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Pierre Barthélemy

Pierre Barthélemy est avocat au Barreau de Paris, spécialiste de droit public et conseil de certains supporters parisiens. @Pierre_B_y


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Supporters : des promesses bien assises

Organisées au Sénat la semaine dernière, les Assises du supportérisme marquent peut-être, avec la création du Conseil national des supporters, la première étape vers la reconnaissance du rôle de ces derniers et de la nécessité de les associer à la gestion des clubs.

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Comme le Livre vert du supportérisme de 2010, le chapitre du récent rapport Glavany relatif aux supporters était voué à un enterrement de première classe, dans l’ignorance et le silence coupables de tous. Pourtant, cette fois, certains supporters ont décidé qu’il était temps de devenir non seulement acteurs, mais surtout moteurs dans les réflexions tendant à définir leur place dans le football actuel.
 

À cette fin, l’association À La Nantaise a organisé, jeudi dernier au Sénat, Les Assises du supportérisme avec l’appui du parlementaire Ronan Dantec. Si l’après-midi s’est avérée riche en témoignages et réflexions, c’est l’annonce de la création du Conseil national des supporters de football qui a constitué le clou du spectacle.
 

 


 


En quête d’un interlocuteur légitime

L’une des critiques, pertinente, adressée aux supporters ces derniers temps, et cristallisée par le rapport Glavany, est l’absence d’interlocuteur représentatif et légitime à opposer aux autres protagonistes: FFF, LFP, clubs, pouvoirs publics… Face à cette critique persistante, l’association de supporters À La Nantaise a engagé des réflexions, rencontré des responsables locaux et nationaux, mûri son projet et donc lancé le CNSF.
 

À ce stade encore embryonnaire, il n’en constitue pas moins une avancée significative. Il offre aux supporters de la crédibilité: celle de leur capacité à s’organiser dans le respect des règles et à rassembler des protagonistes de tous horizons professionnels (avocats, professeurs d’université, fonctionnaires, étudiants), sociaux ou géographiques (de Nantes à Nancy en passant par Rouen), de tous âges et aux ambitions diverses (actionnariat populaire, vie des tribunes, développement de la vocation sociale et culturelle du football…).
 

Concrètement, le CNSF a vocation à rassembler toutes les associations de supporters transparentes, responsables et ouvertes, autour d'un travail collaboratif pour réfléchir en amont et dialoguer par la suite. Présent jeudi au Sénat, Bernard Desumer, vice-président de la FFF, a semblé sensible à cette initiative – lui qui œuvre de son côté, depuis le Norvège-France de 2012, à la constitution d’un groupe officiel de supporters de l’équipe nationale. Petit pas ou pas de géant, l’avenir le dira. Mais désormais, ni la Ligue ni les pouvoirs publics ne pourront se cacher derrière l’argument d’un éclatement de la représentation des supporters pour refuser encore et toujours l’indispensable dialogue. Ils sont même appelés à contribuer au développement d’un Conseil auquel ils seraient bien inspirés d’apporter soutien médiatique, financier et logistique.
 


Ambition première : l’actionnariat collectif

Si c’est surtout la question des tribunes et des supporters Ultras qui nous a occupés dernièrement, le CNSF est avant tout porté par une volonté d’investissement global des supporters dans l’évolution du football et dans sa gouvernance. Sous le prisme de l’actionnariat populaire et de l’application de la RSE (Responsabilité sociale des entreprises) aux clubs de football, deux des trois tables rondes ont surtout mené les débats sur le rôle dont les supporters peuvent être investis en tant que parties prenantes au titre de ladite RSE [1].
 

