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Jamel Attal

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Stade de France (3) Une histoire chaotique, un présent polémique.

La réussite symbolique du Stade de France et la victoire du 12 juillet 98 ont fait passer au second plan les innombrables controverses, "affaires" et revirements de situation qui ont jalonné sa gestation. Le SdF est depuis longtemps un brûlant dossier politique et économique. Il l'est toujours.

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Le premier épisode est peut-être le plus oublié, ce qui enlève de l'ironie à l'histoire. Après l'échec de la candidature de Paris à l'organisation des J.O. de 1992, Jacques Chirac rebondit sur la CM 1998 et désigne un "M. Grand Stade", Jacques Périlliat, qui sélectionne quelques sites possibles. Le seul qui recueille l'adhésion de Chirac est celui du Cornillon, qui appartient à la ville de Paris. Marcellin Berthelot, maire de Saint-Denis, refuse le projet au printemps 89 (malgré les avis positifs de son premier adjoint et dauphin Patrick Braouezec) et l'idée est abandonnée…

 

Un feuilleton politico-économique à rebondissements


Michel Rocard et Jacques Chirac désignent en juillet 89 un groupe de travail pour plancher sur le dossier, qui sélectionnera 28 sites potentiels. L'année suivante, le Consortium Dumez-Bouygues-CGE est déjà constitué… Le 10 février 1991, faute de solutions réellement attractives (Tremblay en France, Nanterre, Massy), et devant le refus du Maire de Paris de libérer des emplacements possibles intra muros (dont Vincennes, souhaité par le CNOSF), le Premier ministre de l'époque choisit une étendue champêtre à Melun-Sénart, ville nouvelle distante de 35 km et vite rebaptisée Menart-C'est loin. Guy Roux ironise en disant qu'il pourra jouer les PSG-Auxerre presque à domicile. Le choix ne recueille aucun soutien du mouvement sportif et le projet avance à peine, mais dans l'attente de la désignation du pays organisateur par la FIFA, en juillet 92, tous maintiennent l'illusion.
La candidature de Nanterre, promue par Charles Pasqua, fait son retour sur le devant de la scène politique à l'automne 92. Les enjeux politico-financiers sont de plus en plus imbriqués à quelques mois de l'alternance de 93 (les grands du BTP jouent en coulisses pour obtenir la construction et la concession). Pierre Bérégovoy confirme Melun en décembre, mais sans surprise, le gouvernement Balladur reprend le projet de zéro. La surprise vient plutôt du retrait de Nanterre, alors que Pasqua est à nouveau ministre de l'Intérieur. Le dossier est en plein marasme et la FIFA sermonne le pays organisateur, qui imagine même un bricolage du Parc des Princes pour en porter la capacité aux 60 000 places requises par la fédération mondiale, ou encore un déplacement de la finale au futur vélodrome de Marseille.
En septembre 93, le gouvernement écarte Marne-la-Vallée et Rosny-sous-Bois, fonce sur St-Denis et le site du Cornillon. Patrick Braouezec, devenu maire, s'engage dans le projet. Il est trop tard pour critiquer l'emplacement, un retour en arrière n'étant définitivement plus permis.

 

 

Un contrat de plomb


En février 94, le concours architectural est lancé et le 5 octobre, Edouard Balladur scelle le destin du Stade de France en désignant le consortium SGE-Bouygues-Dumez et le projet des architectes Zublena-Macary-Regenbal-Costantini. Le stade de Jean Nouvel, qui avait la préférence du mouvement sportif et partait largement favori est écarté à la surprise générale. Alors qu'au départ les appels d'offre sur l'architecture et la concession devaient être séparés, le ticket est double, et son attribution engageait trop d'enjeux politiques pour que les choix d'Edouard fussent vierges de toute intention politique, six mois avant de fameuses élections présidentielles. L'époque était aux privatisations et à l'ouverture de nouveaux marchés, comme celui du troisième réseau de téléphonie mobile qu'emportera Bouygues… Saisies par Nouvel, la Cour des comptes et la Commission de Bruxelles estimeront en juillet 96 que l'appel d'offre et le traité de concession définitif (signé entre les deux tours de la présidentielle!) étaient trop favorables au consortium et s'interrogeront sur la pertinence financière et même la valeur juridique de ces choix…


