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Pierre Barthélémy

Pierre Barthélémy est avocat au Barreau de Paris, spécialiste de droit public et conseil de certains supporters parisiens. @Pierre_B_y


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Attention à la flaque !

Supporters : Ligue et pouvoirs publics ne veulent toujours pas dialoguer

Malgré l'appel de plusieurs politiques à l'ouverture d'un dialogue avec les supporters, la Ligue et les pouvoirs publics font toujours la sourde oreille et ignorent la nouvellement créée Association Nationale des Supporters. 

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« Ce qu’il faut défendre, c’est le dialogue et la communication universelle des hommes entre eux. » (Albert Camus, Combat, 30 novembre 1946.)

 

***

 

Avec l’avènement de l’Association nationale des Supporters (ANS), les différentes parties prenantes du football français disposent de l’interlocuteur dont elles avaient besoin en matière de gestion et d’animation des tribunes. Pourtant, le Ministère de l’Intérieur et la LFP conservent une conception biaisée du dialogue et se montrent réticents à lui accorder la place requise. Il est urgent de prendre ses responsabilités car l’autoritarisme et le dialogue de façade ne sont ni productifs, ni pérennes.

 

 

Une prise conscience des vertus du dialogue

C’est Thierry Braillard, le secrétaire d’État aux sports, qui a le premier fermement invité l’ensemble des parties prenantes à se saisir de la main tendue par les supporters: "Les supporters sont une part essentielle du football et on ne peut pas faire comme s’ils n’existaient pas. J’en appelle aux dirigeants du foot français pour qu’ils cessent cette politique de refus du dialogue. Parce que ce n’est pas comme ça qu’on va faire avancer les choses. Ce refus du dialogue est hallucinant." Et de joindre la parole aux actes en recevant l’ANS et en participant à certaines des réunions de supporters .

 

Cette prise de conscience fait suite à une longue série de travaux parlementaires et universitaires depuis 2007. En fil rouge, les contributions du sociologue Nicolas Hourcade, auteur de multiples plaidoyers pour le dialogue. Il trouve un relais chez certains élus politiques compétents et sensibles en la matière. C’est le cas de l’ancienne Ministre des Sports, Marie-George Buffet, qui a reçu l’ANS et appuie ses démarches auprès des institutionnels. "J'ai rencontré les responsables de l'ANS, ce sont des gens sérieux", assure-t-elle. Et de confier à Onze Mondial: "Il faut que la Fédération et la Ligue les prennent pour des gens responsables et avec qui on peut dialoguer."

 

Malgré ses réticences initiales, la FFF a reçu l’ANS. Il faut croire que le courant est passé puisque les deux parties ont convenu d’engager des travaux en partenariat pour la préparation de l’Euro 2016 et la rédaction d’une charte civique des droits et devoirs des supporters. Plus récemment, c’est le président de l’AS Saint-Étienne et du nouveau syndicat des clubs professionnels, Bernard Caïazzo, qui a annoncé dans un grand dossier « Supporters » de France Football son intention de "créer de multiples commissions, et les supporters auront droit à la parole. Pour faire avancer les choses, il faut rassembler et ouvrir un vrai dialogue", sans préciser de quels supporters il parle.

 

 

 

Tous s’accordent pour dire que l’absence de dialogue renforce les supporters radicaux autant qu’elle affaiblit ceux qui sont responsables et ouverts à des démarches constructives. Pour être un relais efficace en tribunes, l’ANS doit faire ses preuves. Cela commence par la reconnaissance par les instances du football et par les pouvoirs publics d’une légitimité au dialogue. Sans dialogue préalable ni prévention, il n’est pas de répression légitime, et donc pas de répression efficace. Or, la répression n’a pas vocation à réprimer pour réprimer. Le cas échéant, elle deviendrait un ennemi légitime. Le dialogue donne son sens à la répression, celui de fixer des limites par la dissuasion. Par essence donc, le seul recours à la répression est un échec.