Dans l'esprit de cette démarche, les supporters aimeraient désormais participer au capital des clubs et disposer a minima d’un pouvoir de contrôle et de décision au sein des clubs. En la matière, l’intervention de Ben Shave, de Supporters Direct Europe, a mis en exergue l’incroyable retard de la France sur ces questions. C’est ce qu’a rappelé William Gaillard (conseiller de Michel Platini à l’UEFA): sur les 54 membres, seuls trois n’ont pas mis en place dans leurs clubs l’agent de liaison avec les supporters (Azerbaïdjan, Modalvie et France – alors qu’en Allemagne, il existe en moyenne huit agents de liaison par club).
 

Le témoignage de Colin Farmery a particulièrement marqué les esprits. Supporter de Portsmouth, il a vu son club être relégué en D4 à la suite de trois dépôts de bilan dont furent responsables des dirigeants parfois incompétents, parfois escrocs. Désormais, les supporters sont propriétaires de leur club. Après avoir réussi à collecter près de deux millions d’euros ensemble, ils ont racheté leur équipe, qui joue désormais devant 18.000 personnes à chaque rencontre. Première conclusion tirée par tous les participants: la gestion d’un club est d’autant plus transparente (et le club est donc d’autant plus pérenne) que les supporters ont un droit de regard sur sa gestion.
 


En creux, le mouvement Ultra

Si les questions des tribunes sont restées plutôt secondaires dans les débats ou dans l’esprit des fondateurs du CNSF, une belle porte s’est ouverte pour le mouvement Ultra. La présence de beaucoup de représentants de ces supporters au Sénat a démontré, une nouvelle fois après la manifestation nationale à Montpellier, leur capacité à s’asseoir à une même table, à échanger et à parler unis. Les échanges entre Bernard Desumer et des représentants Ultras (notamment nantais et parisiens) se sont avérés constructifs, même si le premier cité a quelque peu essuyé les plâtres pour la LFP – étonnamment non représentée au motif que la préparation de la finale de la Coupe de la Ligue ne lui laissait pas de temps.
 

L’intervention du sociologue Nicolas Hourcade a été particulièrement marquante lorsqu'il a rappelé qu’aucun système européen n’a connu le succès par le truchement du tout-répressif dans lequel Frédéric Thiriez et Manuel Valls s’entêtent. Selon lui, le système anglais (qui a allié une forte répression à une mutation du football en une activité économique onéreuse) ne pourrait fonctionner qu’à Paris en raison de sa puissance financière et d’un bassin démographique de dix millions d’individus unique en Europe continentale. Pour le reste du pays, les modèles allemand ou belge auraient vocation à s’imposer. Mais là non plus, la répression n’a pas suffi. C’est le recours systématique, sincère et approfondi au dialogue qui a d’une part permis de concevoir les stades de manière adaptée, et qui a d’autre part légitimé des mesures de rétorsion aussi intransigeantes qu’intelligentes contre les fauteurs de trouble.
 

L’incapacité de la France, de ses pouvoirs publics et de ses institutions footballistiques à nourrir une réflexion globale alliant toutes les composantes du football (sportive, économique, médiatique, festive, populaire…), aussi bien qu'à ouvrir le dialogue, l’enferme dans une inefficience crasse et une inopportune radicalisation. La nouvelle ministre des Sports Najat Vallaud-Belkacem et son secrétaire d'État Thierry Braillard, auxquels le Conseil a demandé une rencontre, tiennent l'occasion de changer la donne.
 


[1] La RSE, selon le Livre vert de la Commission européenne, est un "concept dans lequel les entreprises intègrent les préoccupations sociales, environnementales, et économiques dans leurs activités et dans leurs interactions avec leurs parties prenantes sur une base volontaire". Cela se traduit, par exemple, par l’accompagnement qu’offrent (que sont censés offrir) les clubs aux jeunes du centre de formation qui ne sont pas appelés, in fine, à devenir professionnels. Cela concerne aussi, par exemple, les perspectives environnementales et écologiques liées aux stades (du photovoltaïque sur les toits du stade Geoffroy-Guichard aux soucis de pollution des pelouses synthétiques), ou encore, dans un autre domaine, les fondations des clubs dont les actions sociales sont importantes dans le tissu local.

 

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