Car au-delà des considérations architecturales (CdF23), le contrat signé à l'époque est bien appliqué aujourd'hui et ses conséquences sont très réelles. En effet, si le débat autour du club résident a pris tant d'importance, c'est que l'Etat s'est engagé à indemniser le Consortium si un club "évoluant en première division et régulièrement présent en Coupe d'Europe" n'occupait pas le stade. On se demande comment Balladur a ainsi pu s'engager sur des critères relevant à la fois du privé et du sportif, plaçant les gouvernements futurs devant un problème ingérable et offrant cette rente publique à des sociétés qui bénéficient déjà de l'exploitation d'un équipement public très coûteux (2,6 milliards de francs pour mémoire). "Les pertes pour l'Etat, les bénéfices pour nous": on reconnaît là un des fondamentaux de la "nouvelle" économie libérale.


Marie-George Buffet aimerait mettre un terme à "cette sorte de racket sur les fonds publics" qui offre aux exploitants une rente de 76 millions de francs par an. Les discussions ont été ouvertes sur la renégociation de cette indemnité, que le Consortium n'entend évidemment pas lâcher. Le débat est d'autant plus légitime que le SdF, du fait de sa taille et de sa polyvalence, n'a pas vocation à accueillir un club de D1, et n'en a vraisemblablement pas besoin non plus sur le plan financier. Une solution de compromis est étudiée conjointement par le ministère et Gaëtan Desruelles, président du Consortium, afin de trouver des "conditions économiques plus favorables à l'arrivée d'un club", selon la Ministre. Cette solution consisterait en l'établissement d'une S.A. chargée d'exploiter le stade pour les matches du futur occupant, appartenant à 50/50 au Consortium et au club en question, et qui répartirait entre eux les bénéfices de façon équitable.

 

Avec 53 millions de francs de bénéfices avant impôts pour les 16 premiers mois d'exercice, le moral des dirigeants du Consortium est bon, bien qu'ils aient quelque peu perdu leur sang froid dans l'affaire de la pelouse, irrités qu'on puisse ternir un bilan financier et d'image assez flatteur. Le planning 2000/2001 est bien rempli et devrait garantir un résultat équivalent. L'avenir du Stade de France commence aujourd'hui.



Le Parc, miraculé du grand stade

La Coupe du monde aurait pu infléchir tout autrement le destin du Parc des Princes, stade adoré puis méprisé avec les Bleus, bâtiment mal aimé qui perturbe son environnement bourgeois. Alors qu'il avait figuré un instant comme un ultime recours pour sauver l'organisation de la Coupe du monde, la perspective du Stade de France installé à Saint-Denis semblait le condamner. A cette époque, les commentaires allaient bon train sur sa prochaine démolition et Michel Platini lui-même affirmait que "si le Parc des Princes est détruit pour faciliter l'exploitation du Grand Stade, cela ne me dérangera pas du tout" (L'Equipe mag, 20/11/1993). En cette même période, on l'a un peu oublié, Canal+ se positionnait clairement comme le futur exploitant, et entendait résolument y déménager le PSG et faire du futur stade un gigantesque studio de télévision et de cinéma. Il a fallu en fait la décision du PSG (annoncée en 95 mais définitive seulement en 98) de rester au Parc pour que l'avenir de ce dernier se présente tout autrement, et que la réalité soit un peu mieux appréciée. Les deux enceintes qui ne peuvent pas doublonner présentent une intéressante complémentarité, l'une ayant une capacité presque double qui la place dans une tout autre catégorie. Aujourd'hui, sans exclure un transfert ultérieur du PSG (qui va finir par se sentir à l'étroit au Parc avec un taux de remplissage record en France) à Saint-Denis, il semble que le stade de la Porte d'Auteuil ait sauvé sa peau de béton, ou du moins obtenu de jouer les prolongations…

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