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Franck d'Embas

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Techniques de survie en basses eaux

Quelles armes reste-t-il aux "petits clubs" quand la logique les envoie (enfin) dans la seconde moitié du classement? La gestion des effectifs n'est pas une science exacte dans les PME de la Ligue 1.
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Le championnat à 20 clubs aura au moins ce mérite de rendre à César ce qui est à César et de retrouver une hiérarchie plus conforme à celle du passé glorieux Montécarlo-Oménien... avec au fond du trou une lutte sans merci pour échapper aux trois places de la disparition. Après le monde multipolaire que la D1 a connu durant le long intermède du G18 où tous les clubs avaient leur chance, on retrouve enfin un vrai foot d’en haut et un vrai foot d’en bas. Le danger des petits clubs semble presque écarté puisque Nice semble décidé à retrouver son rang. Ils sont peu nombreux dans le bas du classement à posséder des attaques de feu, seul Sedan avec Camara et Rennes avec Piquionne dans une moindre mesure paraissent encore en mesure d’inquiéter les clubs triomphants. Cependant, les petits réservent aussi leur lot de contre-performances individuelles tel un Ndiefi, d'ordinaire troueur de filets à la dizaine par an, qui se trouve relégué au rang d’un vulgaire Pouget perdu au creux de sa période sur l’axe Paris-Marseille. Lutte des classements À regarder, l’Equipe type du championnat Fantasy sur Yahoo!, on pourrait presque — si le conditionnel ne nous était compté — déduire que Monaco finira champion et Lyon son dauphin. Sur cette équipe type, les grands clubs s’illustrent par des positions offensives. Seul Lyon recèle un paradoxe patent, Caçapa et Coupet constitueraient à eux seuls le mur d’une défense pourtant perméable à loisir? Autre remarque rapide, ce dispositif en 3-4-3 se révèle étonnamment offensif au regard d’un championnat dont ce n’est pas la valeur maîtresse, tant les entraîneurs ont tendance à limiter la culture du risque (un certain Parisien à casquette et sucette faisant figure d’exception, à sa façon). Pour expliquer toutes ces incongruités, il faut expliciter les critères de constitution de cette équipe type, grâce auxquels on apprend que les joueurs des meilleurs équipes sont les meilleurs…

