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Jamel Attal

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Brescia dans la colle

Tapie V2.0 : débogage difficile

Après cinq journées de championnat, l'OM n'en a toujours pas fini avec une intersaison chaotique. Le club est en proie à une guerre civile, les dégâts sportifs sont terribles, et on ne sait plus où en est vraiment Bernard Tapie. Mais le responsable sportif annonce son retour sur le front….
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Un été en pente forte
Les doutes les plus évidents portent sur un domaine dans lequel Tapie excellait et dont il affirmait haut et fort se rendre à nouveau maître : le recrutement. Et là, on ne peut que constater l'incohérence totale des mouvements observés entre la rue Negresko, la Commanderie, le Vélodrome, Marignane et Levallois-Perret (siège de la société de RLD). Allers-retours écourtés, joueurs stigmatisés puis réintégrés, dizaines de contacts noués, infos glissées au fiston pour son site web, volte-face éhontées, prêts express, dégraissage raté, joueurs repartis sans avoir signé, entraîneurs virés à la chaîne, imbroglios administratifs… Tout y est passé et aujourd'hui le projet sportif marseillais est incompréhensible.

La Force est-elle encore avec lui?
Ensuite, la magie ne semble plus fonctionner comme avant : les pouvoirs de Nanard dans le vestiaire semblent s'être évaporés dans les tuyaux de douche, et son équipe est aussi peu conquérante que possible, apparaît inhibée et sans ressource. Pas surprenant quand on se souvient du mépris avec lequel certains joueurs ont été traités et des incertitudes qui entourent encore le club, ce à quoi il faut ajouter une préparation physique tardive et une cohérence tactique introuvable.
Le départ de José Anigo n'a pas amélioré cette impression, l'ex-entraîneur ayant accusé son supérieur de ne pas assumer les choix qu'il lui imposait . "A Lens, il m'a fait passer pour un con aux yeux de tout le monde, les joueurs, la presse, en disant ouvertement que si on avait perdu, c'était ma faute. Il assure partout qu'il fait les choix tactiques, alors qu'il les assume !" (L'Equipe 25/08). La veille, c'était La Provence qui recueillait son courroux: "C'est facile de faire la tactique à quatre heures et ne pas assumer. Je veux prendre ma part des responsabilités, mais pas porter le chapeau tout seul pour un recrutement tardif, des joueurs qui sont repartis parce qu'ils ne correspondaient pas à ce qu'on recherchait".

Tapie sur le banc…
Si Tapie était prêt à assumer (ne serait-ce que ses promesses très ambitieuses proférées à son arrivée), il devrait tomber le masque et prenne place là où il doit exercer ses talents, c'est-à-dire au bord de la pelouse. Mais le poste est exposé, et pour Nanard, ce serait déchoir. Sa position ambiguë l'a en fait toujours servi : quand ça gagne, c'est grâce à mon incomparable sens tactique et à mes fameux talents de meneur d'hommes, quand ça perd, c'est la faute à cet incompétent d'entraîneur.
Le problème semble tenir à une question de statut. Depuis sa reprise de fonction, Tapie n'a cessé de commenter la nature de ses fonctions au sein du club. Il avait bien auparavant affirmé que jamais il ne serait l'employé de Louis-Dreyfus, et son retour avait été obtenu avec un montage compliqué qui attribuait une part de capital à l'ex-président. L'orgueil de celui-ci a dû ensuite subir une liberté surveillée par un ennemi intime en la personne du nouveau directeur financier. RLD maintient envers et contre tout sa stratégie de management consistant à former des duos soudés par la haine… Côté sportif, il reste ce démiurge occulte et omnipotent. Mais les hommes de paille sont difficiles à trouver. A ce propos, l'insistance de Tapie à regretter le "profil Bernès" est assez significative de son désarroi devant cette pénurie. Sans bras droit pour tenir le club à la charnière du sportif et de l'administratif, il perd prise, a fortiori quand ses rivaux opèrent à plein temps.