 

Par ailleurs, le dialogue confronte à la réalité. Qui rencontre les supporters ne peut plus objectivement se cacher derrière des clichés et les voir comme une masse homogène et dangereuse. Les dirigeants du football français et les responsables des pouvoirs publics ne vont jamais en tribunes populaires. Le dialogue est donc le meilleur moyen de faire tomber une barrière qui s’est nécessairement élevée, le plus souvent dans un halo de clichés malheureux. Lorsque le dialogue intervient, ce sont tous les acteurs qui en bénéficient. L’exemple de l’accueil des supporters parisiens par le Stade Rennais et la Préfecture d’Ille-et-Vilaine en est une illustration récente. Il a permis d’éviter toute tension et de réduire en moyens humains et techniques les besoins sécuritaires. Au grand dam des opposants au dialogue, comme le PSG, confronté à ses contradictions .

 

 

Une mauvaise conception des supporters

Malheureusement, les pouvoirs publics centraux refusent de comprendre les vertus du dialogue et s’enferment dans leur conception erronée des supporters. Le fait même qu’ils aient intitulé l’entité en charge du supportérisme par référence au seul hooliganisme (Division nationale de lutte contre le hooliganisme) est symptomatique. Cette approche se ressent dans le discours de son commissaire chef: "Je suis policier et pas président de club. Les clubs discutent déjà avec leurs supporters et les prennent en considération." La DNLH explique qu’auparavant, il existait selon elle trois catégories de supporters: le public familial et festif, les Ultras (potentiellement à risque) et les hooligans (à risques avérés). Consciente qu’il n’existe en réalité que très peu de supporters violents, et comme pour justifier son action uniquement répressive, elle a fusionné en une seule catégorie les Ultras et les hooligans. Justifiant ainsi de prendre les mesures les plus dures, dédiées à une minorité mue par la seule violence, à l’ensemble des associations de supporters.

 

Du côté de l’UCPF, pour refuser le dialogue, on moque l’intérêt économique du supporter. "Un club ne vit pas uniquement grâce à ses supporters, qui représentent une part de plus en plus faible dans le budget des clubs", assure-t-on. Alors, forcément, on vit de clichés: "Chaque week-end, des gars viennent systématiquement dépouiller vos rayons ou arracher vos sièges. Vous allez discuter avec eux?"

 

Les conséquences sont sans appel: on prend des arrêtés d’interdiction de déplacements impactant des milliers de supporters pour prévenir de prétendus risques en impliquant quelques dizaines. Au total, on recense trente-neuf arrêtés la saison passée, soit en moyenne un par week-end. De son côté, la LFP ferme des virages de 5 à 10.000 supporters à Lyon, Marseille ou Saint-Etienne pour des jets de canettes ou de pétard de cinq à dix personnes.

 

 

Une mauvaise conception du dialogue

Outre l’aveuglément sur l’identité et l’hétérogénéité des supporters, tout ceci traduit un malaise des pouvoirs publics et de la LFP avec le dialogue. Parce qu’ils ont peur d’être confrontés à leurs erreurs et leur incompétence, ils stigmatisent l’outil même du dialogue. La LFP refuse d'échanger avec l’ANS au motif qu’elle ne serait pas crédible. Mais comment justifier de sa crédibilité quand on n’est pas écouté? La DNLH claironne qu’elle parle avec les supporters, reprenant inlassablement sa rencontre avec les Stéphanois. Pourtant, les supporters sont clairs: il n’y a pas eu de dialogue dans le bon sens du terme. Il y a eu un discours de fermeté exacerbée de la DNLH. Autrement dit, un dialogue de sourds.

 

Pour les sociologues, "on est un des rares pays où on ne reconnait pas les supporters comme des acteurs à part entière du développement du sport". Par conséquent, la spécificité de la politique française, c’est de "refuser le dialogue avec les associations, ce qui a pour effet pervers de tendre les relations entre supporters et forces de l’ordre (stadiers comme policiers), ce qui ne permet pas de désamorcer certaines tensions".

 

Le ministère de l’Intérieur a annoncé devoir rencontrer l’ANS fin décembre. Espérons qu’il ne s’agisse pas d’un dialogue de façade. À cet égard, il est souhaitable que la DNLH ne soit pas le seul représentant du Ministère. Car le dialogue exige un échange et non une confrontation. Car, surtout, l’ANS représente les associations de supporters et non les hooligans.

 

 

[1] Faut-il avoir peur des supporters ?, rapport d’information de la commission des Affaires culturelles du Sénat (2007). Accroître la compétitivité des clubs de football professionnel français, rapport dit "Besson" remis au premier ministre (2008). Livre Vert du Supportérisme (2010). Rapport pour un modèle durable du football français dit « Glavany » (2014)

 

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