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Christophe Zemmour

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Tardelli 1982, un cri dans la nuit

Un jour, un but - Le 11 juillet 1982 à Santiago Bernabeu, Marco Tardelli offre le break à l’Italie à la 69e minute de la finale de la Coupe du monde face à la RFA. Plus que le but en lui-même, la mémoire du football retient l’extase infinie du Juventino.

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Antonio Cabrini vient de rater son penalty. La finale du Mundial 1982 est proche de la fin de sa première demi-heure, mais l’issue n’est que repoussée. Éreintée par sa demi-finale au long cours face à la France, la RFA doit faire face à une équipe d’Italie en pleine ascension, forte de ses victoires aux dépens de l’Argentine de Maradona, du Brésil de Tele Santana et de la Pologne sans Boniek. Surtout, la Nazionale compte sur un Paolo Rossi à son zénith – un zénith placé entre sa sortie d’une longue suspension due au scandale du Totonero, son début de tournoi fantomatique et sa carrière future entravée par de sérieuses blessures. Le numéro 20 reste sur cinq réalisations consécutives, trois face au Brésil et deux contre la Pologne. Lors de la finale, il marque son sixième et dernier but à la 57e sur une reprise de la tête à l’entrée des 5,50 mètres. À partir de cette ouverture du score, l’Italie va frapper toutes les douze minutes.
 

 

Tardelli 1982 but Italie

 


De sinistra

La passe de Karl-Heinz Rummenigge pour Paul Breitner est trop appuyée. Après un bon retour de Rossi, le ballon est récupéré par Gaetano Scirea dans ses vingt-cinq mètres. On joue la 69e et le célèbre défenseur initie une contre-attaque jusqu’au rond central. Il donne à droite pour Bruno Conti qui se réaxe et poursuit jusqu'à l'entrée de la surface. Là, Rossi lui chipe le cuir et écarte pour Scirea qui avait suivi. Le libero mué en ailier talonne pour le jeune Giuseppe Bergomi, autre défenseur à participer au contre, qui lui remet après un contrôle. Malgré le bras levé d'Harald Schumacher, l'arbitre ne signale pas Scirea en position de hors-jeu. Ce dernier temporise avant de rentrer intérieur et de servir du gauche Marco Tardelli posté à l'entrée de la surface.
 

Le milieu azzurro effectue d'abord un contrôle orienté de l’extérieur du pied gauche qui lui permet à la fois de se soulever légèrement la balle et de transformer idéalement en position de tir cette passe venue de la droite. A cause du retour de deux adversaires, Tardelli se voit contraint de frapper en taclant. La demi-volée fuse sur la gauche de Schumacher qui ne bronche pas et atteint le petit filet. L'Italie mène 2-0 et Tardelli va alors célébrer sa réalisation d'une manière si graduelle, si intense et si pure que l'image va rester comme l'une des plus fortes de l'histoire de la Coupe du monde. À l’instar du dernier cri de Diego Maradona en 1994, elle va quasiment occulter le but, pourtant joli, à la fois d’un point de vue collectif et individuel.
 


Une joie sans fin

La caméra zoome tout de suite sur Tardelli. D’abord incrédule, le numéro 14 se relève et commence à courir et à secouer la tête. Sa bouche s’ouvre et semble crier quelque chose entre “No!” et “Gol!” Il serre les poings, secoue les bras. Claudio Gentile poursuit son coéquipier qui s’échappe irrémédiablement et Dieu ne sait où. La scène semble durer une délicieuse éternité. John Foot, dans son ouvrage Calcio dont l’image du “cri de Tardelli” fait la couverture, dit: “Peut-être que Tardelli serait encore en train de courir si on ne l’avait pas arrêté.” Sur le blog Ghost Goal, Alan Smithy qualifie cette célébration comme “la plus belle que le football ait jamais vue”. D’autres observateurs, comme Jason de Vos sur CBC Sports, voient en cette extase spontanée l’expression de la réalisation d’un rêve d’enfant.
 

 

 


Tardelli confirme: “C’est comme si un volcan explosait. Dans ces instants, tu penses aux choses que tu as faites dans ta vie, à ta famille, à tes frères, en Italie. C’est un peu comme quand on dit que tu vois ta vie défiler au moment de mourir. A ce moment-là, j’étais parvenu à un sommet que n’importe quel enfant rêve d’atteindre.” Cette célébration est restée dans la culture populaire italienne. L’image a été diffusée en boucle à la télévision transalpine. Le cri de Tardelli a également trouvé un écho certain dans la joie de Fabio Grosso après son but en demi-finale du Mondial 2006. Qui sait, il y a peut-être aussi du Marco Tardelli dans le Super Pippo.


Sandro Pertini, le président de la République italienne est assis à côté du Roi Juan Carlos, spectateur de ce moment historique qui aura généré presque 95% des parts de marché télévisuels transalpins de ce 11 juillet 1982. Après le troisième but inscrit par Alessandro Altobelli, il se lève à nouveau et déclare: “Ormai non ci riprendono più”. Oui, ça y est, plus personne ne peut rattraper les Azzurri. Et encore moins l’un d’entre eux, que l’on aimerait voir courir encore et encore.

 

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