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Thibault Lécuyer (avec Pierre Martini)

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C'est l'heure de l'Agüero

Sorties hasardeuses

La semaine écoulée a été le moment d'un festival de déclarations acrobatiques. De Liza à Zizou en passant par Kita ou Coupet: revue de stress.
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rp_coupet.jpgCoupet dérègle ses comptes
France Football

• "Les joueurs ne peuvent pas parler, ils sont ligotés. Moi, j'en parle parce que j'en suis sorti. Mais c'est une dictature qui est mise en place (...) Il y a la FFF, le staff des Bleus, tout le monde a besoin de se regarder dans une glace"
• "C'est un tout qui fait qu'en équipe de France, on ne vit pas bien (...) Domenech joue avec les gens mais à force de jouer on finit par se casser la gueule. Tout cela est triste à mourir car il y a une qualité énorme dans ce groupe et elle est en train d'être gâchée ".
• "La suite dira si les patrons de la FFF ont eu raison ou non, précise-t-il. J'ai apprécié le discours des anciens, comme Lizarazu ou Dugarry (...) Cela n'a pas suffi. C'était d'ailleurs davantage un débat politique que sportif".
• "[La communication de Domenech] s'apparente en réalité à un jeu malsain de sa part. S'il était mieux renseigné, il saurait que j'ai joué trois matches au Mexique en juillet, ajoutés aux trois autres à l'Euro".


À peu près aussi crédible qu'Eric Besson disant du mal de Ségolène Royal, la confession d'ancien toxicomane ("Moi, j'en parle parce que j'en suis sorti") de Greg Coupet a trouvé un écrin susceptible de la faire briller. France Football a fait depuis longtemps de l'anti-domenechisme primaire une ligne éditoriale. C'est d'ailleurs Patrick Dessault, prix Jean-Patrick Sacdefiel 2006 pour ses épanchements contre... Raymond Domenech, qui est allé à Madrid recueillir (avec délectation?) les confidences du gardien remplaçant de l'Atlético – la 575e interview à états d'âme de sa carrière.

Les aveux auraient pu présenter un intérêt s'ils avaient été accompagnés d'un début d'argumentation. Car hormis une forme de vengeance puérile – qui rappelle le déchirement de la relation quasi paternelle que Dhorasoo avait exorcisé différemment – Coupet se contente de se mettre du côté des plus nombreux. On comprend seulement que le garçon n'accepte pas d'être écarté des Bleus à trente-cinq ans, mais prend avec bonheur d'être remplaçant dans son nouveau club. C'est dommage, on aurait aimé savoir qui ligote qui, en quoi consiste la dictature, et comment Domenech joue avec les gens.



rp_kita.jpgWaldemar au quart de tour
AFP

Rappel des faits: La Jonelière est taguée un lendemain de défaite, le président du FC Nantes, Waldemar Kita, réagit.

• "Une plainte va être déposée demain. On ne laissera pas les choses comme ça. C’est grave. Aujourd’hui, on a besoin de la protection de la police. J’ai peur pour les gens qui travaillent ici. Les joueurs, aussi, ont la trouille".
• "Vous croyez que c’est normal qu’une dizaine de supporteurs débarquent à notre hôtel avant match, en étant agressifs… Ils étaient ivres. Et, ensuite, ils se promènent comme ils veulent à d’Ornano… Il faut interdire de stade ces gens-là! On attend quoi? Qu’il y ait un grave problème. Il faut faire quelque chose. Mais ce n’est pas à nous de le faire. On ne peut rien faire".
• "Je ne baisserai pas les bras. Si je serai là jusqu’au mois de mai? Oui, à moins que quelqu’un ne prenne un flingue et me tue. Mais ça peut arriver. On est inconscient de ce qui se passe depuis plusieurs mois. Ces gens-là sont tellement agressifs que ça peut aller beaucoup plus loin (…) Ça ne donne pas envie de continuer à agir, à investir".


Le folklorique Waldemar Kita a enrichi sa garde-robe d'une nouvelle panoplie. Après avoir joué au cador, le voilà se mettant à piailler, à deux doigts de se poser en victime d'une vendetta dès qu'il se fait secouer. L'imitation de Leo Getz (le personnage de Joe Pesci dans L'arme fatale 3) est si parfaite que l'appel à la protection de la police en deviendrait presque comique. Le costume – pourtant pas bien grand – de président du FC Nantes serait-il trop large, et pas assez pare-balles?