Un vrai retour ?
Dans un étonnant interview accordé au Parisien (!) le 20 août, Tapie avait semblé faire preuve d'un étrange recul. D'un côté il annonçait qu'il allait s'invertir davantage, de l'autre il surprenait avec des petites phrases évoquant une certaine lassitude, ses autres occupations ("Je n'ai pas le même temps qu'avant à consacrer à l'OM. Je fais de la radio, de la télé, du cinéma, et c'est aussi très passionnant. Avant, quand c'était mon club, j'étais là en permanence"). Il limite sa responsabilité dans le recrutement (il ne reconnaît que Delfim, Lebœuf et André Luiz), affiche son envie d'avoir un directeur technique avec le profil de Puel…
Une semaine plus tard, au surlendemain d'une défaite pour laquelle il ne trouve que des mots cruels, Tapie place (ce lundi) une contre-offensive qui s'apparente à un nouvel épisode de la Guerre Dubiton. La Provence et France Inter ont accueilli ses déclarations, qui font amende honorable d'un investissement insuffisant auquel il va remédier rapidement, se fixant le nouvel objectif personnel d'un bilan à la trève. Cela ressemble à un retour aux commandes, assorti de menaces envers un effectif qui va entendre la voix de son maître très distinctement.

Par ailleurs plutôt modéré, il a livré son analyse du blocage marseillais sans charger Anigo ("manipulé" par l'autre clan), en évoquant la réussite des joueurs lorsqu'ils quittent le club (mais, là, l'exemple d'Abardonado est un peu court), et en diagnostiquant l'anémie de son groupe. Tapie convient à son tour que l'OM est un club difficile à gérer, pointant le gâchis des dernières années… Cela sonne un peu comme un aveu de l'ampleur de la tâche, avec une modestie nouvelle.
Par ailleurs, il dément les propos imprimés dans le Parisien et semble assumer l'ensemble du recrutement : "Je n'ai pas toujours été le promoteur de leur venue mais tous les joueurs sont là avec mon accord plein et entier"… Comprenne qui pourra, d'autant qu'il dit à la radio qu'il ne participe pas aux négociations avec Jardel.

Artillerie
Il ne se refuse cependant pas à raviver sa dialectique du complot, peut-être à juste titre tant la lutte d'influence reste brutale. "Il y a un nombre incalculable de gens qui souhaitent que mon entreprise ne réussisse pas pour diverses raisons (…) Il y a une entreprise de démolition et vous n'en faites jamais état. Une fois que j'aurai pété les plombs, vous verrez... (…) On me met des bâtons dans les roues, il y a un champ à déminer".
Bien échauffé par un journaliste, le directeur financier vitupère son latin sur France Info : "S'il me menace, je lui saute à la gorge". Saine ambiance. Dubiton réclame une réunion avec RLD, critique à nouveau la politique sportive et les changements d'entraîneurs, et revendique la nomination d'un "véritable entraîneur", pas d'une "lavette". Autant dire que le bras de fer se durcit, puisque les positions prises sont l'opposée les unes des autres.

Il n'est pas sûr que Robert Louis-Dreyfus ait bien compris que cette guerre continuera jusqu'à l'élimination de l'un ou l'autre. Une partie d'échec pieds-poings est entamée dans laquelle chacun déploiera sa stratégie. Pour Tapie les options sont simples. Si les choses continuent de mal tourner sportivement, il doit pouvoir dire que c'est parce qu'une faction s'est liguée contre lui et les intérêts du club, et invoquer qu'il ne détient pas toutes les clés. Il pourrait ainsi trouver l'occasion de renouer avec des responsabilités plus en rapport avec sa conception du dirigeant de club. Et de ce côté, on peut lui faire confiance pour mettre en œuvre toute sa force de conviction le jour venu.
Mais pour l'instant, il est clair qu'un redressement sportif est le plus court chemin vers ses ambitions, et surtout, vers la survie de l'OM.

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