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Toni Turek

 

Überfan des footballs d’Allemagne et d’Autriche, passés et présents. Taulier de la Ventre Mou's League.


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Tasmania 1965/66 : down & under

De tous les clubs qui n’ont vécu qu’une saison en Bundesliga, la Tasmania 1900 Berlin est celui qui a fait la plus "forte" impression, au point de toujours détenir quelques records, même un demi-siècle après sa relégation. 

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À l’opposé de la plupart des capitales européennes, Berlin n’est pas la ville d’un ou plusieurs "grands clubs". Son meilleur représentant, le Hertha BSC, n’a remporté ni championnat depuis la création de la Bundesliga, ni Coupe d’Allemagne. Si l'on met de côté les sacres de 1930 et 1931, vestiges d’une ère où le championnat était organisé autrement, les titres de gloire de ce club se limitent à deux Coupes de la Ligue (2001, 2002) – tournoi d’été entre les cinq premiers de Bundesliga et le vainqueur de la Coupe – et trois couronnes de deuxième division (1990, 2011, 2013).

 

 

 


Naissance de la Bundesliga…

Si, avec trente et une saisons au plus haut niveau, le Hertha figure dans le Top 15 des clubs les plus assidus de l’élite outre-Rhin, c’est une autre équipe qui a laissé la plus grande trace berlinoise dans le Livre des records: la Tasmania 1900.

 

Champion de l’Oberliga ouest-berlinoise 1962/63, le Hertha BSC est sélectionné avec quinze autres clubs pour la mise en place de la nouvelle Bundesliga en 1963. Mais s’il a été maître chez lui, il est loin des meilleurs au niveau national: quatorzième, il se maintient en 1964 pour un point. La même situation se reproduit la saison suivante, ce qui ne le préserve pas cette fois de la descente: la faute à un trou de presque 200.000 marks décelé dans la caisse, lié aux salaires versés à certains joueurs et aux montants de quelques transferts, qui ont outrepassé les limites imposées. Cette décision, qui néglige la spécificité du club berlinois – seul à jouer dans une ville coupée en deux et enclavée en RDA – plonge la Bundesliga dans sa première grande crise.

 

La fédération allemande (DFB) décide de mettre en place une phase de barrages pour trouver le remplaçant du Hertha. De son côté, celui-ci demande l’annulation de sa rétrogradation administrative. Mais cet appel est rejeté, ce qui avalise le maintien du Karlsruher SC et rend caducs les barrages auxquels ce club, classé premier relégué 1964/65, devait participer. Cependant, le cas n’est pas définitivement réglé car un recours est déposé, qui aboutit.

 


… et élargissement à dix-huit

Pour éteindre l’incendie qui couve, les clubs de l’élite se réunissent et décident d’une Bundesliga élargie qui inclut Karlsruhe et les deux promus ayant gagné leur promotion sur le terrain – et qui deviendront les stars des années 1970, quand ils conquerront l’Allemagne et l’Europe: le Borussia Mönchengladbach et le Bayern Munich.

 

La relégation du Hertha et le maintien de Karlsruhe entérinés, il reste à déterminer le(s) dernier(s) participant(s). Quatre ans après la séparation en deux de la capitale, il faut montrer que Berlin-Ouest est bien partie intégrante de la RFA: la capitale doit donc être représentée. Premier de la Regionalliga (D2) berlinoise, le Tennis Borussia Berlin a été éliminé en barrages, et son dauphin Spandau refuse de monter. Sollicitée, la Tasmania 1900 Berlin, troisième, accepte: paradoxalement, la Tasmania monte l’année où elle ne s’est pas qualifiée pour les barrages!

 

La promotion de la Tasmania fait grincer des dents, surtout à Gelsenkirchen. Lanterne rouge 1964/65, Schalke 04 rue dans les brancards: si Karlsruhe n’est pas relégué, pourquoi lui le serait-il? N’aurait-il pas dû bénéficier de l’extension de la Bundesliga, sans cette volonté politique d’inclure un club berlinois à tout prix? Pour amadouer les Königsblauen, la DFB étend à dix-huit le championnat, de sorte qu’’il n’y ait ni relégué ni récrimination envers la Tasmania. Quinze jours avant la reprise, en août 1965, le feuilleton s’achève: à désormais dix-huit, la troisième saison de la Bundesliga moderne peut enfin démarrer.

