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Pierre Martini

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Auxerre vices

Textile 2004

Si les joueurs sont censés mouiller le maillot, les équipementiers se sentent obligés de le barbouiller. Écoutons le cri du Polyester quand on l'assassine…
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Le placard qui tue En l'absence de toute réglementation qui contraindrait les clubs à limiter les débordements (en termes de surface et de couleur), comme nous le préconisons dans notre Manifeste, le concours du flocage le plus ignoble est toujours de mise dans le championnat de France. On pensait que la relégation de Troyes allait faire disparaître l'infamie de la grosse tache jaune Rica Lewis, mais celle-ci est réapparue sur les tuniques niçoises, qui devaient alors logiquement remporter la palme. Mais c'était sans compter sur l'accession du Mans en L1, qui y a importé son sponsor, les Poulets de Loué, dont le logo apparaît en lettres jaunes de 30 cm de haut sur un plastron bleu, agrémenté d'une tête de coq. Une horreur imbattable, qui rappelle à notre souvenir le précédent auxerrois, à l'époque où Gérard Bourgoin avait placé ses propres volailles (Duc) sur le maillot de l'AJA. On se consolera avec le bénéfice d'être passé du poulet industriel gavé en batterie au poulet nourri au grain en plein air.

Le diktat du flocage L'alternative au placard, c'est la multiplication des patchs, pratiquée de longue date par Ajaccio ou Bastia, selon une esthétique que l'on qualifiera de cycliste. Pour ceux qui douteraient de l'importance du sponsor, il y a l'anecdote du maillot de Paris, dont la sortie a été retardée par Thomson, insatisfait de sa visibilité dans sa version bêta. Notons d'ailleurs que les maillots présentés ci-dessous en photo ne sont pas enlaidis par les nombreux sponsors additionnels qui apparaissent sur leurs versions de compétition. La sobriété n'est pourtant pas impossible, comme le montrent les maillots domicile de Strasbourg (quoique que le recours aux chevrons n'était pas franchement nécessaire), Metz (dommage que la combinaison intégrale jaune réservée aux déplacements des Lorrains soit aussi criarde), Lille (mais pourquoi ces filets blancs superflus?) ou Guingamp. Quatre maillots où le sponsor figure dans une couleur neutre directement sur le tissu…

Mention bien pour Metz et Strasbourg, selon notre jury.
Retouches et colorimétrie Les équipementiers doivent souvent se contenter de légères retouches au maillot "domicile", la plus fréquente consistant en une subtile évolution du col. Celui du PSG devient rouge, et celui de Monaco est un "col Mao", une préciosité qui fait un peu sourire dans le contexte de la principauté. Mais il reste le filon du maillot "extérieur" qui permet aux stylistes de lâcher les chevaux de leur imagination. Le noir (Le Mans, Ajaccio, Lyon, Nice…) reste tendance, mais Paris se lance dans le beige agrémenté de rouge. Le beige, couleur historique du PSG, c'est bien connu. À Lens, le maillot extérieur ressemble à s'y méprendre au maillot domicile de la saison passée, il devait rester des stocks. Bon, il y a pire ailleurs, comme en Italie où l'Inter se déplacera en jaune mordoré et la Juve en rose (mais dans ce dernier cas, il s'agit bien d'une couleur historique…).

La Juve et l'Inter ne craignent pas les quolibets des supporters adverses.
La tendance très lourde Le summum de la stupidité textile issue du marketing est sans conteste atteint avec le concept des maillots "third", c'est-à-dire "troisième maillot" en français. On pourrait croire qu'il ne servirait qu'au cas improbable où le maillot "extérieur" ne serait pas plus compatible avec celui de l'équipe recevante que le "domicile", mais il s'agit surtout, pour les clubs concernés, d'exposer un produit supplémentaire dans le showroom des coupes d'Europe. On pourrait s'attendre à un minimum de discrétion pour cette tunique sans la moindre légitimité, mais les Lyonnais et les Marseillais vont arborer des tenues intégralement monochromes, shorts et chaussettes inclus. Les premiers ont conservé ce rouge pompier aussi indigeste qu'un flacon de mercurochrome qui leur avait déjà peu réussi la saison passée, agrémenté de minces filets blancs très années 80. Les Olympiens du sud ont opté pour un gris bleu qu'on croyait passé de mode, baptisé "lavande" (est-il parfumé?). Quant au Racing Club de Lens, il se lance dans le bleu ciel, comme celui qu'ils n'ont pas dehors. Le plus déplorable, c'est que nos clubs nationaux, en panne de reconnaissance européenne (au sens propre comme au sens figuré), vont se présenter en coupes d'Europe avec des couleurs totalement fantaisistes…

Nos fers de lance ont choisi une tenue de camouflage pour la Ligue des champions.
La tendance migraineuse Chez les Girondins, on a eu la bonne idée de revenir à un peu plus de sobriété en amincissant le scapulaire et en abandonnant les grosses bandes blanches latérales de la saison passée. L'équipementier s'est malheureusement rattrapé sur le maillot "third", dont le choc des couleurs indique qu'il a probablement été conçu par le graphiste de Sofoot. Attention aux crises d'épilepsie en cas d'exposition prolongée.

À droite, regardez comme c'est beau un maillot sans pub.
La tendance à l'économie S'agit-il d'inciter les joueurs à rentrer le maillot dans le short ou bien de faire des économies de teinture? Toujours est-il que les motifs de nombreuses tuniques s'arrêtent à la taille (et disparaissent sous les bras). Le résultat n'est pas terrible chez les joueurs débraillés.

L'effet bavoir.
La curiosité L'aération des dessous-de-bras nantais grâce à une moustiquaire. La question La publicité sur les maillots exerce-t-elle une influence subliminale sur les joueurs? C'est ce que l'on peut penser avec celui de Chelsea vu le nombre de transferts vers les pays du Golfe…

L'arnaque La boutique en ligne de l'OL propose le "maillot collector LFP", c'est-à-dire le maillot domicile garni de tous les sponsors, au prix sympathique de 120€. Il faut pas être un peu con pour payer plus cher le droit de porter de la pub? Le quiz numérologique Tous sponsors compris, quelle est la somme de tous les chiffres qui figurent sur le maillot de Sytchev en championnat (recto et verso)? Le jeu des 7 différences

On moule aussi les rugbymen On a eu un exemple édifiant de l'intérêt du marketing textile avec le lancement du nouveau maillot de l'équipe de France de rubgy, salué par les médias qui lui ont allègrement accordé de larges plages de publicité gratuite (des reportages dans les émissions sportives, deux pleines pages dans L'Equipe mag par exemple). Le paradoxe, c'est que ce maillot (encore plus moulant que celui d'Auxerre) est supposé être insaisissable, alors que les tirages ne sont pas interdits en ovalie… Il est aussi "indéchirable", mais cet argument n'a pas tenu plus d'une demi-heure lors de France-Angleterre à Marseille.
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