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Satta Massagana

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Le Bayern déjà champion ?

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Demi-teinte

Temps de crise

Bundesliga, an 40 (2). En Allemagne aussi les temps sont durs pour les clubs professionnels, dont les budgets sont directement frappés par la faillite du groupe Kirch et la baisse des droits télé. Audit de la crise outre-Rhin. Pour savoir ce qui nous attend?
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Tant va le Kirch à l’eau qu’à la fin la Liga se casse ? Comme dans le reste de l’Europe, les clubs allemands n’ont généralement pas fait de folie à l’intersaison. Et pour cause, les effets de la déconfiture du groupe médiatique munichois de Léo Kirch se font déjà sentir. Le pire a sans doute été évité avec la renégociation à la baisse des droits de retransmission télévisée des matches de la Bundesliga que possède Kirch Media. Le contrat survit donc, mais loin des engagements précédents. Ainsi, les revenus de la saison 2001-2002 auront été revus à la baisse lors des dernières discussions, passant de 358 M€ à 328 M€; ceux de la saison 2002-2003 passeront de 360 M€ à 290 M€ (soit une baisse de 19,5%), chiffre confirmé pour 2003-2004 au lieu des 460 M€ initialement prévus (baisse de 37%). Une option pour deux saisons supplémentaires à ce même tarif a également été conclue. En tout, le manque à gagner s’élève à 270 M€ sur un peu plus de deux années, et les espoirs de croissance effrénée des revenus tirés des droits de retransmission télévisée sont mort-nés. Pourtant, ce contrat n’est pas totalement assuré malgré les garanties obtenues par la Deutsche Fussball Liga (DFL), car il dépend de l’avenir de Kirch Media et de sa solvabilité. En effet, à la fin de la saison dernière, Kirch ne pouvait déjà plus honorer ce nouveau contrat dans les délais prévus, et affichait un retard de paiement de 80 M€, fort préjudiciable au moment de la saison des transferts. En outre, s’il ne fait aucun doute que le groupe de Léo Kirch sera sauvé pour des raisons politico-économiques (Kirch fut jusque tout récemment montré en exemple du "miracle économique bavarois" cher au probable prochain chancelier, Edmund Stoiber), les droits TV pourraient faire les frais du plan de sauvetage. TF1, présumé candidat à la reprise d’une partie du groupe, les aurait en effet exclus de son offre. Il semble toutefois difficile d’envisager que la Bundesliga soit sacrifiée à quelques années de la Coupe du Monde 2006 en Allemagne. Cela pourrait cependant signifier une intervention des autorités, comme le fit, en vain, Gerhard Schröder pour le géant en faillite du BTP allemand, Philip Holzman. Comme quoi, les tenants de l’ultralibéralisme dans le football savent aussi faire appel à l’Etat lorsque leur modèle prend l’eau. Des clubs plus ou moins touchés Le coup est rude pour les clubs ayant basé leur budget sur les premiers contrats. Mais tous ne sont pas logés à la même enseigne. Les revenus tirés des droits de retransmission télévisée sont en effet répartis en fonction des résultats, et ils n’ont pas la même importance dans leur budget selon les clubs. Sur les 290 M€ du nouvel accord, 80% sont affectés à la première division de la Bundesliga, et donc 20% à la deuxième division. Sur les 232 M€ dévolus à la première division, la moitié est répartie équitablement aux dix-huit clubs, soit près de 13 M€ chacun. La seconde moitié est allouée à 75% selon le rang du club sur les trois dernières saisons, et à 25% selon le classement de la saison précédente. Aujourd’hui, Dieter Hoeness, le manager du Hertha Berlin, prévoit pour son club une baisse des droits TV de 15%, alors que la baisse moyenne avoisine les 20%. Les Berlinois bénéficient de leur quatrième place dans le dernier championnat, soit une place de mieux que lors du précédent. Autre exemple, le manque à gagner se monte par exemple à 5.5 M€ pour le VfB Stuttgart. Seul le Bayern, voire le champion en titre, le Borussia Dortmund, et son dauphin, le Bayer Leverkusen semblent à l’abri de cette morosité, tirant leurs revenus d’autres sources: par exemple le sponsor maillot pour le Bayern (Deutsche Telekom - 20 M€ par an jusqu’à la fin de la saison 2007-2008) et Dortmund (E.ON – 15 M€ par an jusqu’à la fin de la saison 2005-2006), la subvention du Groupe Bayer pour Leverkusen (montant non divulgué). A titre de comparaison, la plupart des autres clubs de Bundesliga obtiennent de leur sponsor principal entre 2 M€ (Energie Cottbus et Arminia Bielefeld) et 5 M€ (Wolfsburg), Hambourg, Berlin et Schalke 04 étant un peu mieux lotis – jusqu’à 7.5 M€. Le géant bavarois profite également des revenus tirés de ses participations à la Ligue des champions et de ses produits dérivés. Depuis la Coupe du Monde 2002, par exemple, les maillots frappés du nom de Ballack font remplir les caisses du club bavarois. La crise peut-elle dégénérer ? Moins d’argent, ça veut dire moins de recrues étrangères et donc de nouvelles stars. Les clubs de la Bundesliga sont donc incités à favoriser la stabilité des effectifs et donner leur chance à la relève du football allemand. Ce qui n’est peut-être pas un mal, après tout. Le Bayern, qui a débloqué 25 M€ pour trois recrues (Ballack, Zé Roberto, Deisler) révélées en Bundesliga, fait figure d’exception. Mais à l’exemple du Hertha Berlin, les autres ont préféré essayer de dénicher les bonnes affaires. En outre, certaines équipes envisagent déjà de prendre des mesures, notamment pour réduire une masse salariale dont le poids dans leur budget est aussi critique qu’ailleurs en Europe. Ainsi, la baisse des droits de retransmission a conduit Stuttgart à supprimer les primes de match pour un an, poussant les joueurs à se mobiliser contre leur manager. Enfin, au cours d’une assemblée des trente-six clubs professionnels se tenant la veille du coup d’envoi de la nouvelle saison, le président du promu VfL Bochum, Werner Altegoer, a pris la tête d’une revendication pour une nouvelle répartition des revenus tirés des droits TV. Selon lui, les grosses écuries tirant mécaniquement les plus gros revenus et creusant encore plus les écarts avec les plus petites, "il n’y a plus besoin de jouer la Bundesliga". Altegoer fait le constat "d’une compétition réduite à cinq équipes", et il va même plus loin, prophétisant "l’effondrement du football allemand au plus tard dans deux ans" (1). Peut-être a-t-il en tête de mener une action similaire à celles des clubs de Serie A italienne privés d’accords de retransmission. On peut toutefois parier sur une conciliation interne. Les dirigeants du Bayern ont déjà déclaré dans le passé qu’il leur fallait une Bundesliga compétitive, c’est-à-dire composé de clubs ayant les moyens financiers de concurrencer le club bavarois. (1) L'ironie veut que Bochum soit en tête de la Bundesliga au terme de la 3e journée…
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