 

 

 


Montée truquée, préparation tronquée

Mais les divers recours ont plombé l’avant-saison du promu berlinois, qui n’a reçu que tardivement la confirmation de sa participation à la Bundesliga. S’il peut réaliser un joli coup avec la venue de l’international Horst Szymaniak, il doit déplorer le départ de cadres: ainsi, son meilleur buteur 1964/65, Heinz Fischer, est parti avant l’officialisation de la promotion.

 

Surtout, le passage au professionnalisme à 100 % pose problème pour la plupart des joueurs qui, à côté, avaient souvent un travail. Ce brutal changement de rythme et une préparation écourtée vont hâter la chute de ce club du district de Neukölln (jadis Rixdorf), dont le nom avait été choisi en 1900 par ses fondateurs dans un troquet berlinois, à la suite d'une discussion entre marins au sujet de l’île australienne de Tasmanie.

 

Certes, la Tasmania remporte son premier match au plus haut niveau, le 14 août 1965: 2-0 sur Karlsruhe. Mais elle doit attendre jusqu’au 21 mai 1966 pour son second succès de la saison (2-1 sur le Borussia Neunkirchen). Dans l’intervalle, un long cortège de défaites, jusqu’à dix de suite, souvent lourdes, entrecoupé par quelques résultats nuls presque inespérés: seul Kaiserslautern ne parvient pas à battre au moins une fois une Tasmania devenue relégable en quinze jours, et engluée au dernier rang dès octobre. Sur le banc, le remplacement en novembre de l’entraîneur Franz Linken par Heinz-Ludwig Schmidt, après un 0-5 lâché chez le champion en titre Brême, n’améliore rien. L’échec face à Cologne au premier tour de la Coupe d’Allemagne ne relève pas le moral d’un groupe accablé, qui entre sur les terrains battu d’avance.

 


Référence du pire

La saison 1965/66 se conclut par le premier sacre du Munich 1860 et la jolie troisième place du prometteur promu qu’est le Bayern. Mais elle est aussi tristement marquée par la piteuse lanterne rouge de la Tasmania berlinoise, dont les huit points [1] montrent qu’elle n’avait pas le niveau: l’avant-dernier Neunkirchen est à quatorze points devant! Plus impressionnante, l’évolution de l’intérêt porté à la Tasmania: à 81.000 spectateurs présents au stade pour la grande première en août 1965, les affluences ont connu une chute vertigineuse, jusqu’au 15 janvier 1966, où le 0-0 contre Gladbach a été suivi par moins de mille personnes dans les tribunes.

 

Outre ce record du minimum d’affluence, la Tasmania 1900 Berlin en compte encore d’autres à ce jour: pires attaque (15 buts marqués en 34 journées, Usbeck meilleur buteur à 4 réalisations), défense (108 buts encaissés) et différence de buts (-93), plus petit nombre de victoires (2), plus grand nombre de défaites (28), plus longues séries de matches sans victoire (31) et de défaites (10) sur une saison, plus large revers à domicile (0-9), etc. L’unique club ayant évolué dans l’élite sans y avoir obtenu le moindre succès à l’extérieur mérite son titre de cancre parmi les cinquante-trois équipes ayant joué en Bundesliga depuis 1963.

 

Le format de Bundesliga à dix-huit clubs a été conservé [2]. Maudite, la Tasmania n’y est jamais revenue, malgré trois qualifications en barrages, avant sa faillite en 1973 par manque de soutien populaire et financier. Après elle, deux autres clubs de Berlin-Ouest ont découvert l’élite [3], et s’ils ont aussi fait l’ascenseur, ils n’ont jamais atteint les abysses tasmaniennes. Mais ces records peuvent être menacés. Celui de la plus longue période sans marquer (741 minutes) a été battu quatre fois, ceux des plus petits nombres de succès (2) et points pris à domicile (7) sur une saison ont été effacés récemment par Fürth. Avec quatre buts inscrits en un tiers de championnat, Hambourg peut à son tour viser celui du minimum offensif.

 

 


[1] 2 V, 4 N, 28 D – la victoire vaut alors deux points.
[2] Sauf en 1991/92, quand deux clubs de l’ex-RDA ont été intégrés dans une formule à vingt équipes.
[3] Le Tennis Borussia en 1974/75 et 1976/77, le Blau Weiss 90 en 1986/87.

 

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