Spirale du truc inutile

Inutile comme une catastrophe naturelle ou comme une invention de concours Lépine: les trouvailles de la saison 2007/2008 n'ont pas démenti l'inventivité du football.
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La Spirale du truc inutile symbolise une fuite en avant désespérée. Dans son besoin irrépressible de vendre toujours plus d’images, de voir toujours plus de spectacle, et de surtout ne jamais laisser l’attention du spectateur se diriger vers une autre passion, instances, journalistes, et dirigeants rivalisent d’une ingéniosité parfois pathétique pour inventer de nouveaux "trucs", censés magnifier l’expérience footballistique, résoudre des problèmes qui n’en sont pas ou parfois simplement symboliser d’ultimes tentatives de sauver des monuments en péril.

Dans la longue histoire des trucs inutiles, d’anciens lauréats auraient pu être, en vrac, le quatrième arbitre et son panneau électronique, l’homme de terrain, l’interview à la mi-temps, Gilles Verdez, les statistiques de kilomètres parcourus par les joueurs ou l’édito de France Football.
Cette Spirale est donc celle d’une histoire alternative du ballon rond, consignant patiemment toutes ces petites initiatives qui font reculer le football en occupant les cerveaux ramollis de ceux qui le font vivre.

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La deuxième partie de France 2 Foot

Souvenez-vous, en 2007, pour 24 millions d'euros, France 2 raflait à TF1 le magazine du dimanche grâce à un concept novateur qui sut séduire Frédéric Thiriez, notamment grâce à sa "pertinence qualitative". De mémoire de téléphage sportif, rarement une émission n'était allée aussi loin dans la quête du vide, aidé par un casting absurde réunissant Rolland Courbis, Philippe Lucas et Guy Carlier.

Jugements à l'emporte-pièce, procès d'intention, accumulations de clichés, analyses médiocres, questions sms aussi indigentes que partisanes… c'est bien simple, la deuxième partie de France 2 Foot, même (surtout?) après moult remaniements, est une synthèse de l'inutile. Le football n'y a pas sa place, remplacé par l'analyse de comptoir de spécialistes qui n'en sont pas.
Par corporatisme, nous tairons la chronique de Guy Carlier dont la subversion légendaire ferait passer Michel Drucker pour un séditieux révolté. Le Rambo des piscines a, quant à lui, rempli à merveille la tâche qui lui avait été confiée: faire apparaître Rolland Courbis comme un homme sensé, raisonnable et aux propos mesurés.

Lancé avec force cotillons et arrogance par un Daniel Bilalian n'hésitant pas à annoncer un objectif de 30% de part de marché, ce magazine de débats (sic), pourtant destiné au plus grand nombre, stagna toute la saison aux alentours de 12% avant d'être euthanasié par la nouvelle attribution des droits TV. Comme quoi, parfois, la marchandisation du football peut avoir des aspects positifs.

Atout
Parvient à faire passer 100% Foot pour une émission littéraire.
Faiblesse
Ça nous ferait mal de remettre un trophée à Denis Balbir.



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Après nous avoir montré son Trou de balle, la L1 est fière de présenter son clito.


Marcel Desailly lors des soirées Ligue des champions de Canal+

Une brillante carrière terminée en eau de boudin. Un palmarès prestigieux mais quasi-bouclé au XXe siècle. De toute évidence, la spirale dans laquelle Marcel Desailly s'inscrit n’est pas ascensionnelle. Pourtant, fort de son image bien entretenue par lui-même, il réussit sa reconversion. Doté d’une voix gonflée à l’hélium, Marcel Desailly est un consultant "référentiel". Plutôt que se perdre en conjectures en valeur absolue, Marcel compare les défenseurs avec lui, et décrit les attaquants par leur historique contre lui.

C’est audacieux, c’est frais dans un milieu de fausse humilité, et nonobstant ce tic égotique, Desailly s’appuie sur une belle expérience pour livrer, trop rarement, des analyses pertinentes. Hélas, au quotidien, c’est-à-dire au rythme hebdomadaire de la Ligue des champions, le roc se fait tarpéien dès lors que sa logorrhée s’emballe dans des tergiversations sans fin. De tous les consultants, Marcel semble être celui qui a le mieux négocié son contrat par rapport à sa contribution. Côté radio, depuis un an, Europe 1 y a déjà mis fin.

Atout
Cette visibilité médiatique lui permet de signer encore des contrats pub peu reluisants que nous nous abstiendrons de rappeler ici (mais il entend mal et il est tombé dans le vice).
Faiblesse
Il y a quand même plus inutile sur Canal+, n’est-ce pas Zinédine?


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Marcel Desailly, stupéfait par la clairvoyance de son analyse.