Eugène et la révolte des machines




En fait, on croyait qu'Eugène Saccomano simulait l'énervement, mais non. Il est toujours comme ça. Toute notre compréhension à ses proches.



rp_liza.jpgDescente de Bixente
Le Progrès

"L'OL fait chier tout le monde, mais pas moi. Si Lyon doit être champion pendant cinquante ans, je serai très heureux. À la base, ce club n'était pas une ville de foot, et s'il en est là aujourd'hui, c'est que, peut-être, Jean-Michel Aulas a fait du bon boulot. Ces sept titres consécutifs, c'est un truc fantastique, et on entend dire que c'est normal et même trop facile. L'OL est un club hyper respectable. Il s'est construit avec le temps et il n'y a pas que le blé qui fait gagner. On peut acheter des joueurs, mais pas une âme. Aujourd'hui, Lyon est le Bayern français".

Difficile de dire si l'ancienne tête de gondole des Petits Lu parle du Bayern qui a perdu 5-2 à domicile face à Brême, ou de celui qui a perdu 1-0 à Hanovre, mais le Basque gratifie une fois de plus le public d'une sortie fort égocentrique, puisqu'une équipe qui gagne doit forcément ressembler à la sienne. Lizarazu, souvent le premier à s'esbaudir devant l'ambition déployée par des clubs dix fois plus riches que leurs concurrents oublie de rappeler qu'il n'a pas fait grand chose pour contrecarrer l'hégémonie lyonnaise sur la L1 quand il en a eu l'occasion.



rp_rouillon.jpgRoger le maire
Lettre ouverte à Raymond Domenech

"Un peu d'audace et beaucoup de lucidité Monsieur Domenech! Faites le choix de Pelé! Devra-t-il marcher sur les mains pour (vous) intéresser. Pourquoi le snober? Est-il plus difficile à un footballeur manceau de rentrer en équipe de France qu'à un chameau de passer par le chat d'une aiguille?"

Christophe Rouillon est maire de Coulaines, une petite commune au nord de la communauté urbaine du Mans. On avait déjà vu la députée UMP des Alpes-Maritimes Murielle Marland-Militello interpeller le gouvernement dans une question écrite et réclamer l'adoption de l'arbitrage vidéo à Bernard Laporte, après le récent Nice-Lyon. La démagogie politico-footballistique fait école, car on imagine bien que l'intérêt de l'édile sarthois est plus de flatter ses administrés que d'assurer la réussite de l'équipe de France – avec tout le respect dû à Yoann Pelé. Taper sur l'arbitre ou sur le sélectionneur national assure un consensus plus large que jamais, en ce moment.



rp_djorkaeff_zidane.jpgZizou et Youri tapent sur le vieux

Zinédine Zidane, Canal+
"Je trouve scandaleux qu'un président de fédération puisse dire ça. Quand il parle des champions du monde 1998 qui ont essayé de faire pression, tout est faux. Chacun a le droit de s'exprimer et de parler de l'équipe de France. Personne ne s'est réuni. Ses propos sont déplacés et irrespectueux par rapport à nous et à ce qu'on a fait. Il s'est caché derrière ça pour maintenir le sélectionneur".

Youri Djorkaeff, L'Équipe magazine
"Je suis choqué, comme Zidane, que le président de la Fédération française de football, Jean-Pierre Escalettes, parle des anciens joueurs de l'équipe de France comme d'un clan (1). (...) Il n'y a pas que France 98 qui voulait la tête du sélectionneur. Les trois quarts des Français la souhaitaient".


Nos champions du monde n'arrivent décidément pas à comprendre comment leurs déclarations – faites simultanément dans les plus grands médias, militant toutes, souvent avec une rare virulence, pour le limogeage de Raymond Domenech et la nomination de Didier Deschamps – ont bien pu être interprétées comme une campagne concertée.
Il faudrait leur expliquer qu'il n'est pas besoin de monter une association à Bruxelles pour faire acte de "lobbying". Leurs protestations de notables outragés (réagissant à des termes prononcés il y a trois mois), n'ont pas amélioré l'impression désagréable déjà donnée au lendemain de France-Italie.


(1) Allusion au terme de "clan" prononcé par Jean-Pierre Escalettes lors du Conseil fédéral qui avait reconduit Raymond Domenech – propos divulgués dans la retranscription publiée par L'Équipe le 9 septembre.
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