Règles de calcul
Nombre de titularisations: 4 points — Sorties en cours de match: -1 point — Entrées en cours de match: 1 point — Match non joué: -1 point
Buts : 9 points — Buts contre son camp: -5 points — But pour (équipe): 2 points — But contre (équipe): -2 points
Carton rouge direct : -9 points — Expulsions (2 cartons jaunes): -3 points — Carton jaune: -3 points
Victoire : 2 points — Défaite de l'équipe : -2 points
Penalty encaissé (gardiens) : -5 points — Penalty arrêté (gardiens): 5 points
Ainsi, on comprend mieux l’absence de tout milieu défensif et l’omniprésence des grandes équipes… Ce constat donne soudain une crédibilité supplémentaire aux classements de L'Equipe qui rend hommage aux gardiens malheureux trop souvent acculés à leurs cages. Ainsi, Cech et Vencel sont en tête des terreurs de goleador, et c’est justice puisque les avaries de leurs équipes pourraient, semble-t-il, venir de l’attaque. Au niveau des classements traditionnels, les ogres clubs de la L1 sont les auteurs de l'essentiel des bonnes performances à deux exceptions près. Tout comme la passoire lyonnaise semble incongrue en 14e position, le classement de l’attaque auxerroise paraît étonnant au regard des fusées Cissé et Benjani: 15e place du classement des attaques. À huit journées de la fin, pour les "petits clubs", la région à haut risque commence au Havre (14e) qui n ‘est qu’à cinq points du 18e, et le 20e qu’à 4 du 17e. Ces clubs ont tous en commun d’avoir subi le contrecoup d’un potentiel offensif déclinant, puisque à l'exception de Sedan, ils figurent tous en tête du classement des pires attaques. La chaotique gestion du personnel dans les petites entreprises Devant la pénurie d’informations concernant le bas-championnat, il faut prendre toutes les mesures nécessaires pour esquisser une analyse partielle. En effet, ce n’est pas au moment où les princes monégasques, l’OM, l’OL et les forces de l’Atlantique dominent le classement qu’on va se pencher volontiers sur la bataille des nains médiatiques qui se prolonge pourtant depuis le début du championnat… Une ligne de fracture stratégique demeure pourtant au sein du groupe des chevaliers sans gloire. Le constat majeur serait que le capitaine change souvent en période d’avarie chronique. Dans les situations de déroute, seuls Lille et Le Havre ont maintenu leur manager en chef (la fin de saison révèlera si ce choix est pertinent). Conséquence de cela, ce sont les deux équipes qui ont utilisé le moins de joueurs, se basant toujours sur un groupe quasiment identique. À Lille, 9 des 11 joueurs qui ont disputé le plus de matches étaient déjà dans le groupe d’Halilhodzic et comptent une moyenne de 25 matches (Brunel, N'Diaye, Tafforeau, Landrin, Wimbée, Delpierre, D'Amico, Cheyrou, Pichot). Au Havre, le cas est similaire, la base de l’équipe est la même que celle de l’an passé, la différence tenant au fait que Lille doit se contenter pour partie des seconds rôles, loin de ses récentes glorieuses heures. En revanche dans les cinq autres clubs, on a souvent changé le cadre, les pédales et les roues de la bécane pour franchir les cols. Trois petits au mauvais tournant de la roue de l’infortune flirtent avec la relégation: Sedan, Troyes et Ajaccio. Si l'on considère que les Corses ont connu deux périodes, ils n’ont pas véritablement eu deux entraîneurs, car l’espion des tribunes devait déjà diriger en sous-main et sa prise de pouvoir a dû ressembler à une révolution de velours accompagnée de deux cadeaux Bonus: Diomède et Esnaider. L’ossature de ces équipes s’appuie souvent sur un mélange de "joueurs de clubs", concept flou mais qui semble convenir à ces vaillants combattants de l’anonymat, pas toujours brillants mais souvent volontaires. Certains d’entre eux avaient connu le mitard et retrouvent les joies du combat quotidien. À Sedan, Regnault n’avait jamais joué autant de matches, Capron lui n’avait pas touché autant la balle depuis 97/98. De même, Asuar connaît une omniprésence rare depuis ses débuts en L1. À Troyes, c’est Amzine qui pulvérise son record de participation, le reste des joueurs cadres de devoir est souvent composé de Troyens fidèles: Brajda, Hamed, Tourenne, Heurtebis. À Ajaccio, Alicarte, Grégoire, Rodriguez, Trévisan forment la quadrature du cycle le plus récurrent avec une participation à 77% des matchs. Le retournement de crêpes collectives le plus impressionnant restera le Rennais. Avec un Amiral capé, peu de rescapés ont survécu à la bataille de Bergeroo. Ainsi, seuls cinq joueurs ont été titulaires pour plus des deux tiers des matches: un vieux briscard, Arribagé, deux jeunes anciens félons du début de saison (Escudé, Reveillère), un rempart infranchissable, Cech, et la seule satisfaction de la campagne 2003, Piquionne (3e attaquant de la L1 selon l’équipe qui marque un but tous les trois matches). Pour le reste, la flotte estivale a coulé dans l’anonymat et les Ivanov, Grenet, Fleurquin, Loeshbor auront vraisemblablement disputé moins d’un match sur trois en fin de saison. Les vertus du turnover La rotation du personnel la plus flagrante se situe à Montpellier avec 30 joueurs utilisés et une moyenne de moins de 13 matches par joueur. Si l'on peut supposer que le président a mis son veto pour Nouzaret, la stratégie Bernardet pourrait porter ses fruits. Point commun avec Rennes, deux vieux briscards tiennent la baraque (Carotti et Rouvière) abandonnés par les nouvelles recrues des deux dernières intersaisons: Bonilla, Laigle, Blanc et Tchato n’ont pas disputé plus de matches que la moyenne. En revanche, quel que soit l’avenir de la Paillade, le sang neuf pourrait se stabiliser dans les joutes futures de L1 avec les Bamogo, Mansaré, Barbosa, Michalovski et autres Mézague et Robert qui figurent parmi les joueurs les plus utilisés. Dans le noir naît souvent l’espoir, il semblerait que les combats déséquilibrés des bas étages favorisent l’émergence de nouveaux talents… Dans les cinq clubs précédemment cités, c’est entre 28 et 30 joueurs qui ont eu droit à leur chance. L’offre de places de titulaire est d’autant plus ouverte que les remplaçants ont presque systématiquement des opportunités. Ainsi, en moyenne, tous ces clubs font au moins deux remplacements par match, et Ajaccio, Troyes et Lille quasi systématiquement trois. Cette chance a été saisie de manière inégale, et certains jeunes connaissent de véritables réussites. On pourrait donc ajouter à la liste montpelliéraine les noms suivants: Grégory Lacombe à Ajaccio, Noro et Mbami à Sedan, Delpierre à Lille. Néanmoins, il serait démesurément optimiste de se satisfaire de ces révélations pour justifier le retour à 20 clubs et à une hiérarchie plus conforme aux standards du foot. On verra selon toute vraisemblance quitter le navire de la L1 les ratés de l'été, qui sont en proportion non négligeable dans cette arrière-cour. Effet constant dans le championnat de France, cette année, les dirigeants nous ont permis de découvrir encore quelques futures stars étrangères qui auront la côte au Qatar ou en Chine dans les années à venir. Si vous n'avez pas retenu ces noms, c'est que vous ne suivez pas vraiment le foot! Outre la belle pêche rennaise, il faut se souvenir du quatuor ajaccien: Guglielmone, Ananko, Wuillot, Nyan, et du brillant retour d'exil japonais d'Oulida à Sedan. On peut avoir confiance dans la pertinence des recruteurs français pour dégoter de nouveaux talents dès la saison prochaine. Chez les grands, on pense en décembre "vivement septembre qu'on retrouve l'Europe", dans le monde des petits, c'est plutôt "vivement l'été qu'on rigole un peu".
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