Laurent Weil lors des "très grands matches" de Canal+

Il était sans doute normal qu’un homme prétendant s’intéresser au cinéma – où le maître mot a toujours été "tourner" – se voit désigner lauréat d’une Spirale. Une Spirale qui mériterait elle-même de tourner, à l’image d’une chignole ou d’un outil à forer, tant les interventions de Laurent Weil sont creuses, chaque commentaire élargissant un peu plus l’impression de vide déjà laissée par la première mi-temps.

Invité en effet, lors des "très grands matches" de Canal+, à solliciter l’opinion de "people" en promo (en général -60 à -80 %), l’animateur pose des questions sans intérêt à des personnalités sans talent, dont le seul palmarès sportif est une Coupe de champagne. Et lorsqu’ils risquent des blagues sur le football, elles atterrent Toto. Bref, pour tout cela, Laurent Weil, qui émeut par sa capacité à tourner en rond autour de personnes ayant pris leur nombril pour centre de l’univers, est digne de se courber devant la Spirale du truc inutile.

Atout
Les Razzies Awards ne se sont pas encore occupés de son cas.
Faiblesse
Plus ça va, plus la L1 ressemble à du Rohmer.


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Ça pourrait être pire : s'il était en short, on verrait ses couilles.


Les "conditions du direct" de France 2 Foot

Ça cafouille dans la surface comme ça cafouille dans le micro. France 2 Foot a sorti des pistes d’athlétisme Patrick Montel et du formol Daniel Lauclair, pour gratifier son public de l’exercice qui ne sert à rien: (mal) commenter un match en live pour une diffusion en différé le lendemain matin. Pourquoi angler un résumé, structurer un commentaire, soigner la syntaxe, rentabiliser le temps de travail de ses journalistes... quand on peut réduire le récit à quelques onomatopées et exclamations feintes?

Rubrique à part entière dans France 2 Foot, bénéficiant d’un lancement spécial par l'animateur, l’exercice a rappelé à notre mémoire les "Gooooooooools" de Pascal Praud lors des résumés de Téléfoot au début des années 90. À une époque où les droits sportifs se vendent en direct ou en near-to-live, la bande à Bilalian a inventé le concept anti-naturel du away-from-live. Heureusement que France 2 est meilleur dans le traitement du Tour de France. Parce que commenter un match "dans les conditions du direct", cela fait penser au routier-sprinteur qui endosse le maillot à pois dans la plaine…

Atout
Le générique de France 2 Foot avait déjà fait fuir une partie du public.
Faiblesse
Patrick Montel va donner sa pleine mesure durant les Jeux olympiques.


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Patrick Montel nous gratifie cette semaine d'un discret lâcher de caisse dans les conditions du direct.


La rubrique "Opinions" de L’Équipe

D'abord prévue pour l'Euro après une année 2007 en berne, la mutation de L'Équipe au format tabloïd a été repoussée à l'automne. Mais pas sans lâcher quelques ballons d'essais, comme l'affichage des photos d'identités des chroniqueurs vedettes ou – tant pis pour la révolution – des bandeaux de couleur en haut des pages... On a aussi vu éclore des chroniques "Opinion", probablement pour relever un peu le plat et mettre en avant les rédacteurs.

Malheureusement, habitué à publier des jugements personnels travestis en analyses, le quotidien sportif n'a servi qu'une soupe tiède démontrant que beaucoup de ses rédacteurs sont plus habiles à souffler sur les braises qu'à allumer la flamme. Résultats: des mini-éditos sans grand intérêt – les éditos étant déjà la plaie de la presse écrite française. Il y a quelques mois, l'expérience de débats "pour / contre" avait produit la même impression d'une grosse difficulté à se prêter aux discussions contradictoires. Pour y changer quelque chose, il faudra que la nouvelle formule du journal soit magique.

Atout
On sait que plein de lecteurs des Cahiers lisent encore L'Équipe.
Faiblesse
Ces "opinions" ont quand même été reprises comme paroles d'évangile par une majorité de confrères.



Mathieu Flamini

On prend peu de risques en affirmant que l’image de double recalé de la dernière minute collera longtemps à la peau de Mathieu Flamini. Il y avait le douzième homme, la vingt-cinquième heure, il y a désormais le vingt-trois-virgule-cinquième sélectionné, rattaché à l’équipe de France par un élastique un peu usé.

Tel une balle de jokari, Mathieu Flamini aura donc multiplié les allers-retours entre Londres, Tignes et la Suisse, réduit au statut de déambulateur de Vieira et finalement oublié à l’aéroport. Si la rumeur qui affirme que Mexès paie toujours pour son transfert d’Auxerre à l’AS Roma est vraie, alors celui qui se venge de Flamini pour son départ de Marseille est un sacré sadique.

Atout
S'il avait un bon joueur, d'abord, il se serait appelé Flamaxi.
Faiblesse
Ça ferait trop plaisir à Arsène Wenger s’il gagnait.


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