisait rien.

 

"Laisse tomber Thierry, t'es bien mieux ici qu'à Kiev", enchaîna Dominique Grimaud. "Tu l'as dit toi même, c'est un pays à la con. Ceux qui t'aiment sont ici, pas chez ces maquereaux alcooliques."
 

Tout ça était vrai bien sûr, mais ne l'aidait pas beaucoup. Il aurait voulu se confier, vider son sac une bonne fois pour toutes. Il vit Lebœuf s'approcher, un de ses derniers camarades de cabine, et l'avisa, mais Frank lui tournait le dos pour engager la conversation avec une étudiante de Cergy à qui il proposait un rôle dans son prochain film, à Hollywood. Les autres ne lui prêtaient pas non plus attention.
 

Vincent Hardy racontait sa nouvelle vie, loin des paillettes, de vendeur de pelouses synthétiques à Anelka, qu’il n’avait pas revu depuis un reportage de Téléfoot à Madrid où ils avaient sympathisé. Dassier et Villeneuve étaient plongés dans une discussion animée autour d'un projet de coprésidence du Stade Rennais. Même Monsieur Foote, son plus vieil ennemi, s’était éloigné comme hypnotisé par Zahia, à qui il finit toutefois par mettre un carton jaune pour simulation.
 


Tout envoyer balader

Ses vieux potes ne lui étaient d'aucun secours. Leurs vies continuaient sans lui et c'était bien normal après tout. "Le combat est terminé, il faut juste jeter l'éponge et se laisser emporter", lui souffla quelqu'un dans le creux de l'oreille.
 

Résigné mais dans un dernier accès d'indignation, Thierry se tourna vers l'inconnu. C'était donc ça la fin? C'était si facile de partir? Crever ne revenait finalement qu'à tout envoyer balader? À tirer un trait sur tout ce qu'on avait été, tout ce qu'on avait fait, et qui serait oublié avec autant de facilité qu'il avait fallu d'efforts pour en arriver là?
 

"Absolument mon cher Thierry!! C'est tout à fait ça!", lui répondit Christian Jeanpierre. Il était bizarrement vêtu. On aurait dit un putain de perchiste avec un survêt à capuche. Mais c'était bien Jeanpierre, pas Galfione.
 

"Mais enfin... Christian... bon sang mais c'est vous la camarde??
Oui, exactement Thierry, c'est bien moi!!
Ah ben ça alors mon petit bonhomme si on m'avait dit! Mais alors Gilardi?! Faudrait peut-être que je prévienne Liza... Oh et puis merde, je vous suis.
Parfait! Je vous laisse en compagnie de mon associé qui se fera un plaisir de vous conduire de l'autre côté, n'est-ce-pas Arsène?"
 

Alors qu'il quittait les lieux précédé par Wenger, les voix de ses amis se mirent à se confondre dans son esprit, à ne devenir qu'un agrégat de sonorités indistinctes. Quelques syllabes encore audibles, "...va... ", "...ler... ", "...ique dem.....", s'évanouirent aussitôt dans l'obscurité grandissante.

 

"Adieu mon vieux Jean-Mimi, je te pardonne. On va pas laisser une histoire d'adultère à la con gâcher ce qu'on a vécu tous les deux pendant si longtemps. Continue de t'éclater avec le foot jusqu'à ton dernier soupir. Adieu le gominé, on se reverra en enfer."
 

Il était dans le tunnel. Et au bout on distinguait une lumière de plus en plus forte. Ou plutôt deux, rouges. C'étaient les feux arrière d'une Cadillac Eldorado de 1957, celle de Garrincha. Une légère pression sur le bras lui indiqua une présence féminine à ses côtés. Marianne Mako l'invitait à monter. La portière s'ouvrit. Sur la banquette se tenaient Sophie Thalmann et Estelle Denis en petites tenues. Elles lui saisirent le bras et l'invitèrent à se mettre à l'aise. Il s'exécuta, fit signe à Arsène de démarrer, et sentit la chaleur l'envahir.
 

Le personnel médical qui se tenait à ses côtés l'entendit prononcer faiblement ses dernières paroles.
 

"Et en voiture Simone."

 

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